Le 12 février, un rare portfolio commandé spécialement pour l’actrice Louise Mayer par la cour du Tsar Alexandre II sera mis en vente à Mayenne. Estimé à plus de 5 000 euros, il témoigne de la carrière prestigieuse de l’une des plus grandes actrices françaises du XIXe siècle, vedette de Paris à Saint-Pétersbourg.
Louise Mayer, une actrice française vedette à Saint-Pétersbourg
« On pourrait répondre à ceux qui demandent à trouver réunis la grâce et le talent : Allez voir Mlle Mayer ! » En 1838, le critique Paul Payne ne tarit pas d’éloges lorsqu’il évoque dans Le Monde dramatique le parcours de l’actrice Louise Mayer. Du haut de ses dix-huit printemps, la jeune femme jouit d’une carrière florissante. Comédienne dans les beaux jardins de Tivoli dès l’âge de onze ans, elle s’est illustrée dans maintes pièces – Mlle Marguerite, Les cabinets particuliers, Un de plus, Les pages de Bassompierre, Les Liaisons dangereuses, Le cabinet de Lustucru –, avant d’être érigée en vedette du théâtre national du Vaudeville parisien.
Mais alors que le tout Paris se presse pour la voir incarner les rôles de Paquerette ou Peau d’âne, la jeune femme rejoint le théâtre français de Saint-Pétersbourg, à la suite d’un incendie qui ravage le théâtre du Vaudeville parisien dans la nuit du 16 au 17 juillet 1838. « Le théâtre Michel de Saint-Pétersbourg recevait des troupes françaises sous contrat de deux à cinq ans en moyenne, note Pascal Guillebaud, expert en livres anciens. Les pièces étaient jouées pour un public alors francophone qui se composait de la famille impériale, de l’aristocratie, de l’intelligentsia, des étudiants et bien sûr de la communauté française pour laquelle le théâtre était réservé. » Le 23 janvier 1860, un hommage lui est finalement rendu dans la cité des tsars, à l’occasion duquel un portfolio lui est offert. « Ce rare document, estimé entre 5 000 et 10 000 euros, aurait été commandé par le tsar Alexandre II lui-même, explique Pascal Blouet. Il sera l’une des pièces phares de la vente que nous organisons le 12 février à Mayenne.»
Voir la vente | Un rare portfolio offert par la cour du Tsar Alexandre II à Louise Mayer

Un rare document estimé à plus de 5 000 euros
Témoin précieux de la seconde partie de la carrière de l’actrice émigrée en Russie, le portfolio dévoile deux aquarelles originales signées Michaly Zichy (1827-1906). Ami proche de Théophile Gautier qui le considérait comme un “monstre de génie”, et de Gustave Doré, Zichy fut considéré de son vivant comme le plus grand dessinateur et illustrateur hongrois, et devint peintre à la cour de Saint-Pétersbourg en 1859.
« Les aquarelles représentent deux scènes allégoriques régies par une myriade de Putti annonçant les programmes théâtraux auxquels Louise Mayer a participé, explique Pascal Guillebaud. L’ensemble est ordonné autour d’une liste en lettres d’or d’hommes et de femmes issus de la haute aristocratie russe qui comptèrent parmi les invités de la soirée rendue en hommage à l’actrice. Le tout est renforcé d’une baguette et d’un dos en vermeil signé de Samuel Arnd, chef d’atelier de l’orfèvrerie de cour de Saint-Pétersbourg, considéré comme le précurseur de Fabergé. Nous y joignons une lettre que Zichy adressa au Tsar et qui atteste de l’illustre commande. C’est un document exceptionnel de par son raffinement et sa rareté qui rend hommage non seulement à l’actrice, mais aussi à la collaboration artistique française, à l’accueil de la Russie et à l’amitié entre ces deux pays. »

« Monsieur le comte. J’ai du montrer à sa majesté l’Empereur le dessin que j’ai fait pour Mme Mayer je l’ai emporté avec moi à la chasse. L’Empereur attend depuis très longtemps le même dessin j’aurai positivement (…) qu’en le donnant sans autorisation. Jeudi soir il sera complètement achevé. Vous avez tout le temps pour en faire faire une photographie. Quand même le temps vous manquerait je vous promets la permission de prendre des copies du dessin que je dois faire à l’Empereur du même sujet. Si je vous ai fait un (…) ne m’en voulez pas. Dans ma position je ne pouvais autrement agir. Agréez mes compliments empressés. Zichy ».
Lettre autographe signée Zichy