Le 24 mars 2021 | Mis à jour le 30 mars 2021

Un cuivre de Ludovico Carracci adjugé à plus de 250 000 euros à Bordeaux

par Diane Zorzi

Le 27 mars à Bordeaux, Antoine Briscadieu dévoilait aux enchères une Adoration des mages inédite du maître bolonais Ludovico Carracci. Ce cuivre exceptionnel a trouvé preneur à plus de 250 000 euros.

 

Ce cuivre inédit est une reprise autographe par Ludovico Carracci (1555-1619) de son grand retable, conservé dans la chapelle Gessi de l’église San Bartolomeo di Reno à Bologne avant sa destruction pendant la Seconde Guerre mondiale. « L’atelier familial des Carracci avait reçu la commande de la décoration complète de la chapelle Gessi, située à gauche de l’autel de cette église, expliquent les experts du cabinet Turquin. Agostino, le cousin de Ludovico, fut chargé de la réalisation du maître-autel représentant l’Adoration des Bergers, tandis que les deux toiles latérales revenaient à Ludovico. » Dans cet ensemble majestueux, connu aujourd’hui par des photographies en noir et blanc, Ludovico Carracci réalisent deux tableaux monumentaux figurant la Circoncision et l’Adoration des mages. « La composition de notre cuivre est en grande partie identique à ce dernier tableau. Il comprend toutefois une variation importante, que seul Ludovico pouvait se permettre : l’ajout des têtes de l’âne et du bœuf, situées dans l’angle inférieur gauche du tableau. »

 

Une reprise autographe d’un retable réalisé autour de 1590

Le décor de la chapelle Gessi aurait, selon la majorité des historiens de l’art, était réalisé autour de 1590-1595. « A cette date, Ludovico est âgé d’une trentaine d’années. Il a atteint sa maturité stylistique et a trouvé un langage personnel. » C’est à cette époque qu’il livre ses plus grands chefs-d’œuvre tels que la Madone avec saint François et saint Joseph de Cento (1591), avec laquelle il porte au plus haut la leçon naturaliste, usant de jeux de clair-obscur, de compositions simplifiées et d’une grande tension dramatique. « Ludovico est un artiste-clef de la transition entre le maniérisme et l’art de la période baroque. Il se montre autant à l’aise dans les fresques, les retables de très grand format que des petits cuivres raffinés pour les amateurs ».

 

Ludovico CARRACCI (Bologne 1555-1619), L’Adoration des rois mages. Cuivre. H : 36 cm, L : 26 cm. Adjugé à 252 150 euros (frais compris).

 

Une Adoration des mages naturaliste

Si avec cette Adoration des mages, Ludovic Carrache reprend un sujet populaire, particulièrement plébiscité des peintres maniéristes ((Bartolomeo Passarotti, Prospero Fontana, Orazio Sammachini ou Vasari), l’artiste se positionne d’emblée en rupture avec leurs compositions sophistiquées. « Il refuse leurs compositions remplies de figures, redondantes, ainsi que les perspectives palatiales architecturées, détaillent les experts. Il simplifie, structure de façon frontale et géométrique l’espace : les deux parallèles verticales des colonnes et du roi mage à droite sont rompues par la diagonale qui descend de la tête de saint Joseph à gauche à l’angle inférieur droit. » Il délaisse également les brocarts et motifs décoratifs, réduit sa palette pour ne retenir que les éléments essentiels de l’iconographie et ainsi clarifier sa compréhension. « L’iconographie claire, facilement identifiable, le clair-obscur marqué, le réalisme des figures et des animaux sont déjà des caractéristiques de la peinture du XVIIe siècle ». Un style dont s’inspireront des artistes tels que Le Guerchin ou Giacomo Cavedone avec son Adoration des mages, réalisée de 1611 à 1613 pour l’Eglise San Paolo Maggiore à Bologne.

 

Un cuivre inédit adjugé à 252 150 euros

Ce cuivre exceptionnel de Ludovico Carracci était estimé entre 100 000 et 150 000 euros et a finalement trouvé preneur à 252 150 euros le 27 mars à Bordeaux, à l’occasion d’une vente retransmise en live sur Interencheres et retraçant quatre siècles d’histoire de l’art, des tableaux du XVIIe siècle aux pièces design du XXe siècle. Parmi les autres œuvres dispersées, une marine hollandaise de Ludolf Backhuysen (1630-1708) a été adjugée à 172 200 euros, tandis qu’un panneau orientaliste de Jacques Majorelle (1886-1962) s’est envolé à 153 750 euros.

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