Investir dans l’or : est-ce encore le bon moment d’acheter ?
Alors que le cours de l’or est en constante augmentation depuis cinq ans et qu’il a dépassé récemment les 110 000 euros, quelles perspectives se dessinent pour 2026 ? Est-ce encore le bon moment d’acheter alors que le cours affiche des performances historiques ? La réponse avec Nicolas Chwat, directeur des ventes au Crédit Municipal de Paris.
Au sein de ventes de bijoux ou lors de ventes spécialisées, des quantités d’or s’échangent chaque année en ventes aux enchères, à des prix en constante augmentation depuis quelques années. Sur ce marché, l’un des principaux acteurs est le Crédit Municipal. Le directeur des ventes au Crédit Municipal de Paris, Nicolas Chwat, rappelle les règles du jeu : « En France comme en Europe, il existe plusieurs catégories d’or : le 9 carats, le 14, le 18 et le 24 carats. Ils établissent le titrage de l’or, c’est-à-dire la composition du métal. Ceci pour les bijoux, les lingots ou débris poinçonnés, dont le titre a donc été vérifié et établi. Mais nous avons également des bijoux ou débris d’or en provenance d’Inde ou du Sri Lanka, qui n’ont pas été poinçonnés, et que nous proposons dans nos ventes exclusivement consacrées à l’or ». Dans ce cas précis, les lots sont vendus au poids, et les bijoux sont détruits avant d’être remis aux enchérisseurs car « ils ne doivent pas être revendus en tant que bijoux. Ils peuvent être conservés en morceaux ou fondus pour réaliser de nouvelles parures qui seront dans ce cas poinçonnées par des structures accréditées ».
Des bijoux aux lingots, deux marchés distincts
Deux marchés coexistent donc, celui de l’or acheté au poids du métal, et celui des bijoux en or. Dans le second cas, l’esthétique des pièces, leur ancienneté, une éventuelle signature d’un grand joaillier détache le prix d’adjudication de la pièce de son poids en or. Même s’il faut noter que les commissaires-priseurs présentent fréquemment dans les vente spécialisées en bijoux de petits lots de parties de bracelets ou colliers cassés ou incomplets, dont le prix est alors calculé en fonction de leurs poids.
A noter enfin que les lingot et lingotins (le poids peut varier entre 10 grammes et 1 kilo en général) peuvent être en 24 carats, soit le plus proche possible de l’or pur (99,99 %), mais qu’il n’existe que peu de bijoux en 24 carats, car le métal pur est trop mou pour le travail des bijoutiers.
Une hausse constante des cours depuis 2021
Nicolas Chwat constate que l’or « a beaucoup de succès depuis quelques années, c’est une valeur refuge dont le prix a nettement augmenté. En 2021, le kilo valait 48 000 euros, en janvier 2025, 80 000 euros environ, et sur les derniers mois de l’année, il oscille entre 111 000 et 117 000 euros… Et à chaque fois que l’on pense avoir atteint le sommet, cela monte encore ». Ces cotations du kilo d’or concernent de l’or 18 carats.
Les raisons de cette hausse étalée sur presque 5 ans sont multiples : la crainte de conflits internationaux, la méfiance vis à vis de la valeur des monnaies nationales, une forme d’incertitude sur l’avenir. Dans un contexte géopolitique toujours complexe, il ne voit pas ce prix baisser dans les prochains mois : « Nous avions imaginé une baisse après l’accord de paix israélo-palestinien, mais ce n’est pas arrivé. Et les prévisions sont plutôt en faveur d’une stabilisation autour de 115 000 euros, ou d’une légère croissance de l’ordre de 3 ou 4 % ».
L’or, une valeur refuge
Du côté des déposants du Crédit Municipal, l’or a toujours été un classique. Les bijoux apportés permettent à l’organisme de débloquer des prêts, ce qui démontre la sureté du métal doré comme garantie, « même si dans huit cas sur dix, ils sont récupérés au final, et ce n’est que dans les deux cas restants que nous procédons à la vente », détaille Nicolas Chwat.
Les acheteurs intéressés par l’or ont tendance à rajeunir, constate le directeur des ventes du Crédit Municipal, il estime qu’il s’agit d’une nouvelle manière pour les trentenaires ou les quadragénaires de diversifier leur patrimoine. « Ils sont très au courant des cours du marché et achètent en fonction ». Il existe une multiplicité de sites informant au jour le jour de la cotation de l’or sur les marchés, mais il est établi à Londres, par la London Bullion Market Association, qui actualise le cours deux fois par jour. Autre avantage, après achat, cet investissement très tangible, physique, est en général stocké dans un coffre au domicile ou dans celui d’une banque, et peut y rester indéfiniment.
Au final, Nicolas Chwat remarque que « c’est bien la définition d’une valeur refuge, elle peut varier un peu mais si on se montre patient on finit toujours pas retrouver ses petits ! »