Le 7 juillet 2021 | Mis à jour le 29 juillet 2021

Anton Walter, le facteur viennois de Mozart renaît à Villefranche-sur-Saône

par Diane Zorzi

Un piano-forte exceptionnel attribué à Anton Walter a été adjugé à 137 500 euros le 10 juillet à Villefranche-sur-Saône. Fait à Vienne vers 1784, il témoigne des innovations révolutionnaires apportées par le facteur préféré de Mozart et Beethoven.

 

Au numéro 9 de la rue Getreidegasse, à Salzbourg, une bâtisse abrite les émouvants témoignages de l’enfant prodige le plus célèbre d’Autriche, Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Chaque année, des milliers de mélomanes rejoignent la cité baroque pour découvrir la maison natale du compositeur. Là, les instruments du maître rejouent la sonate en ut majeur ou la petite musique de nuit. Parmi eux, un piano-forte est signé du facteur viennois Anton Gabriel Walter (1752-1826). Acheté chez Walter en 1782, le piano a inspiré à Mozart bien des chefs-d’œuvre, à l’instar des concertos pour piano de la maturité. Mais ainsi que maints instruments du facteur viennois il a subi des altérations après la mort du compositeur. « Il n’est plus l’instrument que Mozart a emporté de sa maison aux théâtres et aux salles de la ville. Tous les pianos de la première production qui nous sont parvenus de la main de Walter ont été altérés, soit à l’époque, soit plus tard, du XIXe siècle à nos jours », détaille le commissaire-priseur Gérald Richard qui présentait aux enchères le 10 juillet dernier l’un des rares instruments de Walter ayant échappé aux affres du temps. « Sans l’expertise de Christopher Clarke, ce piano exceptionnel serait resté dans l’anonymat. Dans le domaine du piano-forte, c’est la découverte la plus importante depuis un siècle. Tel la Pierre de Rosette, notre piano, fait à Vienne vers 1784, permet de déchiffrer et réécrire l’histoire des premières années de Walter à Vienne. Il éclaire les vraies caractéristiques du piano avec lequel Mozart a composé tant de merveilles. »

 

Important piano-forte viennois, probablement fait à Vienne par Anton Walter vers 1784. Adjugé 137 500 euros (frais inclus). Expertisé par Christopher Clarke ([email protected])

 

Un rare piano-forte attribué à Anton Walter

S’il s’attire les faveurs des plus illustres compositeurs de son temps, à l’instar de Mozart et Beethoven, Anton Gabriel Walter œuvra dans l’ombre de longues années durant. « Il a travaillé quasi-clandestinement pendant plusieurs années, la Corporation viennoise des facteurs d’orgue ayant à maintes reprises refusé de lui admettre le titre de maître. Il ne pouvait donc ni signer ses œuvres, ni employer d’apprentis jusqu’en 1779, date à laquelle il réussit à accéder à un statut de Schutzverwandt, facteur protégé, ce qui lui permit d’employer un compagnon. En 1790, il est finalement nommé Impérial et Royal Facteur d’Orgues de Chambre et d’Instruments et emploie désormais quatorze ouvriers. »

Walter a révolutionné la facture allemande de piano, jusqu’alors dominée par le facteur Johann Andreas Stein, en apportant une innovation mécanique majeure qui perdurera avec le piano moderne. « Il a créé le modèle-type du piano viennois, plus flexible et puissant. Cette transformation a été effectué non seulement par l’emploi des cordes plus fortes et des marteaux plus grands que ceux de Stein, mais aussi en modifiant la géométrie de la mécanique. Walter a créé des bâtons d’échappement d’une nouvelle forme, rendant ainsi le couplage avec le marteau plus souple et contrôlable. Ensuite, il a remplacé les fourches en bois garnis de feutre, montées sur les touches et portant les marteaux, par d’autres en laiton. Cette innovation a permis de rajouter une barre d’attrape qui happe les marteaux (les kapseln) une fois qu’ils ont frappé les cordes, les empêchant de rebondir et assurant ainsi un jeu plus dynamique. » Le piano-forte adjugé 137 500 euros (frais inclus) témoigne de ces innovations apportées par le facteur viennois qui, après une intense période de recherches, se retire dans une propriété à la campagne en 1792, passant le flambeau à son beau-fils. « Il passe dès lors plus de temps à cultiver des fruits qu’à se consacrer à son atelier. Cette désinvolture causera petit à petit le déclin de son statut de père du piano viennois, au profit d’autres facteurs plus énergiques. 

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