Le 9 novembre 2022 | Mis à jour le 18 novembre 2022

Le musée d’Orsay préempte une peinture de Gustave Le Gray à 67 600 euros à Toulouse

par Diane Zorzi

Connu pour ses photographies, Gustave Le Gray se rêvait pourtant en peintre et a toute sa vie pratiqué de concert les deux médiums. Mais cet œuvre peint est demeuré dans la plus grande confidentialité jusqu’aux découvertes récentes d’une poignée de tableaux. La dernière en date est un portrait émouvant de sa première épouse, conservé jusqu’à ce jour précieusement dans la collection familiale de l’artiste. Cette toile inédite a été préemptée par le musée d’Orsay à 67 600 euros lors d’une vente aux enchères de tableaux anciens et modernes organisée par Marc Labarbe le 17 novembre à Toulouse.

 

S’il est célébré aujourd’hui pour sa pratique de la photographie qu’il entendait hisser au rang des arts majeurs, Gustave Le Gray (1820-1884) se rêvait en peintre. Le jeune homme, que ses parents destinaient au notariat, fait ses premières gammes auprès de Paul Delaroche, dont il suit l’enseignement à l’Ecole des beaux-arts de Paris dès 1842. Il se définit d’ailleurs comme un « peintre d’histoire » et ses photographies, réalisées notamment au moyen de la technique du « ciel rapporté », se lisent volontiers par ses jeux de lumière telle une toile impressionniste. Mais de sa pratique picturale, qu’il a maintenu sa vie durant, ne demeurent que de rares témoignages. « Nous ne savons rien de la peinture de Le Gray : aucun tableau n’a été identifié alors qu’il en a produit toute sa vie », note ainsi Sylvie Aubenas, Conservateur en chef au département des estampes et de la photographie à la Bibliothèque Nationale de France, dans un ouvrage publié à l’occasion d’une exposition monographique de l’artiste en 2002. Depuis, quelques tableaux ont pu être identifiés à la faveur de ventes aux enchères, à l’instar d’un Portrait de l’Impératrice Eugénie de 1869 adjugé 142 080 euros en 2006 par Osenat ou d’un Panorama de Baalbeck de 1863 (Beaussant-Lefèvre) et le Retour de la fontaine au Caire emportés respectivement pour 81 000 et 15 600 euros en 2016. Un corpus restreint que la vente toulousaine du 17 novembre enrichissait d’une nouvelle œuvre inédite, démontrant par son réalisme vibrant toute l’habileté avec laquelle le photographe sut manier le pinceau.

 

Un portrait de Madame Gustave Le Gray exposé au Salon de 1853

Notre toile, dont les visiteurs du musée d’Orsay pourront bientôt se délecter, demeurait depuis l’origine au sein de la collection de la famille de l’artiste qui, par une alliance nouée en 1942, compte parmi ses membres André Lanes, le petit-fils du président de la République Armand Fallières. Eu égard au sujet, l’on comprend que cette œuvre, douée d’une aura singulière, fut conservée précieusement dans le cercle familial. Elle invite en effet à pénétrer dans l’intimité du peintre photographe, donnant à voir la chère et tendre de l’artiste, Palmira Maddalena Gertude Leonardi qu’il épouse, en un premier union, en 1844 en l’église San Giacomo in Augusta à Rome, et avec qui il aura six enfants, dont un seul, Romain, survivra à l’âge adulte.

Lorsqu’il réalise ce portrait, Gustave le Gray n’a que 33 ans et son épouse 30 ans. La toile est présentée, sous le titre Portrait de Madame G.L. (pour « Madame Gustave Le Gray » ou « Madame Gertrude Leonardi »), au Salon des artistes vivants en 1853, ainsi que le révèle le numéro de répertoire « 2794 » inscrit au revers du tableau. Cette année-là, Jean-Léon Gérôme exposait une sensuelle composition néogrecque tirée du roman de Longus, Daphnis et Chloé, quand Théodore Chassériau triomphait avec son célèbre Tepidarium au parfum de harem. A l’instar de l’élève d’Ingres, Gustave Le Gray est fasciné par les mystères de l’Orient, tant et si bien qu’après un voyage à Alexandrie, Beyrouth et Damas, il s’établit définitivement au Caire où il s’éteint en 1884. Avec les portraits, les scènes orientalistes figurent parmi ses sujets picturaux de prédilection. 

 

Gustave Le Gray (1820-1884), « Portrait de Madame G.L ». Huile sur toile. Signée et datée 1853. Adjugée 67 600 euros et préemptée par le musée d’Orsay. Crédit photo © Samuel Cortès

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