Le 13 janvier 2022 | Mis à jour le 14 janvier 2022

Comment reconnaître un bureau à cylindre de dame d’époque Directoire ?

par Jacques Dubarry de Lassale

Le bureau à cylindre de dame tire son nom de son abattant formant un arrondi en cylindre. Prisé au XVIIIe siècle, il était destiné au salon, faisant office de bureau ou de secrétaire, mais il rejoint parfois la chambre à coucher en guise de chiffonnier ou de coiffeuse. Pour apprendre à reconnaître ce charmant bureau, zoom sur un exemplaire d’époque Directoire…

 

Avec ce meuble, nous nous situons à une période charnière entre le XVIIIe et le XIXe siècle, puisque les productions du style Directoire ont assuré la transition entre le style Louis XVI et le style Empire via le Consulat. On peut donc trouver sur des meubles de cette époque certaines techniques de fabrication qui datent encore du XVIIIe et d’autres qui sont déjà recensées au XIXe siècle.

 

Bureau à cylindre de dame d’époque Directoire.

 

La structure du bureau cylindre de dame

Le meuble que nous allons examiner est un petit bureau à cylindre, appelé communément « bureau de dame », ouvrant par un cylindre coulissant qui dégage six petits tiroirs dont les trois situés en partie inférieure ne sont accessibles qu’après avoir tiré la tablette gainée de cuir noir [photos 2 et 2 bis], deux tiroirs en ceinture et un rangement supérieur fermé par deux vantaux à panneaux de glace. Le meuble est coiffé d’un marbre blanc veiné de Carrare et d’une galerie de laiton ajouré.

 

[Photo 2] L’ouverture du cylindre découvre trois casiers et six petits tiroirs, dont trois sont accessibles après avoir fait coulisser le plateau. [Photo 2 bis] Plateau recouvert d’un cuir noir en position d’usage.

 

Les bois

Ce bureau est en acajou plaqué sur chêne, à l’exception de la partie supérieure dont l’ossature est en bois blanc ainsi que le dos du meuble [photo 3].

 

Les traces d’outil et les techniques d’assemblage

Des traces d’outil manuel sont parfaitement visibles sur les fonds de tiroirs [photo 4]. Le placage d’acajou est scié à la main, il est épais et irrégulier [photo 5].

 

[Photo 3] Les fonds du meuble sont en bois blanc. [Photo 4] Les fonds de tiroirs en chêne présentent des traces d’outil manuel. [Photo 5] Le placage d’acajou est scié à la main, il est épais et irrégulier.

 

Les signes conventionnels de fabrication apparaissant sur la structure interne ont été tracés à la pierre noire [photo 6]. Les assemblages des côtés des tiroirs font apparaître des queues d’aronde extrêmement pointues [photo 7] qui révèlent une fabrication spécifique du début du XIXe siècle.

 

 

[Photo 6] Les signes conventionnels de fabrication ont été tracés à la pierre noire, ce qui indique une production postérieure au premier Empire. [Photo 7] Les assemblages des côtés des tiroirs laissent apparaître des queues d’aronde très pointues qui révèlent une fabrication du début du XIXe siècle.

 

Il est à noter que, même dans les fabrications tardives, il est normal de trouver des traces de sciage manuel, autant dans les bois massifs que dans les placages, puisque pratiquement durant toute la période du premier Empire, les bois des meubles sont encore sciés à la main. En effet, l’invention en Angleterre de la scie à ruban date de 1808 et le brevet de sciage mécanique pour le placage a été déposé à Paris en 1814.

De même, pour les signes conventionnels tracés à la pierre noire, en effet, la mine de plomb, grâce à Conté, n’est apparue dans les ateliers d’ébénisterie qu’après le premier Empire.

 

Les accessoires

La galerie ajourée coiffant le meuble est en laiton fondu, dont on distingue très nettement les soudures tous les 20 ou 30 cm [photo 8]. Les petits loquets de la porte de gauche sont également en laiton, d’une fabrication manuelle avec une bordure chanfreinée [photo 9]. Les poignées fixées sur le cylindre sont typiques du style Directoire [photo 10]. La forme des sabots de bronze [photo 11] est également d’une forme plus utilisée au XIXe qu’au XVIIIe siècle. Il est à noter que la peinture rouge qui les recouvre… n’est pas d’origine, les sabots ont été probablement peints en même temps que le carrelage d’une pièce ! Les baguettes de laiton en doucine, collées en ornementation dans les encadrements de tiroirs, indiquent toujours une fabrication tardive [photo 12]. Les anneaux de tirage des six petits tiroirs, dont la tige filetée n’est pas en bronze mais en fer, dénotent également une production tardive [photo 12]. Enfin, les serrures sont d’origine. Le palâtre est en fer avec une feuille de laiton rivée sur la têtière [photo 13]. Ce modèle de serrure indique également une fabrication tardive.

 

 

[Photo 8] La galerie ajourée en laiton qui encadre le plateau supérieur est constituée d’éléments de 20 ou 30 cm soudés entre eux. [Photo 9] Les petits loquets sont également d’une fabrication manuelle avec les bords chanfreinés. [Photo 10] Les poignées du cylindre sont typiquement de style Directoire. [Photo 11] Les sabots de bronze sont également typiques des productions du début du XIXe siècle. [Photo 12] Les baguettes de laiton en doucine collées sur les encadrements des tiroirs révèlent également une production tardive. [Photo 13] Ce modèle de serrure témoigne également d’une production tardive.

 

Le cuir noir [photo 2 bis] est aussi d’origine. Il est frappé en son milieu d’un motif à palmettes typiquement Empire.

En conclusion, ce petit bureau à cylindre Directoire est d’une production légèrement tardive, probablement fabriqué durant l’époque Empire, ce qui ne change absolument rien à sa valeur.

 

 

 

 

 

Image d’accueil : Bureau cylindre de dame en acajou et placage d’acajou d’époque Directoire. Mis en vente par Debacker & Richmond le 9 décembre 2017 à Saint-Martin-Boulogne. © Debacker & Richmond.

Autres photos : © Jacques Dubarry de Lassale.

Haut de page

Vous aimerez aussi

Expertise : un coffre bombé du XVIe siècle

Le 29 juin 2022 | Mis à jour le 29 juin 2022

Le coffre dit « bombé » ou « arche », reconnaissable à son couvercle galbé, est apparu des milliers d’années avant le XVIe siècle, époque à laquelle est pourtant répertoriée son invention en Europe. […]