Le 6 août 2021 | Mis à jour le 6 août 2021

Les tulipières ou l’art d’exposer les fleurs

par Interencheres

Destinées à la présentation de fleurs précieuses au XVIIe siècle, les tulipières ont épousé une grande variété de formes, décors et matériaux depuis les premières productions en faïence de Delft. Tour d’horizon des formes les plus originales.

 

Une tulipière est un vase décoratif utilisé pour déposer plusieurs fleurs au sein des goulots qui jonchent le corps de la pièce. Conçues en Hollande au XVIIe siècle, les tulipières permettaient d’exposer les précieuses fleurs cultivées alors dans les Provinces-Unies. Si elles tirent leur nom des tulipes, elles recevaient aussi des jacinthes, anémones ou fritillaires. Chaque goulot, également appelé tubulure, accueillait une fleur coupée, dont seule la corolle demeurait visible. Varier les fleurs et les couleurs devenait ainsi un jeu quotidien pour leur propriétaire. Pour leur offrir les écrins les plus élégants et originaux, les manufactures ont rivalisé d’ingéniosité dans les formes, les tailles et l’agencement des tubulures.

 

Les tulipières « pyramides »

Les tulipières trouvent leur expression la plus démesurée dans la production de la faïencerie de Delft. Au XVIIe siècle, la manufacture confectionne les premières modèles de tulipières, appelés « pyramides », en référence à leur structure faite d’une extraordinaire superposition pouvant atteindre jusqu’à un mètre de hauteur. A cette forme majestueuse répondaient de riches décors polychromes faits d’animaux ou paysages luxuriants. Ici, des têtes de chevaux en ronde-bosse ponctuent chaque compartiment souligné de chevreuils et feuillages peints.

 

Delft. Paire de tulipières en faïence de forme pyramidale à quatre compartiments encadrés de têtes de chevaux à décor polychrome de chevreuils dans des paysages feuillagés et fleuris. XIXe siècle. H. 62 cm. Adjugée 1 460 euros par Denis Herbette le 21 juillet 2019 à Doullens.

 

Les tulipières en forme de navette

A Nevers, la faïencerie Montagnon, fondée en 1875, innove encore dans la forme des tulipières. Sous l’impulsion de Jean Montagnon apparaissent des tulipières en forme de navette ovale, reposant sur un piédouche à trois tubulures. Cette structure originale est souvent rehaussée de peintures de paysage ou de petites scénettes, à l’instar de putti chevauchant des cygnes.

 

Nevers, Jean Montagnon. Paire de tulipières en faïence polychrome à décor de putti et de cygnes, sur fonds ondés.
H. 17,8 cm, L. 26,3 cm. Adjugée 122 euros par l’étude Métayer le 8 novembre 2020 à Nevers.

 

Les tulipières en fleur de lotus

Du côté des fours chinois, les productions de tulipières sont assez standardisées au niveau des formes, tandis que les décors reprennent les motifs des vases traditionnels chinois tels des lotus stylisés ou bouquets de fleurs. Les tulipières les plus fréquentes arborent un corps polylobé, ponctué de cinq tubulures et ouvert en son centre par un long col étroit se déployant en une fleur de lotus.

 

Tulipière en porcelaine à décor en bleu sous couverte de lotus stylisés et d’enroulements de rinceaux.  Chine. XIXe siècle. Au revers la marque apocryphe de Qianlong. H. 26 cm. Adjugée 732 euros par Actéon Senlis le 24 juillet 2019 à Senlis.

 

Les tulipières en verre de Murano

Si les tulipières les plus anciennes sont en faïence, les manufactures usent d’une grande variété de matériaux. Le verre offre une grande souplesse, de nature à modeler des formes originales et à insuffler du mouvement à l’ensemble. En témoigne cette tulipière en verre de Murano dont la forme imite astucieusement le déploiement d’une fleur.

 

Murano. Tulipière en verre incolore et rose à quatre cornets et trois larges feuilles. Plateau rond en verre accidenté. H. 43 cm, D. 27 cm. Adjugée 78 euros par Samuel Boscher le 31 mars 2019 à Cherbourg.

 

Les tulipières à décor d’Iznik

Les tulipières ont inspiré au fil des siècles les plus grands créateurs, à l’image de Théodore Deck (1823-1891) qui imagine plusieurs vases montés sur un piédouche circulaire et accueillant cinq tubulures. Le céramiste français y déploie son style singulier, inspiré des céramiques d’Iznik et reconnaissable par l’usage d’un camaïeu bleu et d’un décor émaillé orientalisant à motifs de fleurs, feuillages ou palmettes.

 

Théodore Deck (1823-1891) et Emile Reiber (1826 1893). Tulipière pansue en céramique à cinq lobes bombés, montée sur un piédouche circulaire. Col évasé polylobé. Décor émaillé polychrome dit d’Iznik à motifs de fleurs, feuillages, vases fleuris, palmettes et baies. Signée «TH. Deck» sous la base. 1866. H. 34 cm, D. 31 cm. Adjugée 2 242 euros par Anne et Germain Morel le 19 juin 2016 à Saint-Dié-des-Vosges.

 

Une tulipière mandoline

Si certaines productions obéissent à des règles définies et standardisées, de nombreuses tulipières présentent des formes tout à fait originales. Les salles de ventes permettent ainsi de découvrir des modèles arborant des tubulures anthropomorphes, se déployant en arbre fleuri ou adoptant même l’apparence d’une mandoline.

 

Fourmaintreaux, Frères à Desvres, début XXe. Petite mandoline formant tulipière murale en faïence émaillée de grand feu à décor de fleurs et insectes dans le le goût de Rouen. Marque FF-417. L. 58 cm. Adjugée 190 euros par Isabelle Goxe et Laurent Belaïsch le 15 avril 2018 à Enghien-les-Bains.

 


Photo en Une : Delft. Tulipière de forme balustre en faïence à cinq tubulures à décor polychrome de rochers percés fleuris et rinceaux feuillagés. Marque de l’atelier LVE, Manufacture de Lambertus von Eenhoorn, propriétaire du Pot de Métal de 1691 à 1721. Epoque XVIIIe siècle. H. 19 cm. Provenance : Ancienne Collection Jacques Guerlain (1874-1963) – Paris. Expert : Monsieur Cyrille Froissart. Adjugée 3 300 euros par Pousse-Cornet-Valoir le 24 novembre 2018 à Blois. 

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