Le 24 août 2020 | Mis à jour le 24 août 2020

Comment dater une horloge comtoise du XIXe siècle ?

par Jacques Dubarry de Lassale

Les horloges comtoises rythment le quotidien de nombreux foyers français depuis leur création au XVIIe siècle. Souvent offertes en guise de cadeau de mariage, elles sont produites sous différentes formes au fil du temps et séduisent par leur prix accessible et leur grande qualité d’exécution. Pour les différencier, les experts étudient scrupuleusement leur cadran et leur fronton. Jacques Dubarry de Lassale s’est prêté à l’exercice à travers l’étude d’un modèle récent, daté du XIXe siècle.

 

La première fabrication des horloges comtoises remonterait autour de 1660. Celles-ci furent conçues à Morbier-Morez en Franche-Comté, région dont elles tiennent leur nom. Nous allons étudier aujourd’hui les modèles les plus récents, c’est-à-dire ceux des XIXe et XXe siècles. Pour les dater, nous allons commencer par examiner la façade du mouvement, c’est à dire le cadran et sa garniture.

C’est à partir de 1765 que l’on fabriquera pour les comtoises des cadrans émaillés d’une seule pièce. Tous les cadrans du XIXe seront donc d’une seule pièce à fond blanc et chiffres noirs. jusqu’en 1810, il est possible de trouver des cadrans dits « à la Dauphine » (modèle créé sous Louis XVI), c’est-à-dire à double cuvette, concave au centre sur les deux tiers du diamètre et fortement bombée sur le dernier tiers extérieur, avec un filet double à volutes dit « à la Dauphine » (photo 1).

 

 

Le fort relief de l’émail des chiffres en noir laissant apparaître une teinte violacée sur les bords est caractéristique du XVIIIe siècle. Mais on peut retrouver ces caractéristiques jusqu’à la fin de la première moitié du XIXe siècle.

En 1845, on commence à émailler les cadrans sur tôle de fer. Au préalable on le faisait sur cuivre rouge ou laiton. Ainsi, on peut détecter un cadran neuf, car celui-ci est généralement plus lourd : fabriqué en tôle de fer, avec un émail très épais et un décor « à la Dauphine », ce qui ne concorde pas.

Les cadrans décimaux – dûs à une décision révolutionnaire qui avait décrété de diviser le jour en dix heures, l’heure en cent minutes et la minute en cent secondes – que l’on trouve émaillés sur fer sont des faux, car le brevet d’émaillage sur fer date de 1845.

On trouve également des cadrans en faïence que l’on pourra séparer en deux types :

  1. La faïence en terre de pipe, qui est obtenue en incorporant à l’argile de la chaux. Dans ce cas, la couleur du biscuit observée sur une brisure est blanche.
  2. La faïence commune faite avec de l’argile pure a une couleur jaune rougeâtre.

 

Parmi les autres types de fabrication mis en oeuvre, on peut noter :

  • de 1860 à 1880, les cadrans en verre peint sur l’envers de sujets variés sur fond blanc.
  • de 1870 à 1900, les cadrans émaillés avec cartouches rapportés ou cadrans en albâtre avec également cartouches rapportés.
  • de 1900 à 1920, les cadrans émaillés avec cartouches peints directement sur le cadran.

Par ailleurs, les noms figurant sur les cadrans sont très rarement ceux des fabricants, mais ceux des horlogers-vendeurs ou, à la demande, celui du futur propriétaire.

Attention, vers 1850 on a fabriqué des copies de cadrans à cartouches émaillés de 12, 24 ou 25 cartouches, comme sous les règnes de Louis XIV à Louis XV. Mais ces modèles sont faciles à identifier, car le balancier se trouve à l’avant du mouvement et non pas à l’arrière comme au XVIIIe siècle.

 

Le fronton ou couronnement

Les frontons en laiton fondu ne seront utilisés que sous le premier Empire et le début de la Restauration. Nous trouverons, à partir de 1830, des frontons estampés, c’est à dire constitués d’une feuille mince de laiton embouti (2/10e en général).

 

Le décor du fronton

Au premier Empire, les oisillons du XVIIIe seront remplacés par des aigles. Le grand coq sera remplacé par l’aigle couronné. Dans le cas de la photo 2, on trouve les portraits joints de l’Empereur et de l’Impératrice.

A la Restauration, on trouve l’étoile entourée d’une cordelière, surmontée du soleil et de deux petits amours (photo 3). 11 s’agit, dans ce cas, d’une commise ayant la capacité de fonctionner pendant un mois. Les trous de remontage sont en-dessous du cadran émaillé ; ceci permet au premier coup d’œil de distinguer les horloges mensuelles. De plus, elle est au quantième ; l’aiguille noire en forme de flèche indique les jours du mois.

Apparition également entre 1815 et 1850, des garnitures estampées en deux parties se raccordant au niveau de l’axe horizontal passant par le centre du cadran (photos 4 et 5). Le motif est toujours dominé par le soleil, symbole royal, le panier fleuri, les palmettes et les cornes d’abondance.

 

 

Les aiguilles sont en laiton découpé. Le cadran peut être à motifs polychromes.

A l’époque de Napoléon III, la garniture est en une seule pièce (photo 6). Le motif est ici au panier à fruits. Mais il peut être également au « phénix » (photo 7).

De 1850 à 1880, on trouvera énormément de sujets religieux. Cette époque correspond au développement des missions en milieu rural. Les exemples de modèles que l’on peut rencontrer sont les suivants :

  • La Samaritaine au puits de Jacob donne à boire à Jésus (photo 8),
  • l’Assomption de la Vierge (photo 9), d’autres modèles sur le même thème fleurissent : la fuite en Egypte, la famille en prière, la Trinité, la Résurrection entre Marie et Madeleine, Jésus à Nazareth, Marie protectrice de la France, etc…

 

 

Après 1880, on trouve des thèmes champêtres : les vendanges (photo 10), mais aussi, labourage et semailles, la cueillette, le jardinier, le berger et ses bêtes, repas pendant les moissons, danses pendant les moissons, repas pendant les vendanges, les chevaux du relais de postes, etc…

D’autres thèmes vont également avoir du succès : le départ du marin, l’amour maternel dans lequel le serpent s’approche du nid où la mère défend ses œufs (photo 11). C’est à cette époque que l’on va rehausser les mouvements et qu’apparaîtra donc une bande rajoutée sous la garniture (photo 11).

Vers 1890, le décor va s’arrondir et la garniture perdra ses trois côtés rectilignes pour une forme ronde ou ovale. Garniture à motif floraux (photo 12).

De 1880 à 1920, la garniture émaillée de tons pastels rose, blanc, bleu, vert, fait son apparition.

 

 

Les aiguilles

Au XIXe siècle, les aiguilles sont en laiton découpé avec un décor de soleil flamboyant et souvent deux petites têtes frappées sur le retour de la volute, dites aiguilles à secret. Mais aussi à la « Breguet » en acier bleui.

Avec l’ère industrielle, 1820-1830, elles sont remplacées par des aiguilles en laiton estampé avec soleil ou entrelacs gravés, pour ne devenir qu’une simple silhouette polie, sans gravure, vers la fin du siècle.

 

BibliographieLa Comtoise par Francis Maitzner et Jean Moreau.

 

 

Photos : © Jacques Dubarry de Lassale.

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