Le 30 novembre 2023 | Mis à jour le 7 décembre 2023

Un tableau de Jean-Léon Gérôme retrouvé dans un grenier en vente à Paris

par Magazine des enchères

Un tableau inédit de Jean-Léon Gérôme sera vendu aux enchères le 7 décembre à Paris. Ce tondo daté autour de 1845 témoigne du début de la carrière de l’artiste, alors chef de file du mouvement néo-grec. Il avait été découvert dans le grenier des parents du peintre, avant de rejoindre la collection familiale de son élève Jean-Alexis Muenier. 

 

[Mise à jour, 7 décembre] La femme au masque antique de Jean-Léon Gérôme a été adjugée 78 568 euros (frais inclus). 

 

Parmi les tableaux de maître que compte la prochaine vente d’art moderne et contemporain de la maison Rossini, un tableau se distingue : une Femme au masque antique de Jean-Léon Gérôme (1824-1904) à l’illustre provenance. « Le tableau a été découvert dans le grenier de la maison des parents du peintre, où il avait eu un atelier, explique Maud Laugeay, directrice du département en charge de la vacation. Plus tard, il fut vendu aux beaux-parents de son élève, Jules-Alexis Muenier, puis transmis par descendance.» Le tableau a été restauré, nettoyé et rentoilé sur son châssis d’origine. Les salissures et l’épaisse couche de poussière ont été retirées, et les cloques de la couche picturale aplanies. Conforme à l’état qui était le sien lorsque Gérôme le laissa dans la maison familiale, il est aujourd’hui fin prêt à emprunter le chemin des enchères…

 

Un tableau néo-grec peint autour de 1845

Le portrait est représentatif du début de la carrière de Gérôme qui compte alors parmi ses sources d’inspiration de prédilection, l’art grec antique. L’artiste, de retour d’un voyage en Italie, présente au Salon de 1847 des Jeunes grecs faisant combattre des coqs, devant lequel la critique est partagée. Certains saluent l’audace du jeune artiste, à l’instar de Théophile Gautier qui ne tarit pas d’éloge à son égard : « Il faut marquer de blanc cette année heureuse. Un peintre nouveau est né. Il s’appelle Gérôme. Aujourd’hui je vous dis son nom, je vous prédis que demain il sera célèbre. » D’autres, lui reprochent de mêler la peinture d’Histoire à la scène de genre, en adoptant une vision anecdotique de l’Antiquité. Qu’importe, Gérôme reçoit la médaille d’or, un premier succès qui le hisse en chef de file du nouveau mouvement des Néo-grecs. Celui-ci réunit des peintres qui, à l’instar de Gustave Boulanger, Léopold Burthe et Dominique Papety, entendent réinterpréter l’Antiquité à l’aune de la modernité, en dépeignant au sein de décors archéologiques des scènes intimes, volontiers anecdotiques et teintées d’érotisme, d’intrigue ou d’humour.

A travers ces tableaux néo-grecs, Gérôme peut affirmer son attrait pour le théâtre – ici, la femme est coiffée d’un masque à l’effigie d’Hermès. Ce motif apparaît dans plusieurs œuvres de Gérôme, à l’instar de L’Italienne (ca. 1843) et L’enfant au masque (ca. 1845) qui arbore un même format en tondo. Ces deux tableaux, répertoriés dans le premier Catalogue raisonné de Gérard Ackerman, ont en commun de représenter des figures dont le visage impassible contraste avec la physionomie grimaçante du masque.

 

Jean-Léon Gérôme (1824-1904), « Femme au masque antique », circa 1845. Huile sur toile rentoilée de format ovale (traces de craquelures et quelques restaurations) non signée. 57 x 52 cm. Estimation : 10 000 – 15 000 euros.

 

Un tondo de Gérôme estimé 10 000 à 15 000 euros

Si le tableau n’est pas signé, l’experte Emily M.Weeks n’a pas hésité à l’attribuer à Gérôme et à prévoir son intégration au sein du nouveau Catalogue raisonné. L’absence ici de signature, outre le fait qu’il ne s’agit pas d’un exemple isolé dans le corpus d’œuvres de Gérôme, pourrait s’expliquer par le fait que l’huile sur toile n’est pas entièrement achevée, la tunique n’étant encore qu’une ébauche. « J’ai examiné la technique employée par l’artiste et je crois qu’elle présente les traits les plus caractéristiques de la première période de Gérôme, dont font partie la linéarité, le dessin au crayon, le sang-froid dans l’exécution, la clarté et la palette de couleurs, explique Emily M. Weeks. De plus, la prédominance des tondi dans sa carrière, et sa prédilection pour les masques antiques rendent ce portrait remarquablement convaincant. Enfin, la similitude du châssis avec une œuvre confirmée de l’artiste est un autre point indicatif.  La somme totale de toutes ces observations et la documentation sur la provenance et l’histoire fournie par les propriétaires du tableau permet de réaliser cette expertise formelle. » Le tableau est estimé entre 10 000 et 15 000 euros.

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