Le 10 novembre 2022 | Mis à jour le 15 novembre 2022

Bébés Jumeau : pourquoi les poupées anciennes se vendent-elles à prix d’or aux enchères ?

par Clémentine Pomeau-Peyre

Fabriqués en France au XIXe siècle, les bébés Jumeau enregistrent des prix records dans les salles de ventes aux enchères. Après une envolée des prix au début des années 2000, ces poupées anciennes à tête en porcelaine maintiennent encore aujourd’hui une cote solide et attirent de nouveaux collectionneurs de moins de 50 ans. Décryptage de ce marché dynamique avec la commissaire-priseur de Chartres Elsa Gody-Baubau et l’expert Jean-Claude Cazenave.

 

Récemment, une poupée Jumeau triste taille 9 a été adjugée 30 000 euros lors d’une vente aux enchères organisée par la maison Millon à Paris. « C’est un prix exceptionnel car la plupart de ces bébés se négocient aujourd’hui à partir de 1 500 euros », commente l’expert Jean-Claude Cazenave. Après avoir connu des embardées impressionnantes dans les années 1990, le marché de ces poupées du XIXe siècle s’est en effet plutôt apaisé, mais reste très solide. « Les Bébés Jumeau correspondent à la période du fils Emile-Louis Jumeau, à partir des années 1870 environ et jusqu’en 1899, détaille l’expert. Les premiers modèles sont dits Jumeau première et ne portent pas de marque, les initiales EJ ou déposé Jumeau viendront plus tard ». Pour exemple, l’un de ces « Early Jumeau », leur surnom anglo-saxon, a atteint 17 400 euros dans la vente du 1er octobre dernier organisée par Ivoire Chartres.

 

Les Bébés Jumeau de petits formats sont les plus recherchés

Le terme de « triste », que les collectionneurs anglophones appellent « long face » ou « Cody Jumeau » (parce que William Cody dit Buffalo Bill en avait acheté un exemplaire) est appliqué aux poupées des années 1880-1885. Durant ses quelques dizaines d’années de production, l’entreprise sort également les « Almond eyes » avec de grands yeux, ou les « séries fantastiques » dont les têtes sont extrêmement expressives (vers 1895-1897)… Enfin, la taille correspond à celle de la tête et peut aller de 1 à 16. « Les plus petites tailles sont de loin les plus recherchées aujourd’hui, estime Elsa Gody-Baubau. Peut être parce qu’elle prennent moins de place chez les nouveaux collectionneurs de la marque ». La commissaire-priseur d’Ivoire Chartres confirme que sur ce marché, qui reste bien vivant, les pièces exceptionnelles atteignent toujours des prix élevés : « C’est entièrement mérité, le sujet a été bien documenté, beaucoup de livres parus dans les années 1990 ont montré que Jumeau était vraiment un fleuron de l’industrie, avec une immense usine à Montreuil ». 

Les Bébés Jumeau bénéficient également de leur qualité de fabrication : tous possèdent une tête en porcelaine et un corps en composite. La porcelaine a l’avantage de la solidité et de la durabilité, les couleurs ne changent pas et il n’y a pas de déformation. L’entreprise Jumeau proposait même un service de changement de tête en cas d’accident… Dans les premières années, les bouches des Bébés sont fermées, elles seront ouvertes seulement à partir de 1898. « C’est un problème de fabrication et de cuisson de la porcelaine » explique Elsa Gody-Baubau qui signale l’enchère récente de 990 euros atteinte par une poupée Jumeau bouche ouverte, taille 8 chez Ivoire Chartres. Jean-Claude Cazenave ajoute : « C’est devenu indispensable lorsque Jumeau s’associe avec Lioret, un fabricant de phonographes, pour insérer dans les poupées un mécanisme parlant à partir d’un rouleau en cire ». Le rouleau pouvait être gravé à la demande, en n’importe quelle langue, et les enfants avaient même la possibilité de s’enregistrer pour parler à la place de leur jouet !

 

 

 

Un marché marqué par l’arrivée de jeunes collectionneurs

Autre curiosité de la marque : dans l’usine de Montreuil étaient non seulement fabriquées les poupées, mais également tous leurs trousseaux : perruques, chaussures, robes, sous-vêtements… Des accessoires de qualité, qui trouvent preneur dans les ventes de jouets : « une ombrelle à tête de chien est en général estimée entre 150 et 200 euros, et une paire de chaussures en bon état peut atteindre 300 euros », affirme Jean-Claude Cazenave. Le 1er octobre dernier, 420 euros ont même été nécessaires pour emporter des chaussures en cuir taille 11 à Chartres. 

La clientèle pour ce type de jouets est à la fois nationale, avec un renouvellement des vocations puisque beaucoup de collectionneurs ont désormais moins de 50 ans, et internationale avec également un renouvellement : « dans les années 1990, nous avions beaucoup d’amateurs japonais par exemple, mais le flux s’est un peu tari au profit d’une clientèle espagnole ou anglaise et jusque récemment russe », analyse Jean Claude Cazenave. Il promet quelques jolies trouvailles dans la vente Passion Collection organisée par l’étude de Melun en février prochain. Du côté de Chartres, ce sont « six ventes de poupées de collection par an, nous sommes une référence sur ce marché, avec une vocation internationale. La prochaine est programmée pour le 3 décembre ».

 

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Image en Une : Bébé Jumeau modèle EJA tête en biscuit pressé, bouche fermée, yeux de sulfure bleus, oreilles percées. Marqué en creux EJ. A 10, corps à six boules et poignets fixes marqué au tampon bleu Jumeau médaille d or Paris , chaussures Jumeau avec nœud, perruque châtain rapportée. H. 65 cm. Adjugé 11 000 euros le 16 mars 2013 par la Galerie de Chartres.

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