Le 23 février 2024 | Mis à jour le 19 mars 2024

Un tableau majeur de Sayed Haider Raza ressurgit à Antibes

par Magazine des enchères

Un tableau du peintre indien Sayed Haider Raza sera présenté pour la première fois aux enchères le 17 mars par la maison de ventes Métayer-Mermoz, à Antibes. Ce très grand Paysage agreste demeurait dans la même collection depuis les années 1960. Une redécouverte majeure pour le corpus de l’artiste.

 

[Mise à jour, 19 mars 2024] Le Paysage agreste a été adjugé  4 754 500 euros (frais inclus). Il s’agit de la deuxième œuvre la plus chère vendue aux enchères de l’artiste. 

 

Arrivé à Paris en 1950, Sayed Haider Raza (1922-2016) est exposé dès 1958 par la Galerie Lara Vincy. C’est là que notre tableau a été acquis, vers 1965, quelques années après son exécution en 1961. Il était conservé depuis dans la même collection. L’oeuvre s’inscrit dans une période cruciale pour l’artiste, durant laquelle les paysages figuratifs se muent en une abstraction puissamment colorée. Elle manifeste pleinement le dialogue entre l’héritage indien et les avant-gardes européennes qui caractérise alors ses œuvres. Estimée de 400 000 à 600 000 euros, elle est l’œuvre de Raza la plus importante proposée aux enchères en France depuis 10 ans.

 

Le tournant des années 60 dans l’œuvre de Raza

Né en 1922 dans le Madhya Pradesh, Raza gardera comme souvenir de son enfance « la peur et la fascination de la forêt indienne ». Il étudie à l’Ecole des Beaux-Arts de Nagpur, puis à la Sir J.J. School of Art à Bombay (aujourd’hui Mumbai). En 1947, année de la Partition de l’Inde, il fonde avec d’autres artistes le PAG, Progressive Artists Group : influencés par le Post-Impressionnisme, le Cubisme et l’Expressionnisme, ils cherchent à concilier la culture indienne et la peinture occidentale. Une bourse permet ensuite à Raza de venir à Paris en 1950, où il étudie aux Beaux-Arts et se rapproche de l’Ecole de Paris, tout en visitant les musées et les galeries et en voyageant dans toute l’Europe. Il produit alors des paysages urbains, à la gouache, dans lesquels on retrouve l’héritage de l’art médiéval et de la Renaissance, des miniatures indiennes structurées en différents plans, et aussi du cubisme de Cézanne.

En 1953, il délaisse la gouache pour l’huile, un changement de technique qui accompagne un tournant stylistique radical. Les couleurs et les formes s’épanouissent dans une explosion éclatante qui fera dire au critique d’art Rudolf von Leyden : « Cette manipulation triomphante de la peinture, cette peinture vivante, ne peut être comprise que comme un acte d’amour ». En 1956, il est le premier artiste étranger à recevoir à Paris le Prix de la Critique et expose alors en France et à l’étranger. Aux paysages construits succèdent progressivement des compositions plus abstraites, pour parvenir à un syncrétisme entre la culture occidentale et la spiritualité indienne. Notre tableau de 1961 marque un tournant dans la carrière de Raza et annonce son intérêt pour l’abstraction lyrique. Sa rencontre avec Mark Rothko en 1962, au cours d’un voyage aux Etats-Unis, lui permet encore d’évoluer dans son travail.

 

Sayed Haider Raza (1922-2016). Paysage Agreste, 1961. Huile sur toile, signée en bas vers la droite et datée (19)61.
H : 120 cm. L : 200 cm. Estimation : 400 000 – 600 000 euros. 

 

Paysage Agreste, une œuvre manifeste des dynamiques transculturelles 

Paysage Agreste se situe à la jonction entre la représentation du monde « tangible de Raza et son évolution vers une utilisation de plus en plus émotive de la couleur et de la forme », explique Anne Macklin, responsable du catalogue raisonné de l’artiste. Les œuvres de Raza se détachent de la représentation d’un lieu précis pour s’attacher à la transcription d’une sensation. Ce paysage champêtre suggère plus qu’il ne montre un groupe de maisons surplombant un terrain sauvage, enveloppé d’un coucher de soleil sombre et inquiétant. Cette peinture épaisse, aux couleurs riches et profondes, « est un patchwork saisissant de couleurs et de formes où la différenciation entre chaque élément est délicieusement floue », ajoute Anne Macklin. C’est par cette profusion de formes, de couleurs et de matière que Raza parvient à transcender son héritage, entre d’une part les bouleversements politiques, la modernité d’une peinture indienne en pleine réinvention, la spiritualité, et d’autre part la culture occidentale, les courants artistiques européens du XXe siècle, dans une dynamique transculturelle qui lui est propre et qui fait sa singularité et sa richesse.

La plus importante œuvre de Raza présentée aux enchères en France depuis 10 ans

Le marché des œuvres de Raza, ainsi que celui des autres membres du Progressive Artists Group, tels que Francis Newton Souza ou Maqbool Fida Husain, est en plein essor tant en Inde qu’à l’international. 412e artiste mondial en ventes aux enchères en 2011, Raza est aujourd’hui 78e, selon le classement Artprice, avec un record chez Pundole’s (Mumbai) en 2023 : 5 020 650 euros (prix marteau). Les œuvres de Raza sont particulièrement recherchées car il occupe « une place exceptionnelle. Par son enfance, sa première formation artistique, sa vaste culture. Il appartient à son pays d’origine, et par ses attaches de quarante années de vie passées en France, il est de France et de l’école dite « de Paris »», souligne Pierre Gaudibert, ancien directeur du musée d’Art moderne de Paris. Le Centre Pompidou lui a d’ailleurs consacré une exposition en 2023. De plus, par ses dimensions (120 x 200 cm), notre Paysage agreste est le tableau le plus important présenté aux enchères en France depuis 10 ans.

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Crédit vidéo © Artcento

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