La collection Vérité : des sculptures et céramiques Haute époque en vente à Alençon

21/11/2019

Mondialement connus pour leur collection d’arts premiers, les marchands Pierre (1900-1993) et Claude Vérité se passionnèrent aussi pour la sculpture et la céramique Haute Epoque, dont ils rassemblèrent un ensemble exceptionnel comptant des pièces dignes des plus beaux musées. Le 14 décembre à Alençon, Patrice Biget et Frédéric Nowakowski dispersaient quelques-uns de ces trésors, estimés de 80 à 20 000 euros.

 

Les 17 et 18 juin 2006 à Paris, quelques jours avant l’ouverture du Musée du quai Branly, était organisée la « vente du siècle » pour les arts premiers. Totalisant 44 millions d’euros d’adjudications, elle dévoilait l’une des plus belles collections au monde d’arts africains et océaniens : la collection Vérité. « Ce prodigieux ensemble collecté sur deux générations avec passion par les marchands parisiens Pierre (1900-1993) et Claude Vérité, avait été jusqu’alors tenu dans le secret par ce clan de collectionneurs à l’œil particulièrement avisé », explique Patrice Biget. « De nombreuses ventes ont ensuite suivi, comme si cette belle histoire atypique dans le marché de l’art ne prendrait jamais fin : art africain, art océanien, art d’Asie, maquettes de bateaux, archéologie… la liste est longue et réservait à chaque fois son lot de surprises. »

 

Vierge en Majesté Sedes Sapientiae. Sculpture fragmentaire en bois polychromé. Auvergne, ateliers des « Vierges aux brassards », dernier quart du XIIe siècle. Dos évidé, traces de marouflage sous la polychromie. Accidents et manques, dont l’Enfant et la partie inférieure. H. 44 cm, L. 19 cm. Adjugé à 76 800 euros.

 

Une collection rassemblant toutes les cultures du monde

Si l’on en croit la légende familiale, l’histoire de la collection Vérité débute dans les années 1920 quand Pierre Vérité fait l’acquisition de son premier objet d’art extra-européen au sein de la Librairie Coloniale du Palais Royal à Paris. A mesure que les acquisitions s’intensifient, ce passionné, ami des plus illustres artistes et intellectuels de son temps, ouvre successivement plusieurs galeries à Paris – Arnaut rue Huyghens, Carrefour à Raspail – et, avec sa femme Suzanne, déménage en 1952 dans l’ancienne maison d’Eugène Delacroix à Champrosay, près de Paris, où il installe sa collection. Dans les années 1950, son fils Claude et sa femme Jeanine rejoignent l’activité, avant de s’établir à leur tour dans la maison familiale. « Le cercle restreint des amis de Claude et Jeanine Vérité, dont jeune commissaire-priseur je fis rapidement parti, savaient bien que la maison de Champrosay était à l’image de ses occupants : un musée de toutes les cultures du monde dans ce qu’elles ont produit de meilleur. » Ainsi, outre les arts africain, océanien et asiatique, les Vérité collectionnèrent des pièces exceptionnelles de Haute époque – « cette spécialité typiquement occidentale, constituée pendant presqu’un siècle avec toujours ce même soucis de la haute qualité. »

 

Attribué à Francesco Laurana (vers 1430-1502), « Portrait posthume présumé d’Isabelle de Lorraine », buste d’applique en marbre blanc. H. 28,5 cm, L. 24 cm. Provence, vers 1476-1480. Adjugé à 19 200 euros.

 

Un ensemble de sculptures et céramiques Haute époque

Dispersée le 14 décembre à Alençon, cette part méconnue de la collection Vérité comptait des pièces exceptionnelles dignes des plus beaux musées du monde, telles qu’une Vierge en majesté attribuée à un atelier auvergnat du XIIe siècle adjugée 76 800 euros, un rare plat circulaire de la région du Rhin et un Portrait posthume présumé d’Isabelle de Lorraine, attribué au maître italien Francesco Laurana (vers 1430-1502) et adjugé à 19 200 euros. « Ce buste de femme inédit vient compléter un groupe d’une dizaine d’exemplaires généralement qualifiés de “masques” du fait de leur faible profondeur, avec ou sans le haut du buste », explique Gilles Bresset, expert en sculpture Haute époque. « Longtemps considérés comme des effigies funéraires, ces masques, dont plusieurs exemplaires sont conservés dans les musées d’Aix-en-Provence, Bourges, Chambéry, Le Puy-en-Velay et Villeneuve-lès-Avignon, devaient s’insérer dans des médaillons d’ornement architectural et seraient en relation avec le masque d’or du reliquaire de Marie-Madeleine au couvent de saint Maximin. Réalisés entre 1476 et 1480, ils sont des témoignages de la dévotion du roi René à Marie-Madeleine et de sa tendresse pour sa première épouse Isabelle de Lorraine.»

 

La Vierge au raisin. Sculpture en pierre calcaire polychromée. Ateliers Rhéno-mosans, deuxième quart du XIVe siècle. H. 106 cm, L. 37 cm. Quelques restaurations dont la main droite de la Vierge. Adjugé à 43 520 euros.

 

Des trésors dignes des plus beaux musées

Ces trésors étaient exposés en avant-première le 25 novembre à Paris, avant de rejoindre Alençon pour la vente du 14 décembre. « Je suis heureux que Jeanine Vérité et ses deux filles m’aient permis d’être l’acteur de l’épilogue de cette fabuleuse histoire du monde de l’art au XXe siècle », confiait alors Patrice Biget. « Les ventes de la collection Vérité sont à chaque fois un événement, s’enthousiasmait quant à lui François Bounie, commissaire-priseur à Orne Enchères. 

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