Le 29 juin 2023 | Mis à jour le 27 février 2024

Thierry Pomez : « C’est à Troyes qu’a eu lieu la première vente aux enchères par téléphone. »

par Diane Zorzi

Fondateur de la maison Boisseau-Pomez, le commissaire-priseur Pierre Pomez a fait de Troyes l’une des places fortes des ventes aux enchères en France et a désormais une rue à son nom. Son fils, Thierry Pomez, revient sur l’histoire de cet hôtel des ventes animé depuis 1962 par la passion et l’esprit d’innovation. 

  

Pierre Pomez est un nom que l’on pourra désormais entendre à loisir dans l’enceinte de la ville de Troyes. Le commissaire-priseur, décédé en 2020 à l’âge de 92 ans, a en effet, depuis le 13 avril, une rue à son nom. Avec son associé André Boisseau, dont le patronyme a également été donné à un square de la ville, Pierre Pomez a fait de Troyes l’une des places fortes des ventes aux enchères en France. La maison Boisseau-Pomez, qui a fêté ses 60 ans l’an dernier, en est la parfaite illustration avec son histoire émaillée de records. Elle a marqué les esprits avec la dispersion de la collection Levy, la succession du Marquis Eric de Bonardi du Menil ou, plus récemment, l’enchère millionnaire obtenue pour un tableau de Frans Francken II. Autant de succès que la maison doit à la passion de ses membres, renouvelée de pères en fils – Thierry Pomez, Philippe Boisseau et Léonard Pomez officient aujourd’hui de concert, perpétuant l’esprit d’innovation qui anime l’Hôtel des ventes de Troyes depuis 1962. Retour sur l’histoire de cette institution troyenne en compagnie du commissaire-priseur Thierry Pomez qui a rejoint en 1982 l’aventure initiée par son père Pierre Pomez. 

 

Diane Zorzi : Une cérémonie a été donnée à la mairie de Troyes à l’occasion de l’inauguration de la rue « Pierre-Pomez ». C’était un événement sans doute chargé en émotion… 

Thierry Pomez : Oui, c’était très émouvant, d’autant plus que mon père est décédé en avril 2020, en plein Covid, avec des cérémonies religieuses très restreintes. Cette célébration permettait donc de lui rendre en quelque sorte l’hommage qu’il n’avait pu avoir au lendemain de son décès. Et puis il est émouvant de se dire que le nom va ainsi perdurer dans le temps, et même après nous… L’une de ses arrière-petites-filles était d’ailleurs présente, ce qui renforçait cette notion de transmission. 

 

D. Z. : Quel lien votre père Pierre Pomez entretenait-il avec la ville de Troyes ? 

T. P. : Troyes était sa ville natale. La rue qui porte désormais son nom est d’ailleurs située dans le futur éco-quartier des Tauxelles, soit à équidistance entre le lieu où il est né, celui où est situé l’hôtel des ventes et là où il a résidé ! Si sa famille était originaire de Besançon, il était néanmoins très fier de sa ville et proche de la famille du maire actuel, François Baroin qu’il a connu enfant. Il a également été durant 25 ans président du Musée d’art et d’histoire de Troyes et honoré, en cette qualité, de la Légion d’honneur. Le fait qu’il soit commissaire-priseur et qu’il connaisse le milieu des marchands d’art l’aidait considérablement dans ses négociations. Cela a permis notamment de faire entrer quelques œuvres importantes au musée, comme un tableau de Philippe de Champaigne. 

 

Portrait de Pierre Pomez.

« Ils faisaient partie de cette génération de commissaires-priseurs qui ont tenté de « déniaiser » la province, en organisant les premières ventes cataloguées et les ventes en soirée. C’est d’ailleurs à Troyes, en 1969, qu’a eu lieu la première vente aux enchères par téléphone. »

 

D. Z. : Quand est née la maison de vente Boisseau-Pomez ? 

T. P. : Il y a toujours eu des commissaires-priseurs à Troyes. Historiquement, trois offices étaient installés. Mais autour de 1910, ils ont eu l’intelligence de se réunir dans des locaux communs afin de réduire les coûts. Depuis plus de 100 ans, les commissaires-priseurs de Troyes, bien que dotés chacun de leur propre charge, travaillent ensemble. Mon père, quant à lui, a racheté l’étude de Maître Marliat à sa nomination en 1955 et a travaillé avec l’associé alors en place, jusqu’à l’arrivée d’André Boisseau en 1962. La maison Boisseau-Pomez est née à ce moment-là, lorsque leurs deux noms ont été réunis. 

 

D. Z. : Quelles ventes ont particulièrement marqué sa carrière ? 

T. P. : Il était très fier d’avoir fait l’inventaire du Château de La Motte-Tilly, une demeure du XVIIIe siècle située dans le département de l’Aube, ayant appartenu à la marquise de Maillé qui l’a léguée après sa mort à la Caisse Nationale des Monuments Historiques. Lorsqu’il exerçait, la marchandise était abondante. Avec son associé, ils ont été particulièrement innovants. Ils faisaient partie de cette génération de commissaires-priseurs qui ont tenté de « déniaiser » la province, en organisant les premières ventes cataloguées et les ventes en soirée. C’est d’ailleurs à Troyes, en 1969, qu’a eu lieu la première vente aux enchères par téléphone. Elle avait été organisée par Jean-Claude Binoche qui n’était pas encore commissaire-priseur. 

