Au sein d’un catalogue éclectique, faisant la part belle à l’art classique et moderne, les commissaires-priseurs Jules et Valérie Régis présenteront aux enchères le 5 décembre un lampadaire Grande feuille réalisé par Alberto Giacometti et estimé de 100 000 à 150 000 euros. Il a été retrouvé au hasard d’un inventaire dans une maison de la région parisienne.
[Mise à jour, 7 décembre 2023] Le lampadaire de Giacometti a été adjugé 582 800 euros (frais inclus).
Le 5 décembre à Deuil-la-Barre, les amateurs pourront découvrir une pièce emblématique du travail d’avant-guerre des frères Giacometti : un lampadaire certifié authentique par la fondation Giacometti et portant le numéro Ag04. « Cette pièce provient d’une jolie maison en région parisienne qui était restée dans son jus depuis les années 1950. Lorsque la propriétaire est tombée malade, à la fin de sa vie, la maison a malheureusement été pillée. C’est donc à l’occasion de l’inventaire de succession de cette maison dévastée, que je suis tombée sur ce lampadaire qui attendait sagement d’être remis en lumière, sans mauvais jeu de mot. Une vraie belle découverte », s’enthousiasme le commissaire-priseur Jules Régis.
Une pièce emblématique des intérieurs des années 1930
Alberto Giacometti est particulièrement célèbre pour ses sculptures longilignes mais sa production destinée à l’ameublement, imaginée avec son frère Diego, gagne de plus en plus d’adeptes. « Un modèle étoile était ainsi vendu 200 000 euros à Rodez en mars dernier », indique Jules Régis. Ces lampadaires, qu’il s’agisse du modèle Feuille, comme ici, ou des éditions Étoiles ou Tête de femme, s’inscrivent dans une gamme d’objets décoratifs, dont des lampes de table et de bureau, destinés au décorateur parisien Jean-Michel Frank dans les années 1930. Ce dernier, très demandé pour son style Art déco, aux lignes sobres et raffinées, habillait les intérieurs de l’époque sans jamais omettre d’intégrer un élément décoratif signé Giacometti. Après avoir conçu leurs lampadaires, les frères Giacometti les envoyaient dans l’atelier d’Alexis Rudier, fondeur de Maillol et Rodin, afin qu’ils soient fondus. Cette collaboration marquante des années d’avant-guerre suffit à expliquer la cote croissante de ces lampadaires. Jules Régis spécifie toutefois que « la provenance et la patine de ces objets décoratifs influencent aussi grandement les adjudications finales ».
Le modèle présenté à l’hôtel des ventes de la Vallée de Montmorency est une pièce rare sur le marché. En effet, « il existe deux versions du modèle Grande Feuille, la version fine dont on connaît vingt et un exemplaires et la version épaisse dont nous présentons le cinquième et dernier exemplaire répertorié », indique Jules Régis. Ce lampadaire sera l’une des pièces maîtresses de cette vacation composée de 225 lots. Parmi la riche sélection, citons un miroir Cage par Mithé Espelt (1 500 à 2 000 euros), une charmante Vue d’Antibes à l’aquarelle par Henri Edmond Cross (4 000 à 6 000 euros), une importante bibliothèque de style Empire (200 à 300 euros) et une lampe Palmier par Maison Jansen (2 000 à 3 000 euros). De quoi ravir des amateurs de tous horizons.
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