Le 28 février 2022 | Mis à jour le 28 février 2022

Cartes Pokémon : aux enchères, attrapez-les tou(te)s!

par Arthur Frydman

Depuis le début de la pandémie, de nombreux collectionneurs et amateurs se sont (re)plongés avec nostalgie dans leur collection de cartes Pokémon de leur enfance. Une nouvelle spécialité qui a gagné les maisons de ventes aux enchères avec certaines cartes qui s’envolent à prix d’or. Décryptage.

 

« Attrapez-les tous! », scandait le générique de la série. Avec ses petites créatures aux pouvoirs surnaturels inventées par Satoshi Tajiri, la franchise Pokémon, créée en 1996 avec les jeux vidéo Pokémon rouge et Pokémon vert – arrivée en France avec les versions rouge et bleu trois ans plus tard – s’est hissée au rang de monstre commercial mondial. Les Dracaufeu, Tortank, Caparuce, Pikachu et autres Rondoudou et Bulbizarre se sont infiltrés partout, des chambres d’enfant à la télé en passant par les cours de récré où les échanges de cartes ont été rois. Ainsi, rien qu’en 2020, Pokémon annonçait avoir écoulé 3,7 milliards de cartes dans le monde entier. Des cartes devenues de véritables objets de collection. Des « madeleines de Proust » pour des amateurs nostalgiques, propriétaires de cartes rares – c’est-à-dire gradées et notées par PSA et PCA, deux sociétés en France et aux États-Unis qui certifient les cartes – ayant généré une haute valeur avec des prix records à la revente. À l’instar des cryptomonnaies, les cartes Pokémon constituent donc aujourd’hui une petite bulle spéculative qui attire de nombreux investisseurs.

 

The Pokémon company, Dracaufeu, base set 1er édition. Estimation : 4 000 – 4 200 euros

 

La Covid : un accélérateur pour le marché aux enchères des cartes Pokémon

Alors que la franchise a récemment fêté ses 25 ans, le phénomène Pokémon a trouvé un nouveau terrain : le marché de la revente d’occasion dans les salles des maisons de ventes aux enchères. « Depuis le début de la pandémie, le marché a explosé. La Covid et surtout les périodes de confinement successifs, ont, en effet, largement poussé en faveur de cet engouement Pokémon aux enchères, que ça soit en France mais également à l’étranger. Les gens ont eu envie de se faire plaisir », confie Léonard Pomez, commissaire-priseur de la maison Boisseau-Pomez à Troyes, un opérateur qui s’est positionné comme l’une des maisons de ventes leader sur le marché mondial des cartes Pokémon.

Comme l’explique le spécialiste, « tout est parti des États-Unis, avec des influenceurs et youtubeurs qui ont participé à faire enfler cette mode tel que Logan Paul, suivi par des millions d’internautes, qui déniche de rares pépites pour les revendre à l’unité ou le rappeur Lorenzo qui a retiré près de 300 000 euros avec sa collection personnelle de cartes Pokémon. Chez nous, les jeunes passionnés ont vite compris qu’ils pouvaient avoir un trésor dormant. Ils ont eu le temps de se replonger dans leur collection d’enfance, de trier leur vieil album et ont ainsi contribué à développer le marché en nous sollicitant », enchérit le commissaire-priseur troyen qui orchestrera le vendredi 11 mars prochain de 9h à 14h, sa quatrième grande vacation dédiée à l’univers Pokémon avec 611 lots au catalogue dont deux sets de base, les 102 Pokémon sortis en 1999.

 

The Pokémon company, set de base complet de ses 102 cartes, 1999, set de base 1er édition. Estimation : 15 000 – 18 000 euros

 

Des résultats records et un marché en pleine expansion

En 2021, la maison Boisseau-Pomez a ainsi enregistré des résultats jamais obtenus dans une vente aux enchères en France pour ces nouveaux objets de collection. Le 15 juin dernier, 94 lots furent mis à l’encan pour un résultat de 85 000 euros dont une carte à l’effigie de Dracaufeu, estimée 2 500-3 000 euros, finalement adjugée 11 904 euros. Mewtwo et Florizarre eux, estimés chacun 1 200-1 500 euros ont atteint respectivement les adjudications de 10 292 euros et 8 680 euros sans oublier un lot de 6 cartes 1ère édition vendu 51 100 euros. Une euphorie qui s’est poursuivie en décembre avec 99 % des 214 lots vendus pour 107 300 euros dont une collection complète des 102 cartes du set de base 1ère édition, estimée 15 000-18 000 euros, finalement partie pour 44 000 euros.

« Aujourd’hui, le marché est en pleine extension et est un potentiel immense pour nous, professionnels des enchères. Cependant, il commence à se stabiliser. Nous arrivons à donner une vraie valeur et une cote aux cartes que nous expertisons. La force de la vente aux enchères est qu’elle a permis d’assainir un marché au départ balbutiant et sur lequel circulaient de nombreuses cartes douteuses », commente Léonard Pomez. Surtout, l’arrivée des cartes Pokémon au sein des salles de ventes ouvre de nouveaux horizons pour les commissaires-priseurs et décloisonne le milieu. « Nous constatons, en effet, un rajeunissement des enchères et une nouvelle clientèle d’enchérisseurs issus de la culture “Geek”. Les tableaux anciens et le mobilier classique ne sont pas inépuisables et ces cartes Pokémon pourraient être les antiquités de demain », s’amuse Léonard Pomez.

 

Le commissaire priseur Léonard Pomez lors de la vente record d’un lot de 102 cartes Pokémon, adjugé 44 000 euros.

 

L’expertise en première ligne

Comme dans toutes les spécialités du marché de l’art, l’expertise est le nerf de la guerre. Pour les cartes Pokémon, cela est d’autant plus vrai que de très nombreuses arnaques et contrefaçons circulent sur le marché. Ainsi, le commissaire-priseur a un rôle fondamental dans le processus d’authentification des cartes. « Il faut savoir qu’une micro-rayure peut faire perdre toute sa valeur à une carte. En tout état de cause, l’état général de la carte et ses conditions de stockage à l’image des grands vins déterminent entièrement sa cote. Dans le jargon, un état dit “Mint” est l’idéal, c’est-à-dire neuf avec des cartes sorties des booster et rangées précieusement dans des classeurs. Nous donnons ensuite des notes, A, A+, B, B+ … et suivant ce barème, nous fixons la valeur des cartes soumises à notre expertise », ajoute le commissaire-priseur.

Ensuite, l’expert scrute l’édition de la carte et différencie celles qui sont modernes des anciennes et qui remontent donc à 1999. « Si la carte affiche une pastille noire au milieu à gauche estampillée “édition 1”, il y a déjà une bonne chance que sa valeur soit intéressante. Vient après la rareté. Il existe chez Pokémon un système de graduation des cartes avec des symboles en bas à droite, la preuve de leur caractère rare à l’instar des 16 premières cartes du set de base de 1999, facilement reconnaissables avec leur fond holographique brillant. Les cartes avec un rond ou un losange ne valent généralement pas grand-chose a contrario d’une carte affublée d’une étoile, signe de sa rareté », nous apprend Léonard Pomez. Enfin, chaque carte a un poids définit. « On observe alors à la loupe la tranche de la carte sur laquelle on peut déceler une fine ligne grise, couleur du papier carbone permettant de rigidifier la carte. Les faux exemplaires sont démunis de cette ligne et présentent également des défauts d’imprimerie et des erreurs dans les couleurs », conclut le commissaire-priseur.

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The Pokémon company, set de base complet de ses 102 cartes, set de base 1er édition. Estimation : 15 000 – 18 000 euros

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