 

D. Z. : Cette inauguration couronne aussi l’histoire d’une dynastie de commissaires-priseurs… Quand avez-vous rejoint l’étude de votre père ?

T. P. : Je suis arrivé en 1982. J’avais racheté auparavant une étude à Arcis-sur-Aube, une petite commune du département, mais le procureur, en me nommant commissaire-priseur, avait posé la condition que je m’associe avec mon père et André Boisseau, car il jugeait cette étude trop petite et pas viable. C’est ainsi que les offices du département ont été réunis. 

 

D. Z. : Était-ce une évidence pour vous d’embrasser le métier de commissaire-priseur à Troyes, auprès de votre père ?

T. P. : Oui, j’ai fait trois ans de stage à Troyes, j’ai été de plus immergé très jeune dans l’étude. Il était donc pour moi naturel et évident de rejoindre la maison. Lorsque l’on est fils de commissaire-priseur, on est toujours un peu corvéable ! On aide pendant les ventes le dimanche, on range les objets dans les réserves, on y fait ses jobs d’été… C’était l’époque où les catalogues étaient de simples feuilles qu’il fallait agrafer et mettre sous enveloppe ! On étalait toutes les feuilles sur la moquette de la maison et on agrafait… Étudiant, j’ai suivi une formation de droit, en m’autorisant la possibilité de faire un autre métier. Mais ces expériences au sein de l’étude, le contact humain, tout cela m’avait beaucoup plu. J’ai donc décidé, à l’issue de mes études de droit, de devenir commissaire-priseur. 

 

Portraits de Thierry Pomez et de son fils Léonard Pomez, commissaires-priseurs à Troyes.

« C’était l’époque où les catalogues étaient de simples feuilles qu’il fallait agrafer et mettre sous enveloppe ! On étalait toutes les feuilles sur la moquette de la maison et on agrafait… »

 

D. Z. : Avec ses quelques vingt années d’expérience, votre père a-t-il été un guide et un modèle pour le commissaire-priseur fraîchement diplômé que vous étiez en 1982 ?  

T. P. : Jeune, vous êtes toujours un peu fougueux ! Vous vous appuyez donc sur l’expérience de vos aînés. Il m’était facile de demander conseil à mon père sur un objet, une époque, ou sur la manière de diriger et mener une affaire. J’étais bluffé par son dynamisme lors des ventes. Il avait horreur des temps morts et instaurait toujours une dynamique pour faire en sorte que le public reste en haleine. Je suis pareil aujourd’hui, il faut que ça pulse ! Il faut dominer la vente et donner le tempo. « Allez hop, au galop » c’était son expression ! Je garde un très bon souvenir de nos ventes en duo : je présentais les objets et il les vendait. Il y avait une réelle complicité et on s’amusait en se renvoyant la balle ! André Boisseau a également participé à ma formation. A mon arrivée en 1982, il m’a accueilli à bras ouverts. Ses conseils ont été très précieux, il m’a notamment appris la modération, prendre du recul par rapport aux événements… 

 

D. Z. : Vous souvenez-vous de la première vente aux enchères que vous avez animée ?  

T. P. : Et comment !, je n’ai rien vendu ! C’était en mai 1982. J’étais fraîchement nommé et André Boisseau avait un dossier de liquidation judiciaire d’une blanchisserie à Arcis-sur-Aube. Il m’a dit : « Maintenant, c’est ton fief, tu fais la vente ! » Le matériel était vétuste, aucun lot n’a trouvé preneur ! André Boisseau n’était même pas là, j’étais tout seul dans ma grande solitude… Le marteau je l’ai également rapidement pris pour les ventes courantes et cataloguées. C’était amusant d’ailleurs de voir la manière dont la perception des gens changeait à mon égard lorsque mon père me confiait le marteau, je devenais véritablement commissaire-priseur ! Je me souviens d’ailleurs aussi du jour où mon père, sollicité pour des questions relatives à un inventaire particulièrement complexe, avait répondu : « voyez avec Thierry ! » Jusque-là, aux yeux de ces héritiers, j’étais en quelque sorte la cinquième roue du carrosse, et tout d’un coup j’avais pris du galon ! 

 

D. Z. : Comment fonctionne le nouveau duo que vous formez aujourd’hui avec votre fils Léonard ?

T. P. : La transmission avec Léonard a été relativement différente, car le métier a depuis considérablement évolué, avec la retransmission des ventes en ligne et les nouveaux moyens de communication comme les réseaux sociaux. Alors que je m’inscrivais dans les pas de mes prédécesseurs, Léonard a apporté quant à lui de nouvelles compétences car il était plus en avance sur ces questions. Mon père Pierre Pomez était d’ailleurs très fier de voir son petit-fils reprendre la suite et lui a même donné son marteau à ses initiales. C’était une grande fierté pour lui que le nom Pomez se perpétue dans les ventes aux enchères. 

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