Le 22 novembre 2023 | Mis à jour le 22 novembre 2023

Le mobilier XVIIIe, un marché à deux vitesses

par Clémentine Pomeau-Peyre

Du meuble de provenance royale aux fauteuils les plus communs, le marché du mobilier XVIIIe s’étire entre enchères millionnaires et invendus. Résultats de ventes, estimations et avis de deux experts pour faire le tri.

 

A Saint-Germain-en-Laye, le 25 novembre, une commode ayant appartenu à Louis XV et estampillée de Charles Cressent est mise en vente avec une estimation de 500 000 à 700 000 euros. A Versailles, le 26 novembre, une paire de chaises royales d’époque Louis XVI, attribuées à Georges Jacob et provenant du Château de Fontainebleau, est proposée par la maison Osenat entre 15 000 et 20 000 euros. A Paris, la FAB (Fine Art La Biennale) accueille des stands dédiés au XVIIIe siècle… Les meubles du Siècle des Lumières sont décidément au cœur de l’actualité. Faut-il pour autant en déduire que ce marché a le vent en poupe ? Selon Pierre-François Dayot, expert de la commode de Cressent, « il existe un intérêt en ce moment pour le mobilier XVIIIe, le marché semble assez stable et solide, mais la hiérarchie est respectée entre les meubles d’exception et les choses plus courantes ». Pour preuve, les estimations de la vente de la collection Fink à Saint-Germain-en-Laye : 500 000 à 700 000 euros pour la commode Cressent, et 3 000 à 5 000 euros pour une autre commode, d’époque Louis XVI et joliment marquetée, mais sans provenance prestigieuse. 

 

Commode par Charles Cressent (1685-1768). Epoque Louis XV. H : 89 cm – L : 149 cm – P : 66 cm. Estimée entre 500 000 et 700 000 euros. En vente à Saint-Germain-en-Laye le 25 novembre.

 

« Le marché était très fort dans les années 1980-1990, avec des prix certainement trop élevés pour des petits meubles, et il est plutôt baissier depuis les années 2000, même si chaque année des pièces formidables sortent, ajoute l’expert, et ces très gros prix permettent au reste du marché de se structurer ». Pierre-François Dayot fait notamment référence ici à la vente de la collection Rothschild, orchestrée en octobre dernier à New York, au cours de laquelle des fauteuils ayant appartenu à Jeanne Dubarry se sont envolés à plus de 6 millions de dollars…

 

Importante paire de chaises royales attribuées à Georges Jacob et provenant du château de Fontainebleau. Attribuées à Georges Jacob. Epoque Louis XVI. H : 88,5 cm, L : 51 cm. Collection Larminet-Davioud. Provenance : Château de Fontainebleau à la fin de l’Ancien Régime. Estimée entre 15 000 et 20 000 euros. En vente à Versailles le 26 novembre.

 

Des meubles de prestige plébiscités à l’international

L’expert Guy Delmas parle de son côté d’un « marché à deux vitesses, d’un côté les meubles de prestige qui répondent à plusieurs critères, qualité de fabrication, pedigree et historique, avec si possible la marque au W de Versailles, et de l’autre les meubles courants qui ne trouvent plus acquéreur, même si il y a eu un petit sursaut pendant la pandémie ». Pour la première catégorie, les acheteurs sont internationaux, et prêts à mettre le prix pour avoir un petit bout d’histoire de France. Dans les mois à venir, les soubresauts de l’actualité internationale peuvent néanmoins peser sur ces acheteurs, en particulier pour ceux venus du Moyen-Orient. 

Le marché des meubles XVIIIe plus courants est en revanche essentiellement français, et moins actif. Résolument optimiste, Pierre-François Dayot veut croire que le XVIIIe siècle commun peut encore séduire : « Bien sûr, ce ne sont pas des opportunistes ou des spéculateurs, mais nous avons des acheteurs cultivés qui achètent une ou deux pièces pour leurs intérieurs ». 

À condition bien sûr que ces intérieurs puissent accueillir des meubles aux proportions différentes des meubles d’aujourd’hui.« L’achat classique d’une commode, de deux fauteuils et d’une table bouillotte n’existe plus, les intérieurs sont plus minimalistes, observe Guy Delmas, le secrétaire, l’armoire ont souvent perdu leur place, remplacés par un bureau, et un dressing… » Il se désole de voir que les sièges d’époque Louis XV ou Louis XVI en mauvais état ne trouvent plus acquéreur, car les frais pour les restaurer dépassent largement leur valeur. Et suggère de sauver les armoires XVIIIe, qui se trouvent parfois à moins de 300 euros en ne conservant que les portes, et en les adaptant sur des dressings modernes… 

 

 

Les arts décoratifs du XVIIIe siècle toujours recherchés

Du côté des arts décoratifs, la situation est plus positive : « Les sculptures, les miroirs, les arts de la table, les pendules… Tout cela se maintient assez bien, estime Guy Delmas. Par exemple, un joli miroir d’1,80 mètre, époque Régence avec une belle dorure, peut valoir autour de 3 500 euros ». Dans les ventes à venir, quelques lots confirment son analyse : une bourdaloue en porcelaine de Vincennes, datée 1748-1750, est estimée entre 15 000 et 20 000 euros chez Pescheteau-Badin le 28 novembre, tandis qu’une pendule de la fin du XVIIIe siècle, en marbre et bronze, est évaluée entre 2 500 et 3 000 euros chez May et Associés le 28 novembre.

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