Philippe Jalenques : « La valeur des meubles design d’après-guerre a remplacé celle du mobilier classique. »

04/03/2020

Commissaire-priseur depuis plus de trente ans, Philippe Jalenques n’a cessé de se renouveler, participant activement à l’accessibilité des ventes aux enchères. Installé à Clermont-Ferrand, il revient sur les évolutions qui ont marqué sa profession…

 

Les typologies d’objets vendus aux enchères ont-elles changé depuis vos débuts dans le métier ?

Oui, particulièrement pour ce qui est du mobilier ancien. Il y a une vingtaine d’années, la manière dont on se meublait était liée à la position sociale que l’on souhaitait refléter. Le mobilier classique du XVIIIe siècle était alors le plus prisé. L’image de l’aristocrate dans son château, possédant faïences, sièges XVIIIe et commodes marquetées, était très marquée et influençait la façon de se meubler dans tous les milieux, y compris les plus modestes. Dans les grands magasins, des copies Louis XV de commodes en bois de rose étaient mêmes proposées ! De ce fait, le mobilier classique se vendait bien aux enchères. Mais aujourd’hui, et ce depuis une dizaine d’années, tous ces paramètres ont changé. On s’est affranchi de ces considérations sociales, pour privilégier de plus en plus ce que l’on aime. Ainsi, il y a désormais une réelle désaffection du mobilier ancien dont les prix ont considérablement diminué.

 

Pourtant, la tendance est aujourd’hui au vintage…

Oui, on revient ces dernières années à des choses plus anciennes, mais datant de l’époque de nos parents. Une forme de nostalgie de l’enfance… La valeur des meubles design d’après-guerre, des années 50 à 70, a remplacé celle du mobilier classique du XVIIIe. A titre d’exemple, le formica, qui ne valait rien à l’époque, se vend beaucoup mieux aujourd’hui.

 

« On revient ces dernières années à des choses plus anciennes, mais datant de l’époque de nos parents. Une forme de nostalgie de l’enfance… »

 

Qu’en est-il de votre public. S’est-il renouvelé ?

Il s’est profondément diversifié. L’arrivée de nouveaux modes d’acquisition pour enchérir – les ordres d’achat, le téléphone et enfin internet – ont démocratisé l’accès aux ventes. J’ai très tôt plaidé pour la mise en place des ventes retransmises en live, à un moment où cela paraissait même prématuré et finalement cela a permis de rajeunir une clientèle vieillissante. De même, la publication des lots sur Internet via interencheres.com a permis d’attirer plus de monde dans nos ventes. Autrefois, le public devait se déplacer jusqu’à la maison de ventes pour voir l’objet convoité. Aujourd’hui, tous les lots, même les plus modestes, sont accessibles par Internet grâce à une photo et un court descriptif. Internet a été une révolution pour les commissaires-priseurs qui sont désormais assurés de la visibilité de leurs objets.

 

Crédit photos © Nicolas Roger 

Le magazine des enchères

GRATUIT
VOIR