Le 15 février 2021 | Mis à jour le 15 février 2021

Comment reconnaître un bureau de pente d’époque Louis XV ?

par Jacques Dubarry de Lassale

Meuble phare du règne de Louis XV, le bureau de pente compte parmi les chefs d’œuvre de l’ébénisterie française du XVIIIe siècle. Jacques Dubarry de Lassale dévoile les particularités de ce meuble élégant à travers l’expertise d’un exemplaire daté des années 1750 et de fabrication anonyme. 

 

Qualifié aujourd’hui de bureau dos d’âne, le bureau de pente était plus connu au XVIIIe siècle sous le nom de bureau en tombeau ou bureau à dessus brisé. Apparu probablement vers 1730, période durant laquelle il connaît un succès considérable, il n’a guère survécu à la mort du roi Louis XV. Il fait office de meuble de salon ou de meuble de boudoir. Spécifiquement féminin, il est pourvu d’un dessus incliné qui se rabat pour former écritoire et il est garni d’un serre-papiers, petites étagères permettant de classer les papiers (photo du meuble ouvert ci-dessous). Les premiers, de forme un peu lourde, comportaient des caissons sur les côtés. Au fil du temps, les caissons disparaissent, les lignes s’allègent, l’abattant, d’abord fortement incliné, s’abaisse et se chantourne. 

 

Bureau de pente d’époque Louis XV, circa 1750, fabrication anonyme, en position fermée et ouverte. L : 119 cm – H : 99,5 cm – P : 54 cm.

 

Expertise d’un bureau de pente des années 1750

Celui que nous examinons (photo ci-dessus), par sa forme et sa structure, peut être daté des années 1750. Plus grand que la normale (L : 119 cm – H : 99,5 cm – P : 54 cm), ce bureau est probablement un meuble de commande. Il est exceptionnel de par sa construction : les traditionnelles tirettes ou crochets ont été remplacés par un astucieux système comportant deux pieds supplémentaires intégrés dans la façade qui, déployés, découvrent deux tiroirs en ceinture et permettent ainsi à l’abattant de reposer sur des supports très rigides et donc stables (photos 1 et 2). Les pieds sont en chêne et la caisse en sapin. Il est plaqué de bois de violette à l’exception du dos et des deux tiroirs de ceinture plaqués en prunier. L’abattant est chantourné et décoré d’un joli motif géométrique en bois de travers et comporte une petite réglette destinée à supporter un ouvrage (photo 3). Sa garniture en bronze, assez sobre, ne comporte que deux chutes, six sabots, deux petites poignées de tirage pour actionner les pieds supplémentaires et une entrée de serrure. Les sabots enveloppent tout le bas du pied comme la majorité des petits sabots du XVIIIe siècle (photo 4), modèle abandonné sous Napoléon III.

 

[Photo 1] Petits tiroirs intégrés dans le serre-papiers. [Photo 2] Pieds supplémentaires pivotants, découvrant deux tiroirs en ceinture et servant de support d’abattant. [Photo 3] Abattant chantourné et marqueté de bois de travers à décor géométrique.

[Photo 4] Sabot XVIIIe enveloppant tout le bout de pied et sabot XIXe posé en applique. [Photo 5] Bouton de tirage XVIIIe . Remarquer le pas de vis conique et le bouton de tirage XIXe en bas.

Les charnières de l’abattant ont été changées. Elles ne comportent que quatre trous à l’origine, deux sur chaque volet, comme la plupart des charnières du XVIIIe siècle (photo 6), et l’on aperçoit encore les deux trous d’origine sur le bâti. Le serre-papiers en gradin comporte six tiroirs plaqués de bois de violette ; les boutons de tirage à marguerite sont d’époque (photo 5). Le tiroir en bas à droite possède trois compartiments d’où sont absents l’encrier et le saupoudroir. Une trappe secrète entre les deux gradins est condamnée par un loquet en bois auquel on accède en enlevant le tiroir plumier (photo 7). L’assemblage des tiroirs en chêne est conforme au montage de l’époque Louis XV : le fond collé et cloué en feuillure (photo 8), les côtés non minces et arrondis sur le chant supérieur.

 

[Photo 6] Les charnières du XVIIIe, qui ne comportaient que deux points de fixation sur chaque volet, ont été remplacées au XIXe. [Photo 7] Loquet condamnant la trappe secrète. [Photo 8] Fond du tiroir collé et cloué en feuillure.

Ce bureau de pente, à l’exception des charnières et des poignées de façade qui sont postérieures, est entièrement d’époque. Nous pouvons ainsi conclure que ce bureau est conforme à l’esprit de l’époque. Il est d’une grande élégance malgré ses dimensions et d’une excellente qualité pour une fabrication anonyme. Il est remarquable par sa structure à six pieds.

 

 

Photos © Jacques Dubarry de Lassale.

Photo en Une : Bureau de pente de milieu, époque Louis XV, estampillé J.B. Hédouin, 1738. L : 97,5 cm – H : 92,5 cm – P : 49 cm. Adjugé à 8 500 euros par la maison de ventes Conan le 21 juillet 2016 à Divonne-les-Bains. 

 

 

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