Le 8 mars 2022 | Mis à jour le 14 mars 2024

Longwy aux enchères : la cote des faïences et émaux

par Clémentine Pomeau-Peyre

Un service Henri II, un vase Art déco, une plaque publicitaire, une boule coloniale imaginée par Maurice-Paul Chevallier… Les ventes aux enchères regorgent de pièces issues de la production de la manufacture de Longwy. A travers un tour d’horizon des prochaines vacations, retour sur l’histoire de cette faïencerie qui attire, après plus de deux cents ans de création, de nombreux collectionneurs. 

 

La manufacture de Longwy, ce sont d’abord des céramiques. Fondées en 1798 par Charles Régnier, les « Faïenceries de Longwy » produisent des services de table. Et c’est Napoléon Ier, qui au retour d’une visite des fortifications de Vauban, leur offre les premières commandes importantes : des services destinés aux Maisons d’éducation de la Légion d’honneur. Pour mémoire, un exemple de ces services, le modèle Henri II, est proposé aux enchères le 14 mars prochain par Est Enchères (500 à 800 euros).

 

Les Emaux de Longwy 

Mais la notoriété de la fabrique reste principalement due à la fabrication d’émaux, à partir des années 1870. La famille Nothomb, qui devient ensuite d’Huart, propriétaire de la faïencerie, répond à l’appétit des Français pour les objets cloisonnés venus d’Asie. C’est dans les années 1880 que naît le célèbre décor à fleurs de pommiers sur un fond bleu, sous influence japonaise. « Ce motif, nous le retrouvons aujourd’hui dans toutes les successions, sur des petits sabots, des plats… Ce type de céramique était vraiment le cadeau de mariage classique jusque dans les années 1980″, souligne Valérie Bock d’Est Enchères. « Mais il est trop vu, et n’intéresse plus beaucoup les collectionneurs ». En conséquence, elle a estimé dans sa vente un petit lot comportant une assiette et une bonbonnière entre 30 et 50 euros, et une paire de petits pots entre 40 et 60 euros. Quelques créations du XIXe ou du début du XXe siècle, et portant d’autres motifs ou des formes originales, peuvent néanmoins faire décoller les enchères, à l’image des 5 280 euros atteints par un cache-pot fin XIXe à décor d’oiseaux et feuillages le 30 juin 2019 à Reims par Guizzetti & Collet.

 

Longwy à l’heure de l’Art déco

Mais en général, il faut aller chercher plus loin dans l’histoire de cette Faïencerie pour voir ces estimations augmenter. Les années 1925-1940 vont lui donner un nouvel élan. C’est le thème de la vacation du 24 mars à l’Hôtel des ventes du Marais. « Une trentaine de lots, issus d’une collection privée, détaille Agnès Carlier. Ces pièces sont toutes de l’époque Art déco qui est plus recherchée que les autres, peut être parce que leur modernité leur permet de mieux s’intégrer dans les intérieurs actuels. » Au catalogue de cette vente, une sélection de vases de forme bouteille, octogonale, piriforme ou boule, tous portant des décors très typiques de cette période (estimés entre 70 et 220 euros environ). Plus insolite, une petite plaque publicitaire pour les émaux de Longwy est estimée entre 150 et 200 euros.

 

Longwy, plaque publicitaires sous forme de blason, 18 cm. Estimation : 120 – 150 euros.

 

Un marché essentiellement régional

En 1931 est créée une forme restée célèbre dans l’histoire de la fabrique : la boule coloniale, imaginée par Maurice-Paul Chevallier. Ce format va inspirer ensuite de nombreux artistes, dont Georges Braque ou Jean Boggio. « Nous en présentons une dans notre vente du 14 mars, dont le décor de jungle est d’après celui de Chevallier, signale Valérie Bock, mais elle a été restaurée, ce qui justifie son estimation fixée entre 1 000 et 2 000 euros ». Dans les ventes récentes, ce prix a effectivement été largement dépassé : 3 687 euros en avril dernier à Lyon, sous le marteau de Cécile Conan, pour une boule Lisa du décorateur Stéphane Gisclard, 3 646 euros en novembre 2020 pour une boule « Hommage à Renoir » au Quai des Enchères de Mâcon et 4 440 euros pour le modèle Atlas adjugé par Chativesle Maison de ventes en juin 2021. Point commun de ces vases : il s’agit de séries limitées à 50 ou 100 exemplaires maximum, ce qui en fait des pièces recherchées par les collectionneurs.

« Les objets qui portent la marque d’un décorateur et qui ont été édités en petites séries sont les plus susceptibles de plaire », estime Valérie Bock. Dans la vente du 14 mars, elle propose 300 à 400 euros pour un vase à décor de Geisha par Rolande Rizzi, tiré à 25 exemplaires, et 200 à 300 euros pour un grand plat polychrome décor de Chevallier, tiré à 150 exemplaires. Les deux commissaires-priseurs soulignent de concert que ce marché reste essentiellement régional, et soutenu par des collectionneurs connaissant bien l’histoire des Emaux de Longwy. « La plupart ont des domaines bien définis, autour d’une forme comme les œufs ou les chats, une période, comme celle de Napoléon, ou encore des décorateurs », termine Agnès Carlier.

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