La maison Vermot & Associés présente à Paris dans sa vente du 16 septembre une spectaculaire broche en diamants des années 1930, dessinée par Suzanne Belperron.
L’expert Alexandre Léger ne contient pas son enthousiasme : « Suzanne Belperron fabriquait des bijoux sur mesure, pour une clientèle choisie, mais elle a fait éditer quelques unes de ses créations en très petites séries, chaque pièce ayant ses particularités ». La broche Feuille persane, qui figure au catalogue de la vente Vermot & Associés du 16 septembre, en fait partie « le haut de la tige n’est pas serti de cette façon sur toutes les éditions, l’intérieur est davantage garni et plus stylisé aussi », détaille l’expert, qui a estimé le bijou entre 30 000 et 50 000 euros.
Un style unique, reconnu sans être signé
Suzanne Belperron travaille à partir de 1919 pour la maison Boivin, fondée en 1890 par René Boivin. Ses créations vont alors à l’encontre du mouvement Art déco très géométrique, car elle privilégie plutôt les volumes et les volutes. En 1924, elle est nommée codirectrice de la maison Boivin, alors qu’elle n’a que 23 ans. Proche des artistes de Montmartre, dont Gen Paul, Arletty ou Robert le Vigan, elle reste néanmoins anonyme et ne signe pas ses bijoux. « Mais ils sont tellement puissants en termes de style et de qualité que lorsqu’on en voit un, on sait que c’est elle », affirme Alexandre Léger. Elle avait de son côté l’habitude d’affirmer : « Mon style est ma signature ».

Inspiration orientale et réalisation impeccable
Pour cette broche, l’artiste joaillière s’inspire de l’Orient, des contes des Mille et Une nuits en vogue à ce moment-là. « Cette source d’inspiration n’a pas été beaucoup utilisée dans le monde du bijou, sauf peut-être par Cartier », remarque l’expert. Sur cette pièce, il admire en particulier « l’ajourage en nid d’abeille au dos de la broche, c’est un travail magnifique et minutieux, ce qui apporte une sensation de vraie feuille lorsqu’on porte la broche, elle paraît douce et légère ».
En 1932, Suzanne Belperron quitte la maison Boivin pour devenir directrice artistique chez Herz. Sa réputation internationale augmente, et ses bijoux s’arrachent dans les hautes sphères fortunées. En janvier 1934, le magazine Vogue déclare « Madame Belperron de Paris a révolutionné le monde du bijou par ses sculptures à la main de pierres précieuses ». Malgré des offres importantes de Van Cleef & Arpels ou Tiffany, elle décide de rester chez Herz, y compris lors des difficultés liées à la Seconde Guerre mondiale. Bernard Herz décède dans un camp de concentration, et c’est avec son fils Jean qu’elle continue l’aventure jusqu’à sa retraite en 1974. Son œuvre va être oubliée pendant un temps, mais la vente aux enchères des bijoux de Wallis Simpson duchesse de Windsor en 1987 relance le marché. Durant cette vente, seulement cinq pièces sont attribuées à Suzanne Belperron… Et a posteriori, neuf autres pièces lui seront également rendues ! Le style a parlé.