Découverte près de Tours d’une étude de Sebastiano Ricci pour un retable disparu depuis deux siècles
Le 5 octobre à Blois, une toile inédite de Sebastiano Ricci (1659-1734) a été adjugée à plus de 30 000 euros, sous le marteau de Maître Amélie Cornet. Découverte près de Tours, l’œuvre était une étude préparatoire au retable du couvent du Corpus Domini à Venise, perdu depuis le XIXe siècle.
A l’occasion de sa première vente de prestige en tant que commissaire-priseur, Maître Amélie Cornet présentait aux enchères le 5 octobre à Blois une toile inédite du peintre baroque vénitien Sebastiano Ricci (1659-1734). Estimée entre 10 000 et 15 000 euros, elle s’est envolée à 30 600 euros (frais compris), acquise par un collectionneur suisse face à dix enchérisseurs originaires d’Italie, d’Angleterre et de France. « Cette œuvre, figurant La Communion des apôtres, était tout à fait exceptionnelle, précise le commissaire-priseur. Il s’agissait d’une étude préparatoire à l’une des plus importantes commandes du peintre : le retable du couvent du Corpus Domini à Venise, dont la trace a été perdue au XIXe siècle. »

Sebastiano Ricci (1659-1734), La Communion des apôtres, huile sur toile, 49,5 x 37 cm. Adjugé à 30 600 euros (frais compris) par Maître Amélie Cornet le 5 octobre 2019 à Blois.
Une étude pour un retable perdu depuis le XIXe siècle
En 1815, suite au décret napoléonien de 1810 sur la suppression des monastères, le couvent vénitien est dépouillé et ses peintures sont dispersées. Du retable, ne demeurent aujourd’hui que des études préparatoires, des gravures et des écrits. « Plusieurs dessins sont conservés à Milan, Bergame et Düsseldorf, mais aucune toile préparatoire n’avait été répertoriée jusqu’à cette découverte dans une collection près de Tours. » En 1752, le graveur et dessinateur Charles-Nicolas Cochin décrivit, dans son Voyage d’Italie, le retable composé de deux compartiments figurant d’un côté La Communion des apôtres, et de l’autre La Cène. « Le retable était également connu par des gravures du XVIIIe siècle réalisées d’après des dessins de Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) et de Jean-Claude Richard de Saint-Non (1727-1791). »
Sebastiano Ricci, initiateur de la peinture rococo vénitienne
Formé à Venise, auprès de Federico Cervelli, Sebastiano Ricci reçut au cours de sa carrière des commandes prestigieuses telles que des décors pour les palais Farnèse et Pitti à Florence. Actif en Italie, en Angleterre, aux Pays-Bas, ainsi qu’en France, il introduisit à Venise la peinture rococo, qui, un siècle plus tard, allait régner en maître sur la Sérénissime à travers les compositions fastueuses de Tiepolo, en une toute dernière apothéose artistique.
« Sebastiano Ricci rapporta dans la tradition vénitienne une richesse d’expression chromatique traduite en une luminosité nouvelle et vibrante. […] Il fournit un langage nouveau et pertinent, précieux pour le développement de la peinture italienne du XVIIIe siècle ».
Rodolfo Palluchini (1908-1989)
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