Le 7 novembre 2013 | Mis à jour le 7 novembre 2013

Le retable perdu de saint Thomas d’Aquin

par Interencheres

[Le lot du jour] Sous les arcs rosés d’une loggia à l’italienne ripaille une joyeuse tablée, dont deux personnages auréolés. Cadrée sur la dernière colonne de l’arcade, cette scène pourrait-elle être le détail d’une œuvre plus importante ? Identifiée de la main de Bartolomeo Degli Erri, l’un des peintres les plus actifs du Quattrocento dans la ville de Modène, ce panneau constitue en fait l’un des nombreux fragments du retable sur la vie de saint Thomas d’Aquin (1225-1274).

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Cette œuvre représente le repas du théologien à la table du roi Saint Louis (Louis IX). Les textes sacrés racontent que le dominicain, maître philosophe connu pour sa pratique de la méditation et de l’écriture, eu soudain une illumination au cours du repas et s’écria : « ceci est un argument terrible contre les manichéens ». Rappelé à l’ordre par son frère, Thomas se confond en excuses auprès du roi qui, loin de s’offusquer, ordonne immédiatement la venue d’un copiste afin d’inscrire les arguments du saint. Les deux figures sont ici reconnaissables à l’auréole surmontant leur tête. Le roi est assis sous un baldaquin de profil tandis que Saint Thomas est à côté du frère dominicain, tous deux faisant face au spectateur. Au premier plan, le copiste debout, un pied posé sur un tabouret, prend note de l’évènement. 

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Ce panneau fait partie du retable dédié à Saint Thomas d’Aquin effectué entre 1460 et 1480 par les frères Angelo et Bartolommeo degli Erri pour l’église San Domenico de Modène. A la destruction de l’édifice au début du XVIIIe siècle, les éléments du retable furent dispersés. Deux siècles plus tard, les historiens Bernard Berenson et Robert Longhi  identifient les scènes au nombre de huit : l’Enfance de saint Thomas d’Aquin, Saint Thomas aidé par saint Paul et saint Pierre, la Vision de Fra Paolino, Saint Thomas débattant avec les hérétiques, un Dominicain prêchant, un fragment de l’Enfance de saint Thomas ainsi que sa mort. Avec ce dernier, les panneaux, désormais disséminés parmi les plus grandes collections internationales, devaient initialement entourer une figure du saint en pied.

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Les tapisseries décorant la loggia sont armoriées au blason de la famille d’Este (un aigle d’argent sur un fond d’azur), grande famille princière toscane régnant sur Modène en 1452, pour laquelle les frères artistes réalisaient de nombreuses commandes artistiques. Leur style est d’ailleurs reconnaissable : un savant mélange entre le Quattrocento de Piero della Francesca et la tradition gothique. Si les historiens parviennent difficilement à différencier les mains des deux peintres, ce panneau est pourtant attribué à Bartolommeo car il présente de grandes similitudes de style avec la toile Saint Dominique ressuscitant Napoleone Orsini aujourd’hui conservée au Metropolitan Museum of Modern Art de New York, commandée au peintre en 1467.

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Estimée entre 250 000 et 300 000 euros par Maîtres Pierre Emmanuel Audap et Fabien Mirabaud, cette pièce retrouvée sera mise en vente aux enchères le vendredi 15 novembre 2013 à Paris.

Lien vers l’annonce de la vente

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