La maison viennoise Dorotheum dévoilera aux enchères le 3 mai un tableau de l’une des artistes femmes les plus prisées du XVIIe siècle, Artemisia Gentileschi. Représentant Abraham et les trois anges, ce chef-d’oeuvre avait été attribué à tort à l’un de ses assistants Bernardo Cavallino.
Le catalogue de la vente de tableaux anciens du 3 mai orchestrée par la maison Dorotheum fait la part belle aux artistes femmes actives en Italie aux XVIe et XVIIe siècles, à l’instar de Fede Galizia (1578-1630), Diana De Rosa (1602-1643), Barbara Longhi (1552-ca. 1638) et Orsola Maddalena Caccia (1596-1676), un quatuor que la vacation invite à redécouvrir aux côtés de l’une des pionnières de la peinture d’histoire au féminin, Artemisia Gentileschi (1593-1656).
Un tableau peint par Artemisia Gentileschi et Onofrio Palumbo
Si depuis les années 1980, Artemisia Gentileschi a fait l’objet de nombreux travaux scientifiques assurant sa juste réintégration au cœur de l’histoire de l’art du XVIIe siècle, le corpus qui lui est attribué souffre encore de lacunes. La maison viennoise présente en effet à la vente un tableau inédit qu’elle aurait peint en collaboration avec son assistant Onofrio Palumbo : La rencontre d’Abraham et des trois anges. Inédit ? Pas tout à fait. La toile en question s’est en effet déjà frottée aux enchères en 2014 à Paris, mais sous un autre nom, puisqu’elle avait été attribuée à tort à l’un de ses contemporains, certes tout aussi éminent, Bernardo Cavallino (1616-1656).

Naples, autour de 1640
Selon l’historien de l’art Giuseppe Porzio, le tableau daterait des années 1640 et correspondrait ainsi à la seconde période napolitaine de l’artiste. A cette époque, Artemisia Gentileschi jouit d’une notoriété telle que, pour satisfaire les commandes, elle s’entoure de jeunes artistes talentueux avec qui elle collabore au sein de son atelier napolitain, à l’instar de Bernard Cavallino ou Onofrio Palumbo.
S’il n’est pas aisé de distinguer la main du maître de celle de ses assistants, les types physiques des anges, la palette et les draperies irisées sont autant d’éléments stylistiques qui ont conforté les historiens dans cette nouvelle attribution. En outre, des documents d’époque révèlent qu’Artemisia Gentileschi reçut en décembre 1645 un paiement pour un tableau figurant Abraham. Une œuvre dont les historiens de l’art ont perdu la trace et qui, ainsi que le suggère la datation, pourrait justement correspondre à notre Abraham et les trois anges…
L’Abraham retrouvé d’Artemisia Gentileschi ?
L’hypothèse est pour le moins séduisante. Si Artemisia Gentileschi est aujourd’hui principalement connue pour son tableau Judith et Holopherne du musée Capodimonte peint en 1612-1614, l’artiste est dans les années 1640 au faîte de sa carrière, dirigeant l’un des ateliers européens les plus réputés. Son œuvre, qui conjugue un dessin rigoureux hérité de son père le peintre Orazio Gentileschi, à la recherche d’une intensité dramatique dans la lignée du Caravage, séduit des personnages éminents, à l’instar des Médicis ou encore du roi d’Angleterre Charles Ier qui fit notamment l’acquisition d’un Autoportrait en Allégorie de la peinture – témoignage, s’il en fallait, de l’admiration que lui portaient les grands de ce monde…