Le 24 juin 2020 | Mis à jour le 24 juin 2020

Comment expertiser un fauteuil bergère d’époque Transition ?

par Jacques Dubarry de Lassale

La bergère, siège au grand confort, a dès le XIXe siècle, fait l’objet de fausses manufactures. Le maître ébéniste Jacques Dubarry de Lassale décrypte en quatre points essentiels comment différencier un siège du XVIIIe de sa copie du XIXe siècle. 

 

« Le terme bergère apparaît vers 1725, mais le siège existe antérieurement (fin du XVIIe siècle) sous la forme du fauteuil en confessionnal qui comporte souvent des dessous d’accotoirs pleins », explique Nicole de Reyniès, conservateur général du patrimoine dans Le mobilier domestique paru aux éditions du Patrimoine CMN en 2000.

Nous profitons de l’occasion qui nous est donnée d’avoir sous la main une paire de bergères Transition Louis XV – Louis XVI, dont l’une est bien du XVIIIe siècle, mais l’autre, une copie à l’identique réalisée au XIXe siècle, pour comparer les aspects techniques de fabrication de ces deux sièges.

Tout d’abord, une mise en garde, il est fréquent de trouver dans une série de sièges Louis XV ou Louis XVI, quelques sièges « bons d’époque » et d’autres qui sont des copies de fabrication plus tardive. La raison de ces copies est due aux successions, les héritiers s’étant partagé les sièges d’une même série. Cette tradition se perpétue malheureusement encore ! C’est ainsi que certains de ces héritiers font réaliser, par la suite, des copies au modèle pour compléter leur série de sièges. Lorsque vous êtes en présence d’une série, il y a lieu d’examiner en détail chacun des sièges.

 

Photo 1. Paire de bergères dont l’une est d’époque et l’autre une copie plus tardive. © Dubarry de Lassale

 

Comment discerner un siège authentique d’une copie

Le débit de bois. Sur le siège du XVIIIe siècle, la face interne de la ceinture laisse apparaître les traces d’un sciage manuel, alors que sur la copie, les traces de sciage ont été éliminées à l’aide d’un outil tranchant (rabot).

De même, sur le chant inférieur de la ceinture, le siège du XVIIIe siècle montre les traces d’un débit manuel, alors que pour la copie, le sciage a été nettoyé également avec un outil tranchant.

Au XVIIIe siècle, la trace de sciage du chant inférieur chantourné est souvent éliminée avec une râpe à bois, ce qui laisse une trace tout à fait particulière, que nous ne pouvons pas voir sur ce siège.

 

Photo 2. Sur le siège du XVIIIe siècle, la ceinture laisse apparaître des traces de sciage manuel. Photo 3. Sur la copie, les traces de sciage de la ceinture ont été éliminées avec un outil tranchant. © Dubarry de Lassale

 

Les assemblages. A présent, vérifions le chevillage. Au XVIIIe siècle, les assemblages de sièges étaient chevillés, sauf rares exceptions. Je connais une chaise d’époque Louis XVI qui ne compte que huit chevilles dans la ceinture et aucune dans le dossier, alors qu’elle aurait dû en compter vingt au total. Signalons au passage que les sièges en acajou en principe ne se chevillaient pas, sauf cas exceptionnels, et encore, il est difficile de certifier que dans le cas d’un siège en acajou chevillé, les chevilles sont d’origine et non pas posées postérieurement pour consolider un siège peu stable.

Pour la bergère authentique, la ceinture a été chevillée sur le pied arrière. Sur la copie, aucune trace de cheville n’est apparente, l’assemblage a été collé.

 

Photo 6. Sur le siège authentique, les traverses de ceinture sont chevillées sur les pieds. Photo 7. Sur la copie, les traverses sont collées. © Dubarry de Lassale

 

La coupe du dossier. Au XVIIIe siècle, la coupe supérieure du dossier est verticale et l’assemblage est chevillé. Sur la copie, la coupe est à 45° comme cela s’est pratiqué au XIXe siècle, et l’assemblage est collé.

Il faut mentionner qu’à l’extrême fin du XVIIIe siècle, on peut rencontrer des coupes à l’horizontale.

 

Photo 8. Sur le siège du XVIIIe, la coupe supérieure du dossier est verticale. Photo 9. Sur le siège du XVIIIe, l’assemblage de la traverse du dossier est chevillé. © Dubarry de Lassale

 

L’état général. Un siège plus âgé est nécessairement plus usé qu’une copie postérieure. Il faut donc bien observer son état général et en particulier l’usure des bouts de pieds due au déplacement du siège. On retrouve ces usures sur tous les sièges, à l’exception des canapés, méridiennes, lits de repos, etc. qui étaient rarement déplacés.

 

 

 

Photo 12. Sur le siège du XVIIIe, remarquer l’état de la masse des pieds. Photo 13. Sur le siège du XIXe, la masse des pieds est moins endommagée. © Dubarry de Lassale

 

Comparons le vieillissement de ces deux bergères. L’état de la masse du pied avant gauche est éloquent pour la bergère d’époque, par rapport à la copie.

Les traces de fixation des garnitures sont très visibles sur les deux sièges et presque aussi nombreuses sur l’un que sur l’autre, ce qui est curieux pour des sièges fabriqués à des époques différentes. Les seules restaurations consistent en quatre renforts de ceinture qui ont été effectuées probablement à la même époque, compte tenu de leur état et de leur patine.

Ces sièges n’ont jamais été garnis à ressorts, car on ne constate aucune trace de fixation de sangles sur le chant inférieur de la ceinture. Par ailleurs, il n’existe aucun taquet de fixation de garniture, ni sur l’un ni sur l’autre.

En conclusion, nous pouvons dire que ces deux sièges ont probablement été fabriqués à peu d’années d’années d’écart. Le siège authentique a été  vraisemblablement fabriqué à la fin du XVIIIe siècle et sa copie au début du XIXe.

 

Photo 14. Renfort de ceinture sur le siège du XVIIIe. Photo 15. Renfort de ceinture sur le siège du XIXe. © Dubarry de Lassale

 

Image d’accueil : Paire de bergères en bois naturel. Epoque Transition Louis XV-Louis XVI. Adjugée 2124.93 euros  par Coutau-Bégarie le 28 novembre 2014 à Paris. © Coutau-Bégarie. 

Autres photos : © Jacques Dubarry de Lassale.

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