Une grande prudence est à observer lors de l’expertise des garnitures de bronze, car c’est l’une des investigations les plus difficiles à mener. Quitte à décevoir le lecteur, il est honnête de le prévenir que la certitude de l’authenticité d’un bronze n’est pas aisé à établir. Dans cet article, je me limiterai donc à donner des indices objectifs et relativement faciles à observer, car il est évident qu’une très belle copie d’un bronze du XVIIIe faite au XIXe avec l’intention de tromper est quasiment impossible à déceler pour un profane.
Précaution élémentaire
Il faut savoir que l’on ne peut pas faire l’expertise sérieuse d’un bronze sans le démonter de son support. Dans ce cas, je vous conseille le plus grand soin pour le déclouer. La meilleure solution consiste à faire levier sur le bronze près des pointes de fixation, en les soulevant tour à tour progressivement avec un outil qui prend appui non pas sur le bois, ce qui le marquerait, mais sur une protection métallique, telle que la lame d’un couteau. Dès que les têtes de pointes seront suffisamment ressorties, retirez-les délicatement avec une pince ou une petite tenaille en prenant soin de ne pas endommager le bronze.
Les types de bronze
Les garnitures de bronze, qui ont été principalement utilisées dans le meuble d’ébénisterie, répondent à deux usages : les bronzes fonctionnels et les bronzes décoratifs.
Les bronzes fonctionnels les plus courants sont les suivants :
- les poignées de tirage, nécessaires pour ouvrir un tiroir,
- l’entrée de serrure, pour protéger le placage autour du trou de serrure,
- le jonc sur les arêtes de pieds, pour protéger la jonction des feuilles de placage sur les angles saillants,
- les sabots, pour protéger les pieds des coups de balais, etc.
Les bronzes décoratifs les plus courants sont les suivants :
- le rinceau qui garnit le tablier,
- les chutes en haut des pieds sous le marbre,
- les autres bronzes d’applique, souvent à thème allégorique ou mythologique, etc.
Il existe bien entendu, une infinité de modèles de bronzes ; pour preuve, le nombre impressionnant de catalogues émanant de fabricants ou de revendeurs de copies.
La matière
Le métal que l’on nommait au XVIIIe siècle « métail » ou « la bronze » est composé principalement d’un alliage de cuivre, d’étain et de zinc, le cuivre ayant la plus forte proportion.
Actuellement, le bronze est composé de cuivre, d’étain, d’un peu de zinc et de plomb. Le laiton est composé de cuivre, de zinc et d’un peu de plomb.
Recherche de l’authenticité
1. Par un examen attentif du meuble, sans ôter les bronzes
On peut voir sur une commode d’époque Louis XVI (photo 1), le point de fixation originel d’un anneau de tirage qui a été bouché par une cheville.

Sur l’envers de la façade du tiroir (photo 2), on distingue très nettement le point d’attache de l’anneau d’origine. On peut donc évidemment conclure que les poignées de tirage actuelles, d’époque Restauration, non seulement ne correspondent pas au style de la commode, mais visiblement ont remplacé les anneaux de tirage d’origine.

2. Par un examen détaillé du meuble après avoir ôté les bronzes
Si la trace du bronze est nettement marquée sur le bois, cela est très bon signe (photo 3).

Il faut également vérifier qu’il n’y a pas d’autres points de fixation et surtout que les trous des clous sur le placage coïncident bien avec les trous de fixation du bronze. Toute présence de trous supplémentaires ou sans correspondance est suspecte. Cependant, attention, le bronze peut avoir été légèrement déplacé lors d’un précédent remontage. Si tout est conforme, on peut alors penser que les poignées sont d’origine et, dans ce cas, il doit y avoir concordance entre le style de la commode et le style des poignées. Sur la photo 3, il y a parfaite concordance du style Restauration.
3. Le bronze concorde avec le style du meuble, mais est-il bien de la même époque ?
Pour une commode du XVIIIe siècle, la poignée de tirage sera en bronze, donc très cassante à cause de sa forte teneur en étain. N’oublions pas que la plupart des meubles de cette époque en sont actuellement, en moyenne, à leur seconde intervention de restauration et que les bronzes ont donc été démontés au moins une fois.
Malheureusement, certains ébénistes maladroits n’ont pas pris les précautions nécessaires lors du démontage des bronzes et les ont cassés totalement ou partiellement. Dans le cas illustré par la photo 4, les bronzes de la commode ont été forts maltraités, car sur six poignées d’époque Louis XV, une seule était demeurée intacte. Ainsi, le bronze incomplet est à priori un signe d’authenticité, mais cette particularité n’est pas suffisante pour conclure à la preuve d’authenticité, il faut également examiner l’envers du bronze.

