Le 2 août prochain à Cherbourg, la maison Alliance enchères organisera sa belle vente estivale, avec notamment la mise en lumière d’un rare dé de loterie britannique en ivoire de morse.
La commissaire-priseur Fanny Dariel raconte : « Un brocanteur visitait une maison et a remarqué cet imposant dé dans une caisse à jouets. Il ne savait pas du tout de quoi il s’agissait, mais il a senti que ce n’était pas un objet anodin. Il me l’a apporté à l’étude et je l’ai ensuite présenté aux experts du cabinet Fligny, spécialisé dans la Haute Époque. Nous avons eu une belle surprise. » Ces derniers ont finalement pu lever une partie du voile entourant ce lot, présenté le 2 août par Alliance enchères et estimé entre 6 000 et 8 000 euros.
Un dé en ivoire de morse à trente-deux faces
Cet imposant dé en ivoire de morse, d’une circonférence d’environ 14 cm, compte 32 faces, chacune sculptée d’un chiffre. Sur celle portant le chiffre 1 figure une couronne fermée anglaise, attestant auprès des joueurs que le dé n’est pas truqué. Le mot « six » est par ailleurs inscrit en toutes lettres sous le chiffre 6 pour le distinguer du 9. Le dé est daté autour du tout début du XVIIe siècle.
La loterie du Royal Oak, héritière d’une longue tradition
Cette loterie du Royal Oak est apparue sous la Restauration anglaise dans les années 1660. Elle s’inscrivait dans une longue tradition : les loteries publiques avaient été institutionnalisées en Angleterre dès 1568-1569 sous Élisabeth Ire, afin de financer les défenses du royaume face à la menace espagnole. Charles Ier y eut lui-même recours en 1630 pour financer l’adduction d’eau à Londres. Régulièrement organisées, ces loteries offraient des lots variés (argenterie, bijoux, tableaux, tapisseries, voire des cerfs vivants) et constituaient un moyen populaire et lucratif d’accroître les recettes publiques. De tels dés faisaient partie des instruments utilisés pour les tirages au sort.

Anecdote, dans son ouvrage Quelques pensées sur l’éducation (1693), le philosophe John Locke (1632-1704), propose de créer « une boule en ivoire semblable à celle de la loterie du Royal Oak, avec 32 faces…» pour aider les enfants dans leur apprentissage de l’écriture.
Un objet pour cabinets de curiosités
« C’est la première fois qu’on me présente ce genre d’objet, affirme la commissaire-priseur. Difficile de déterminer des profils d’enchérisseurs potentiels, mais il peut certainement intéresser les Anglais, les collectionneurs souhaitant alimenter leur cabinet de curiosités, ou peut-être même un musée.» Le dé est estimé entre 6 000 et 8 000 euros. En 2021, un dé similaire, lié à la même loterie, mais à l’usure plus marquée et avec quelques craquelures, avait été adjugé 3 600 livres sterling, soit environ 4 250 euros, chez Dominic Winter Auctioneers, en Angleterre. L’année suivante, un autre exemplaire sans couronne avait été vendu 6 000 livres sterling, soit environ 7 075 euros, par la maison anglaise Sworders.