Le 29 avril 2014 | Mis à jour le 30 avril 2014

Le vernis Martin ne craque jamais !

par Interencheres

A l’occasion de l’exposition « Les Secrets de la laque française : le vernis Martin », présentée aux musée des Arts décoratifs à Paris jusqu’au 8 juin 2014, Interencheres revient sur les tendances du marché des objets en vernis Martin.    

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En Europe, le principe de la laque est connu depuis l’Antiquité. Mais l’arrivée des premiers objets en laque asiatique par les navires portugais au XVIe siècle signe le début d’un intérêt grandissant pour l’Orient. Le cardinal de Richelieu était ainsi un amateur de laques chinois, tandis que Mazarin était lui très friand des laques japonais, comme en témoigne son immense coffre en cèdre laqué (en photo ci-dessous) adjugé 7,3 millions d’euros au Rijksmuseum d’Amsterdam par Maîtres Philippe et Aymeric Rouillac en juin 2013. Avec la création de la Compagnie des Indes orientales par Colbert en 1664, les importations des laques se font plus nombreuses. Mais ces objets rares et extrêmement chers restent l’apanage de l’aristocratie et des souverains. L’exposition des musée Arts décoratifs consacre ainsi en introduction sa première vitrine aux laques japonais issus de collections prestigieuses comme celle des Princes de Condé.

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Jusque dans les années 1720, les laques disponibles en Occident sont uniquement issus de l’importation : ce sont des meubles produits en Asie spécialement pour être exportés dans les collections européennes. A partir de cette époque, des panneaux en laque sont également importés pour être réemployés sur des meubles de fabrication française, par l’intermédiaire des marchands-merciers, ces antiquaires créateurs des tendances. Les scientifiques tentent dès le XVIIe siècle de percer les mystères de la technique asiatique sans succès. Dès les années 1670, les premières tentatives d’imitation démarrent dans les ateliers du Faubourg Saint-Antoine à Paris. A cette époque, les Frères Martin s’imposent par leur vernis particulier copiant la laque orientale. Le vernis dit « Martin » utilise la gomme-laque produite par la cochenille, alors que la laque proprement dite provient de la sève d’un arbre asiatique. A la tête de l’atelier des Martin, Guillaume, l’aîné de cette fratrie de cinq peintres doreurs-vernisseurs, forma ses frères à la technique. Puis la seconde génération fit ensuite perdurer l’héritage familial.

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« Ils vont progressivement s’affranchir du modèle. C’est ce qui fait toute la richesse et l’intérêt du vernis Martin qui, au-delà de son rôle protecteur, a un rôle esthétique indéniable » souligne Anne Forray-Carlier, conservatrice aux musée des Arts décoratifs et commissaire de l’exposition, dans une vidéo disponible sur le site du musée. A partir des années 1740, de nouvelles couleurs autres que les traditionnels rouge, noir et or des laques asiatiques sont ainsi introduites. Le vernis permet également des thèmes propres à la peinture française du XVIIIe et notamment des pastorales et des scènes de genre d’Oudry, Boucher ou Greuze, offrant un nouveau support de diffusion à ces peintres.

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La technique s’applique aussi sur tous types de matériaux et sur des objets de toutes tailles, comme en témoigne quatre étuis à cigare de la fin du XVIIIe siècle (photo 1), à décor d’animaux et de fables de La Fontaine. Ils ont été adjugés 3 000 euros par Maître Dominique Le Coënt-de Beaulieu à Senlis en mars 2006. Tout comme les tabatières, ils font partie des objets très en vogue au XVIIIe siècle. Beaucoup de petites boites en bois ou papier mâché ont également été recouvertes de vernis Martin. Ces objets d’un grand luxe pouvaient rivaliser avec les pièces d’orfèvrerie ou de joaillerie. Deux boîtes rondes, ont ainsi été vendus 300 euros par Maîtres Guilhem et Christophe Sadde à Grenoble en juin 2011 (photo 2), et par la Galerie de Chartres en novembre 2013 (photo 3). Un drageoir en vernis Martin sur nacre, doublé d’écaille à l’intérieur (photo 4), a lui été adjugé 760 euros par Maîtres Jean-Marc Bremens et Christophe Belleville en mars 2008 à Lyon. Des objets du quotidien étaient également recouvert de vernis Martin à l’image de ce coffret à jeux décoré d’une scène de pastorale (photo 5), qui s’est vendu 800 euros à Lyon en mars 2010 par Maîtres Claude Aguttes. La technique se déclinait aussi sur les instruments de musique et les instruments scientifiques, ainsi que sur de nombreux meubles et cartels (voir dans la galerie ci-dessous).

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Le vernis des frères Martin pouvait aussi s’appliquer sur des très grandes pièces comme le montre l’exposition du musée des Arts Décoratifs avec des carrosses et des chaises à porteur présentés dans la nef du musée. Une chaise roulante d’époque Louis XV (photo 6) qui était attelée à un cheval et dont l’extérieur est décoré en vernis Martin a été adjugée 24 000 euros, soit quatre fois son estimation, par Maître Jean-Pierre Osenat à Fontainebleau le 30 janvier 2011.

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Le marché actuel des objets en vernis Martin, en bonne santé, sera à coup sûr dynamisé par l’exposition du musée des Arts décoratifs, qui se tient en collaboration avec le Lackkunst Museum de Münster en Allemagne. Cette technique en plein essor a donc largement survécu à ces inventeurs. Si vous possédez une boite, une pendule ou un meuble en vernis Martin, n’hésitez pas à demander son estimation au commissaire-priseur le plus proche de chez vous !

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