Pour fêter les 25 ans de la vente aux enchères estivale de Montignac, Paul Pastaud présente, entre autres trésors bibliophiliques, une rare édition du traité de perspective de Wenzel Jamnitzer, estimée à plus de 15 000 euros. Décryptage…
Orfèvre de renom installé à Nuremberg, Wenzel Jamnitzer (1508-1585) livra au XVIe siècle des œuvres expressives d’une grande modernité, à l’image de sa Statuette de Daphné, conservée au Musée national de la Renaissance à Ecouen, qui, maniériste, annonce déjà le goût pour l’artifice et les arabesques végétales chers aux artistes baroques. Mais s’il produisit pour les personnages les plus illustres de son temps, de l’empereur Charles Quint à Rodolphe II, des sculptures et objets d’art aux formes innovantes, Jamnitzer s’intéressa dans le même temps à une discipline plus rigoureuse : l’étude de la perspective.
Un rare exemplaire daté de 1626
En 1568, il publia ainsi un traité théorique illustré de représentations de polyèdres, suivant l’exemple donné une cinquantaine d’années plus tôt par Léonard de Vinci dans ses illustrations de l’ouvrage de Luca Pacioli, De Divina Proportione. « Avec son Perspectiva corporum regularium, Jamnitzer est devenu l’un des plus importants théoriciens de la perspective du XVIe siècle, avec ses confrères Hans Lencker et Hans Hayden, résidant également à Nuremberg, explique Elvire Poulain-Marquis, experte en livres anciens et modernes. Cette ville était alors le cœur de la construction d’instruments scientifiques de toute l’Europe, constituant ainsi le lieu idéal pour l’étude de la perspective et le développement des théories en découlant. »
De ce célèbre ouvrage, peu d’exemplaires subsistent aujourd’hui. « Les exemplaires complets et en bon état de conservation sont très rares », note l’experte. Il faudra ainsi compter entre 15 000 et 20 000 euros pour acquérir la troisième édition mise en vente le 22 août à Montignac. « Publiée en 1626, elle a été particulièrement bien conservée, dans une belle reliure moderne. »
La troisième édition de l’Histoire de la navigation de Jean Hugues de Linschott
Ce rare traité de la Renaissance sera mis aux enchères aux côtés d’un important ensemble de livres de voyage, dont un exemplaire de l’Histoire de la navigation de Jean Hugues de Linschott (1563-1611), estimé entre 10 000 et 15 000 euros. Publié en 1610, cet ouvrage constitua en son temps l’une des plus importantes contributions à la connaissance des Indes Orientales et Occidentales. « La troisième édition française que nous présentons à la vente est la plus complète. Elle fut publiée en 1638 et augmentée des annotations botaniques et médicales du médecin et naturaliste Paludanus », détaille Elvire Poulain-Marquis.
Originaire de Hollande, le navigateur Jean Hugues de Linschott travailla pour les Portugais dans leur empire commercial de l’Océan Indien et du Pacifique, et en particulier auprès de l’archevêque de Goa, qu’il suivit dans ses missions aux Indes, avant d’entrer au service des Hollandais, à la suite du blocus du port d’Anvers qui provoqua l’asphyxie du commerce des épices. « La première partie de l’ouvrage renferme un compte-rendu des cinq années passées à Goa, durant lesquelles il observa le système des castes en Inde et des coutumes en Afrique de l’Est, jusqu’au Japon, ainsi que la faune et la flore des différentes régions. La second partie offre de précieux renseignements sur la navigation sur les côtes de l’Afrique de l’Ouest vers le Cap de Bonne Espérance et l’Arabie, et les côtes de l’Océan Indien vers le Japon, sans oublier la côte du Brésil vers les Antilles. La troisième et dernière est quant à elle une description de l’Amérique, notamment de la Floride, des Antilles, du Brésil, du Chili et du Pérou. »
Des manuscrits de Serge Gainsbourg
Du côté des papiers modernes, trois manuscrits autographes de Serge Gainsbourg seront également dispersés, dont un agenda (estimé 4 000 – 5 000 euros) regorgeant d’anecdotes (estimé 4 000 – 5 000 euros) et le manuscrit de La Bise aux Hippies (estimé 8 000 – 10 000 euros), une chanson écrite pour Brigitte Bardot et Sacha Distel en 1967 alors que le musicien se dévêt de son style variétés/jazz pour adopter un ton résolument pop. A noter que, confinement oblige, les enchères seront entièrement dématérialisées. Pour suivre l’événement en live, rendez-vous les 21, 22 et 23 août sur interencheres.com.

