Des œuvres de Pablo Picasso, Marie Laurencin, Pierre Bonnard et bien d’autres artistes, inédites sur le marché, seront dispersées par Cannes Enchères le 6 octobre lors de la vente consacrée à la succession de l’actrice Monique Couturier.
« Ce qui fait l’originalité de cette vente, c’est le fait que les œuvres de cette collection ne sont jamais passées sur le marché de l’art », annonce le commissaire-priseur Nicolas Debussy qui tiendra le marteau le 6 octobre. Et pour cause : composée par le galeriste Michel Couturier, cette collection, qui rassemble des tableaux de maîtres de l’art moderne, a été après son décès préservée « avec soin » par sa femme, Monique Couturier, jusqu’à sa disparition en 2024. Les estimations vont de 15 euros à 600 000 euros.
Un Picasso cubiste en lot phare
L’œuvre avec l’estimation la plus élevée de la vente est un Picasso (1881-1973) : Pipe, verre, carte à jouer (1918), une huile et sable sur toile signée et datée. Estimée entre 400 000 et 600 000 euros, elle bénéficie d’une estimation « raisonnable et attractive », notamment au regard du prix atteint par son pendant, Verre, pipe et paquet de tabac (1919), vendu 1 085 000 euros frais compris par Christie’s en 2013.

La toile est par ailleurs répertoriée dans le catalogue raisonné de Christian Zervos. Ce n’est pas la seule œuvre de l’Espagnol présente dans la vente : on y trouve notamment une aquarelle, Nu couché (1901-1902), estimée entre 40 000 et 60 000 euros, et une réplique authentique du service imaginé à Vallauris Visage noir (1948), comprenant un plat et onze assiettes rondes (40 000 – 50 000 euros).
Une œuvre de Laurencin achetée à la Peau de l’Ours
Le coup de cœur de Nicolas Debussy n’est néanmoins pas une œuvre de Pablo Picasso mais de Marie Laurencin (1883-1956) : André Salmon et sa cour (1910), une huile sur carton marouflé sur panneau qui «porte en elle tous les germes du cubisme ». Elle a également la particularité d’avoir été acquise lors de la vente de la collection « La Peau de l’Ours ». Onze amateurs réunis autour d’André Level avaient constitué cette collection en 1904, en achetant pendant dix ans des œuvres de jeunes artistes modernes. Elle fut dispersée à Paris le 2 mars 1914, lors d’une vente restée célèbre qui consacra Picasso et Matisse. L’œuvre, alors décrite comme un « Groupe de cinq personnes », y fut adjugée 475 francs. « C’est un tableau qui devrait être dans un musée », juge Nicolas Debussy. Il est estimée entre 100 000 et 120 000 euros.

Les quatre œuvres de Pierre Bonnard (1867-1947) présentées, dont l’huile sur panneau La Jetée à Saint-Tropez (vers 1922), estimée entre 40 000 et 60 000 euros, « pourraient également intéresser des musées, je pense au musée Bonnard du Cannet », avance le commissaire-priseur. C’est dans cette ville de la Côte d’Azur que le peintre vécut, à la villa Le Bosquet.

Wols, Fautrier et Arman, l’empreinte du galeriste
Cette collection, fragment de ce qu’a été la peinture moderne, révèle en creux le parcours de Michel Couturier. De nombreuses œuvres de Otto Wols (1913-1951) et de Jean Fautrier (1898-1964), dont il était le vendeur exclusif, ou encore de Arman (1928-2005) figurent au catalogue.

Des suites de gravures pour le premier (de 200 à 500 euros), des eaux-fortes et des aquatintes pour le deuxième (de 40 à 700 euros) et une Coupe de violon sur fond noir, 1962 (20 000 – 30 000 euros). « Des œuvres qui avaient une valeur sentimentale toute particulière pour celui qui fut leur galeriste ».