Le 20 janvier 2021 | Mis à jour le 25 janvier 2021

Marquet, Lailhaca, Théron : coup de projecteur sur la peinture bordelaise

par Diane Zorzi

Le 23 janvier à Bordeaux et en live, Antoine Briscadieu organisera la cinquième édition de sa vente aux enchères dédiée à la peinture bordelaise. Au programme, des œuvres d’art inédites signées Albert Marquet, Raoul Dosque, Jean Dupas, Joseph Lailhaca, Pierre Théron ou Philippe Mohlitz.

 

Chaque année, depuis 2015, Antoine Briscadieu révèle la richesse du patrimoine artistique d’Aquitaine, à travers une vente aux enchères de peintures bordelaises inédites sur le marché. Pour mener cette entreprise ambitieuse, le commissaire-priseur s’est entouré une nouvelle fois d’historiens de l’art et spécialistes : Jean-Roger Soubiran et Jacques Sargos. De quoi permettre aux amateurs et collectionneurs de mieux appréhender « ce patrimoine artistique que nous aimons et défendons », explique Antoine Briscadieu.

 

Raoul Dosque (1860-1937), « La Garonne au Point du Jour, Bordeaux », 1929. Huile sur toile signée en bas à gauche et datée « matin d’avril 1929 » en bas à droite. Située et numérotée 1057 au verso. 38 x 55 cm. Estimation : 200 – 400 euros.

 

Le paysage bordelais de Raoul Dosque à Willem Van Hasselt

De la région bordelaise, la vente dévoile des paysages de campagne – un Vieux chêne à Floirac ou Blanquefort, le matin de Raoul Dosque (1860-1937), le Château Descas de Pierre-Louis Cazaubon (1873-1950) – ou des marines – les Voiliers du Cap Ferret hauts en couleurs de Jean Hugon (1919-1990), le bassin d’Arcachon de Jean-Gérard Carrère (1922-2015), le Quai Sainte-Croix de Léon Bopp du Pont (1840-1924). Des œuvres que l’on doit aussi parfois à des artistes de passage. « Bien des peintres qui ont travaillé à Bordeaux n’étaient pas bordelais d’origine, détaille Jacques Sargos. Certains même y ont fait école, comme le saintongeais Louis Auguin, le breton Louis Cabié ou le suisse Amédée Baudit et l’on célèbre depuis quelques années le modernisme subtil des vues du bassin d’Arcachon par Willem Van Hasselt. Or celui-ci était un peintre hollandais, fixé à Paris, qui passait sur le Bassin des vacances avec sa belle-famille. »

 

Willem Van Hasselt (Rotterdam, 1882 – Nogent-sur-Marne, 1963), « Matinée au jardin ». Huile sur toile signée à la plume en bas à gauche. 150 x 380 cm. Estimation : 6 000 – 8 000 euros.

 

Albert Marquet et lumière arcachonnaise

Bien que bordelais d’origine, le maître fauve Albert Marquet (1875-1947) immortalisa quant à lui rarement sa terre natale, livrant une trentaine de paysages au cours de l’été 1935 alors qu’il séjourne au Pyla, après une intense activité parisienne. Parmi eux, un panneau, le Bassin d’Arcachon, jardin au Pyla (estimé entre 50 000 et 70 000 euros), évoque son attrait pour l’art des estampes japonaises, à travers l’adoption d’une vue plongeante, l’absence d’ombres et de modelé et le traitement en touches décoratives des ondulations de l’eau. « Au Pyla, Marquet trouve seul ses formules, remarque Jean-Roger Soubiran. Désormais, il a conquis un style ; son originalité, ses aspirations l’emportent vers l’expression des rythmes et du ton, de la lumière et de l’espace. Ici sont réunies toutes les qualités de son génie, résultat de plus de trente ans d’efforts. La poésie du Pyla est toute d’observation directe et de sentiment personnel. Par son art si profondément émotif, Marquet est parvenu à surmonter le défi essentiel que soumet le Bassin aux artistes : exprimer la sensation de la fluidité de la lumière arcachonnaise. »

 

Albert Marquet (1875-1947), « Bassin d’Arcachon, jardin au Pyla », 1935. Huile sur panneau signée en bas à droite, annotée au verso « Jardin Pyla 23 IIC » et datée « 35 ». 33 x 41 cm. Estimation : 50 000 – 70 000 euros.

 

Bordeaux, le terreau fertile de l’Art déco…

Comme Marquet, nombre d’artistes nés en Aquitaine ont connu une carrière nationale ou internationale, tel Jean Dupas (1882-1964), peintre et décorateur Art déco majeur qui reçut des commandes prestigieuses, du paquebot l’Ile-de-France aux cartons de la Manufacture nationale de Sèvres ou des Gobelins, et qui fit florir le style néo-grec, initié quelques années plus tôt par son aîné, le peintre bordelais Joseph Lailhaca (1876-1920). En témoigne la Jeune femme dans un paysage méditerranéen (estimé entre 2 000 et 3 000 euros) avec laquelle Lailhaca mêle audacieusement le moderne à l’antique, dépeignant, sur fond de prairies arcadiennes, une patricienne parée d’un drapé antique et évoquant les bas-reliefs art déco sculptés par Bourdelle en 1912, 1913, pour le Théâtre des Champs-Elysées.

 

Joseph Lailhaca (1876-1920), « Jeune Femme dans un paysage méditerranéen ». Huile sur toile. 65 x 100 cm. Estimation : 2 000 – 3 000 euros.

 

…et de la modernité

Cette œuvre d’une grande modernité annonce aussi les drames mythologiques de Pierre-Georges Théron (1918-2000), tel Le Sacrifice de Mithra (estimé entre 6 000 et 8 000 euros), l’un de ses plus grands chefs-d’œuvre. « Cette composition a été mûrement pensée et montre aussi bien une nouvelle phase dans son style qu’une rupture avec la peinture élégante des prix de Rome d’avant-guerre, décrit Jean-Roger Soubiran. Les accords chromatiques sont inédits dans leur stridence délibérée et ne cherchent pas à charmer. Une voie s’ouvre, où se profile la modernité des années 1940 et 1950. » Innovante, la peinture bordelaise le sera tout au long du XXe siècle, jusqu’aux productions récentes du graveur Philippe Mohlitz (1941-2019), dont les œuvres oniriques, à l’imaginaire débridé, devraient attirer à cette vente les amateurs bordelais, autant que les collectionneurs du monde entier.

Enchérir | Suivez la vente dédiée à la peinture bordelaise le 23 janvier en direct sur interencheres.com

 

Pierre-Georges Théron (1918-2000), « Le Sacrifice de Mithra », 1946. Huile sur toile, signée et datée 1946 en bas à droite. 114 x 146 cm. Estimation : 6 000 – 8 000 euros.

Haut de page

Vous aimerez aussi

Expertise : un fauteuil Louis XV estampillé de Père Gourdin

Le 24 février 2021 | Mis à jour le 24 février 2021

L’estampille de Jean Gourdin, dit Père Gourdin, est le signe d’un art menuisier français d’excellence. Jacques Dubarry de Lassale décrypte les particularités de ces sièges remarquables à travers l’expertise d’un […]