Willy Aractingli, Le tigre tranquille, 1990, Huile sur toile, 114 x 146 cm

Le 11 décembre 2025 | Mis à jour le 12 décembre 2025

Willy Aractingi : deux toiles inspirées par les Fables de La Fontaine en vente à Cannes

par Lucien Chancel

Le 12 décembre prochain, Cannes Enchères présentera, lors de sa vente d’art moderne et contemporain, deux tableaux de l’artiste libanais Willy Aractingi, Le tigre tranquille (1990) et Le lion devenu vieux (1993). Des toiles jamais passées en salle de ventes, réalisées dans le cadre d’un projet ambitieux : illustrer Les Fables de La Fontaine. Se revendiquant comme un « peintre synthétique », Willy Aractingi a composé des œuvres qui ne sont pas sans rappeler celles du Douanier Rousseau ou de Paul Gauguin.

 

Mise à jour après vente, 12 décembre. Le tigre tranquille de Willy Aractingi été adjugé 53 340 euros (frais inclus), un record en France pour l’artiste, tandis que Le lion devenu vieux a trouvé preneur à 38 100 euros. 

 

Jean-Baptiste Oudry au siècle des Lumières, Gustave Doré pendant le Second Empire, Marc Chagall et Salvador Dalí au XXe siècle ; nombreux sont les artistes à s’être emparés des Fables de La Fontaine afin de les illustrer. Ce fut également le cas de Willy Aractingi (1930-2003) qui, des années 1980 jusqu’à la fin de sa vie, s’appliqua à représenter les 244 fables de Jean de La Fontaine, ainsi que d’autres récits d’Orient et d’Occident. Les deux peintures proposées à la vente le 12 décembre chez Cannes Enchères ont été produites dans le cadre de cette entreprise au long cours. 

 

Un artiste longtemps éloigné des pinceaux 

Issu de la diaspora libanaise, Willy Aractingi est né à New York en 1930, puis grandit au Caire avant de rejoindre Beyrouth. Il apprend durant ces années la peinture en autodidacte, mais range un temps ses pinceaux pour se lancer dans une carrière dans l’industrie de la parfumerie.

 

Willy Aractingi, Le lion devenu vieux, 1993, huile sur toile, 81 x 100 cm

Willy Aractingi (1930-2003), « Le lion devenu vieux », 1993, huile sur toile, 81 x 100 cm. Estimation : 10 000 – 15 000 euros.

 

Il renoue avec l’art au milieu des années 1970, tout d’abord en ouvrant la galerie Le Point rue Clémenceau, à Paris, pour y exposer certains artistes comme Niki de Saint Phalle ou Alékos Fassianó, puis en montrant ses peintures à la Galerie Contact à Beyrouth. Malheureusement, la guerre civile au Liban le détourne encore quelques années de sa vocation. C’est donc à la fin des années 1980 qu’il commence son grand Œuvre, l’illustration des Fables de La Fontaine, avec en tête le tricentenaire de la mort du fabuliste en 1995. 

 

Retrouver les yeux émerveillés de l’enfance

 Le tigre tranquille ne s’inspire pas directement d’un des courts récits du moraliste, à la différence du Lion devenu vieux, dont voici la première strophe : « Le Lion, terreur des forêts/Chargé d’ans, et pleurant son antique prouesse/Fut enfin attaqué par ses propres sujets/Devenus forts par sa faiblesse. » Willy Aractingi s’emploie à mettre en image ces vers avec des formes épurées, des lignes claires, des aplats et le recours à un nombre limité de couleurs, moyen à ses yeux de « leur donner plus de force et de rigueur »

 

Willy Aractingli, Le tigre tranquille, 1990, Huile sur toile, 114 x 146 cm

Willy Aractingli (1930-2003), « Le tigre tranquille », 1990, huile sur toile, 114 x 146 cm. Estimation : 15 000 – 20 000 euros.

 

Dans la préface de Jean de La Fontaine, Fables l’auteur Jean-Noël Pancrazi, récipiendaire du Prix Médicis, qualifiera l’oeuvre de l’artiste avec ces mots : « Il a exhumé l’âme des fables, ressuscité cet enchantement acide qui en est l’un des secrets. » Associé à l’Art naïf, Willy Aractingi s’en défend, préférant se présenter comme « un autodidacte et un instinctif ». Reste que ces deux toiles évoquent d’emblée certaines peintures du Douanier Rousseau, notamment Tigre dans une tempête tropicale (1891).

 

Une cote en progression 

Les deux tableaux, non encadrés, sont dans un « parfait état de conservation », selon l’expert Marc Briat. June Aractingi Nadaa, la fille de l’artiste qui s’occupe de valoriser l’œuvre de son père, n’avait pas connaissance de l’existence de ces deux huiles sur toile acquises directement auprès de l’artiste par leur actuel propriétaire. « Elle a été très heureuse de l’apprendre, et les intégrera à son catalogue raisonné qui est en cours de préparation. » Le tigre tranquille, un grand format (114 x 146 cm), est estimé entre 15 000 euros et 20 000 euros et Le lion devenu vieux, de taille plus modeste (81 x 100 cm), entre 10 000 et  15 000 euros. Des estimations prudentes qui n’empêchent pas le commissaire-priseur Nicolas Debussy d’espérer une belle surprise : « Les tableaux de Willy Aractingi passent assez rarement en salle de ventes, et ces toiles sont d’autant plus intéressantes qu’elles arrivent pour la première fois sur le marché. »

 

De gauche à droite, le commissaire-priseur Nicolas Debussy et l'expert Marc Briat devant les deux tableau de Willy Aractingi

De gauche à droite, le commissaire-priseur Nicolas Debussy et l’expert Marc Briat devant les deux tableau de Willy Aractingi.

 

A noter que deux autres tableaux ont été présentés par la maison Guillaume Le Floc’h la semaine dernière, dont une toile, Le lion et l’âne chassant (1994), qui a largement dépassé son estimation pour atteindre les 35 427 euros (avec frais). Cette belle performance témoigne d’un regain d’intérêt accru pour l’artiste, dont la cote a profité d’une importante rétrospective au musée de Sursock à Beyrouth, l’une des institutions culturelles majeures du Liban, permise grâce au don 224 toiles par la descendance de l’artiste. Événement qui a attiré l’attention des collectionneurs de la région.

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