Il faut savoir que l’économie du métal était un souci permanent pour le fondeur du XVIIIe siècle et ceci s’exerçait souvent au détriment de la qualité de l’objet. Les bronzes anciens sont donc plus légers car plus minces. La coulée de bronze, plus fine, pouvait provoquer des manques dans le métal. Sur l’exemple illustré par la photo 5, il manque du métal sur le bas de la joue de la femme.

Sur les photos 6 et 7, bronze présentant une tête de Bacchus, le fondeur a même rajouté une pièce pour boucher le trou.

Les photos 8 et 9 présentent un bronze d’applique à tête de Cérès. Il s’agit dans ce cas d’un bronze ancien mais non original, c’est un retirage ancien à partir d’un autre bronze. On notera qu’un trou de clou figurant sur le bronze ancien a été bouché lors de la fonte de la copie. Observer également sur l’envers les creux du bronze provoqués par l’économie du métal.


Les photos 10 et 11 présentent un bronze d’applique à tête de Bacchus. Ce bronze est une copie moderne fabriquée en laiton. Observer par rapport à la photo 9 que l’on a beaucoup moins économisé le métal.

Les photos 12 et 13 présentent un bronze d’applique de cartel du XVIIe siècle, remarquer également l’économie de métal.



Vous comprendrez ainsi l’importance qu’il peut y avoir à désolidariser le bronze du meuble et à l’examiner en détail recto et verso.
Les sabots tronconiques d’époque Louis XVI étaient fondus en deux coquilles assemblées postérieurement. La soudure se voit nettement sur la photo 14.

La fixation des bronzes
Au cours des différentes époques, les garnitures de bronze ont été généralement fixées à l’aide de pointes. Mais des particularités existent et je vais vous donner des exemples.
Les sabots de bronze Louis XVI n’étaient pas cloués mais collés. Sur un montage d’origine, on ne trouve pas de trace de trou pour le clou, mais si postérieurement le sabot s’est décollé, il n’est pas impossible que l’on ait alors percé un trou pour le clouer. Les sabots ronds sans traces de clou sont donc un très bon signe d’authenticité.
On rencontre sur certains meubles du XVIIe siècle – cabinets ou bureaux Mazarin – des bronzes à picots, dont le picot est fondu avec le bronze (photo 15). Dans ce cas, après avoir percé un avant-trou dans le support, les picots étaient enfoncés dans les trous mais le bronze était simultanément collé sur son support.

Au début du XIXe, cette technique a été reprise mais avec des picots en fer d’environ 2 mm de section, rapportés et fixés sur le bronze par filetage dans un trou borgne (photo 18). Ainsi cette technique ne laisse aucune trace de fixation sur la façade du bronze (photo 19).

Cependant, il se peut qu’un ébéniste négligent, pour ne pas refaire les picots lors d’une restauration, ait percé le bronze pour le refixer avec des clous.
Concernant l’entrée de serrure dite « à filet » (photo 16), celle-ci était appliquée sur le bois et la découpe du bronze qu’on lui superposait était normalisée pour lui correspondre parfaitement.

On a tout lieu de penser que l’entrée à filet était mise d’office sur le meuble pour éviter que la clé n’arrache le placage par ses entrées et sorties et que le client choisissait par la suite une entrée en bronze selon son goût et ses moyens. En effet, à chaque fois que j’ai été amené à ôter une entrée en bronze à picots, j’ai trouvé dessous une entrée à filet.
Sur certaines pièces, les pas de vis étaient moulés en même temps que celles-ci. C’est le cas de ce pied de cartel d’époque XVIIe (photo 20) et des bougeoirs de tric-trac (photo 21).

Seuls les très beaux bronzes sur des meubles de qualité étaient fixés par des vis. D’une manière générale, les garnitures étaient fixées avec des clous en bronze, très cassants. J’en ai même vu cloués avec des clous en fer d’origine.
Image d’accueil : Détail d’une commode de forme tombeau légèrement cintrée en façade, à montants arrondis, ouvrant à quatre tiroirs sur trois rangs sans traverse, marquetée de ronce de noyer et filet de loupe d’orme. Dessus marqueté, garniture de bronze doré. Epoque Régence. 81 x 111 x 67 cm. Accidents. Commode adjugée à 7 872 euros (frais compris) par la maison Bérard-Péron le 28 novembre 2015 à Lyon. © Bérard-Péron.
Autres photos : © Jacques Dubarry de Lassale.
