C’est dans la demeure même de l’écrivain que la maison de ventes Rouillac organise la dispersion des archives du prix Goncourt 1915 René Benjamin.
Aymeric Rouillac n’a rien omis de la vie de René Benjamin (1885-1948) dans son catalogue de plus de 400 pages : la jeunesse, les débuts au théâtre et en littérature avant la Première Guerre mondiale, le Goncourt en 1915 pour le livre Gaspard, les années actives de l’entre-deux-guerres, et les années sombres de prises de position en faveur du Maréchal Pétain. « Cela représente plus de 10 000 documents. Des manuscrits, des lettres échangées avec tout le milieu intellectuel de l’entre-deux-guerres, des textes de conférences, des photos… »
René Benjamin, prix Goncourt 1915
Dans les premiers lots figurent notamment des écrits du père de René Benjamin, lui aussi écrivain (300 à 600 euros), ou un ensemble de ses premières publications littéraires (1 000 à 2 000 euros). Son livre ayant obtenu le Goncourt en 1915, intitulé Gaspard, a donné lieu à beaucoup de documents conservés par la famille : une réunion de tapuscrits, correspondances avec des éditeurs, félicitations pour le prix (1 000 à 2 000 euros), un exemplaire d’artiste illustré par Jean Lefort et daté de 1917 (300 à 600 euros), ou encore un tirage spécial destiné à la Société des bibliophiles (400 à 800 euros). « C’est certainement le premier prix Goncourt attribué à un écrivain réaliste, qui se sert de l’argot des tranchées pour écrire son histoire », remarque Aymeric Rouillac.

Le Balzacien du XXe siècle
Le commissaire-priseur évoque ensuite les nombreuses amitiés de René Benjamin entre 1918 et la fin des années 1930 : « Il correspond avec Sacha Guitry (lot de documents, 2 000 à 4 000 euros), avec André Antoine qui est à l’origine du théâtre Antoine (1 500 à 2 500 euros pour un ensemble de lettres évoquant un travail commun) ». Il se consacre également à la littérature : ses manuscrits, épreuves d’imprimeurs et éditions originales montrent au moins huit publications différentes, qui se situent entre romans et études satiriques de son époque (1 000 à 2 000 euros).
Sa relation particulière avec Balzac est illustré par le lot 30 de la vente (3 000 à 6 000 euros). Il comprend des éléments sur le château de Saché en Touraine, qui a été le refuge de Balzac à la fin du XIXe siècle, et dont la famille de l’épouse de René Benjamin était propriétaire jusqu’en 1921. Au moment de la vente, il récupère des effets personnels de Balzac et commence à travailler sur des textes inspirés de l’auteur de la Comédie humaine. Sont cités au catalogue, toujours dans le même lot, le manuscrit et la première édition de sa biographie La vie prodigieuse d’Honoré de Balzac, ainsi que le texte d’une pièce de théâtre de Balzac, pièce inédite en sept actes rédigée en 1937. Preuve de sa fascination pour cet auteur, René Benjamin avait également conservé un moulage en plâtre de sa main (d’une édition de trois réalisée d’après le bronze de David d’Angers).

Et surtout, à une époque où la radio n’est pas encore entrée dans tous les foyers, René Benjamin anime des conférences partout en France. « Durant toute sa carrière il en donne plus de 1 400, détaille Aymeric Rouillac,et il les voit comme des performances vivantes ».
Dans ses sujets de prédilection affleurent assez vite ses opinions politiques : il fustige la modernité démocratique et célèbre les grandes figures de l’autorité. Son livre Le Soliloque de Maurice Barrès (100 à 150 euros) illustre sa proximité avec le nationalisme français. En 1940, il s’engage au service du maréchal Pétain et de sa Révolution nationale. En témoigne entre autres une photo de Philippe Pétain général de division, prise en 1919, mais avec un envoi autographe adressé au fils de René Benjamin, et datée du 10 avril 1943 (50 à 100 euros). René Benjamin est exclut de l’Académie Goncourt en 1947, et décède un an plus tard.