Le 7 juillet 2022 | Mis à jour le 7 juillet 2022

Découverte lors d’un inventaire, une sculpture d’Angelo De’ Rossi s’envole à plus de 700 000 euros

par Diane Zorzi

Perdu depuis près de deux siècles, un relief en terre cuite d’Angelo De’Rossi a été découvert lors d’un inventaire en Ile-de-France, pour être adjugé à plus de 700 000 euros le 18 juin à Corbeil-Essonnes. Retour sur la vente de cette sculpture majeure du baroque italien.

 

C’est à la « redécouverte miraculeuse d’une œuvre majeure » qu’assistait, le 18 juin dernier, le public de l’Hôtel des ventes de Corbeil-Essonnes. Un relief en terre cuite d’Angelo De’Rossi (1671-1715) invitait à renouer avec les plus belles heures du baroque italien. Les historiens avaient perdu sa trace depuis près de deux siècles. Pourtant, cette œuvre, retrouvée à la faveur d’un inventaire en Ile-de-France, arborait un état de conservation proche de la perfection. « La plupart des œuvres en terre cuite de cette époque-là sont fragmentaires. Celle-ci nous est arrivée dans un état incroyable : toute la sculpture est là », s’enthousiasme l’expert Elodie Jeannest de Gyvès. Estimé entre 300 000 et 500 000 euros, le relief a été acquis par un acheteur français pour 701 800 euros, sous le marteau de Blandine Camper et Hélène Dabernat. « Il s’agit d’un vrai et beau prix pour un artiste très peu connu, déclare l’expert Alexandre Lacroix. Nous partions de très loin : l’objet nous est arrivé sans attribution, c’est incroyable d’arriver aujourd’hui à un tel prix ».

 

Angelo De’ Rossi, un maître du baroque tardif

Si son nom ne parle aujourd’hui qu’aux initiés, Angelo De’ Rossi jouit au début du XVIIIe siècle d’une renommée comparable à celle du Bernin ou de l’Algarde. Ce Génois d’origine, formé dans l’atelier de Filippo Parodi, prit part à l’exécution des apôtres monumentaux de la basilique Saint-Jean-de-Latran à Rome, l’un des chantiers les plus célèbres menés à l’époque de la Contre-Réforme, et fut reçu en 1711 à la prestigieuse Académie de Saint-Luc. Cette élection, Angelo De’ Rossi la doit à la conception de ce relief qui, selon les experts du cabinet Lacroix-Jeannest, ne serait autre que la pièce de réception originale avec laquelle l’artiste, fort de son savoir-faire, de sa précision et de sa sensibilité, put intégrer la plus illustre académie des Beaux-Arts du monde. « Le choix du sujet permet à Angelo De’ Rossi de faire une démonstration complète et spectaculaire de son talent et de sa virtuosité, détaille Elodie Jeannest de Gyvès. Le sujet en effet est narratif et fait intervenir beaucoup de personnages, ce qui lui permet de faire ce que lui seul est capable de faire à un niveau aussi poussé, ce pour quoi il est admiré et ce sur quoi il fonde sa réputation. » Cette œuvre de réception était connue et avait fait l’objet de nombreuses reproductions. Mais les spécialistes avaient perdu sa trace au fil du temps, estimant que l’œuvre originale avait disparu et qu’il n’en demeurait que des fragments.

 

Angelo De’Rossi (Gênes 1671 – Rome 1715), L’Adoration des bergers, 1711, Relief en terre cuite originale 54 x 50 x 11 cm. Adjugé 701 800 euros par Blandine Camper et Hélène Dabernat le 18 juin 2022 à Corbeil-Essonnes.

 

Une œuvre de réception virtuose

Au contraire des reliefs à l’antique, sur un seul plan, notre Adoration des Bergers arbore un relief en trois plans successifs, propre à traduire avec un haut degré de réalisme les mouvements et émotions des personnages bibliques. « Il y a une belle opposition entre la sérénité douce de la Vierge, calme, avec son enfant dans les bras, et l’agitation des bergers qui arrivent sur les côtés de la composition, foisonnant de personnages », évoque l’expert Alexandre Lacroix. L’œuvre répond aux exigences de l’Eglise qui, dans le cadre de la Contre-Réforme, commande aux artistes des travaux magistraux, vivants et dynamiques dans lesquels préside l’émotion, de nature à séduire de nouveaux fidèles. « Elle a attiré en son temps beaucoup de monde et de nombreux moulages ont été effectués pour assurer sa diffusion », précisent les experts du cabinet Lacroix-Jeannest qui ont retrouvé un document d’archive de l’Académie de Saint-Luc dans lequel Carlo Guiseppe Ratti, l’un des trois biographes d’Angelo De’ Rossi, évoque la popularité du relief, considéré encore aujourd’hui par les historiens de l’art comme l’une des plus importantes pièces du baroque tardif.

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