Pourvue d’un petit plateau rond, d’une ceinture à tiroir et de quatre pieds droits, la table bouillotte fait aujourd’hui office de guéridon dans nombre d’intérieurs. Pourtant, ce meuble, copié abondamment au XXe siècle, avait une toute autre destination lorsqu’il a été créé au XVIIIe siècle, servant alors de table de jeu sous le règne de Louis XVI. Découvrez comment différencier une table bouillotte d’époque Louis XVI, d’une copie du XXe siècle.
La table bouillotte : une table de jeu créée au XVIIIe siècle
A Versailles au XVIIIe siècle, la principale folie, la seule peut-être, mais elle est dévorante, est celle du jeu. A Paris, c’était un état que d’être joueur, ce seul titre tenait lieu de naissance, de bien, de probité. Il mettait tout homme qui le porte au rang des honnêtes gens. On y joue des sommes énormes, au point que certains jeux sont interdits, comme le jeu de brelan qui sera remplacé par le jeu de bouillotte. Ce jeu, ainsi que la table qui porte son nom, va donc apparaître sous le règne de Louis XVI. Le modèle classique [photo ci-dessous] est une table en acajou et placage d’acajou. S’ouvrant à deux tiroirs, elle est pourvue de deux tablettes en ceinture, d’un piétement fuselé à cannelures, sabots et roulettes, et d’un plateau de marbre blanc à galerie de bronze.

Mais au XXe siècle, le modèle connaît un grand succès et de nombreuses copies sont produites, rendant l’authentification ardue. Nous allons donc voir ce qui différencie une table d’époque Louis XVI, d’une copie du XXe siècle.
Décryptage d’une table bouillotte du XXe siècle de style Louis XVI

La structure dans son ensemble est identique. Les pieds sont eux aussi en acajou massif, fuselés à cannelures. Cependant, ces cannelures sont faites à la machine et les deux bords de la cannelure sont parfaitement parallèles, alors qu’au XVIIIe siècle, tout pied fuselé avait des cannelures soit plus larges en haut qu’en bas, soit plus profondes en haut qu’en bas, soit les deux.
Le caisson est en peuplier massif plaqué à l’intérieur de chêne et à l’extérieur d’acajou de fil. Au XVIIIe siècle, la majorité des caissons de tables cylindriques était constituée d’éléments collés. Le placage était en acajou scié à la main, alors que sur la copie il s’agit d’un placage tranché à la machine.
Les tiroirs ont un panneau arrière plus bas que les trois autres côtés, ceci est un élément caractéristique d’une fabrication postérieure au XVIIIe siècle. Le fond du tiroir est en contre-plaqué, matériau mis au point à la fin du XIXe siècle.

Les tablettes sont totalement couvertes d’un placage tranché très fin, alors que celles du XVIIIe siècle étaient en majorité gainées d’un cuir avec vignette.

Les sabots sont en laiton tourné. Au XVIIIe siècle, ils étaient en bronze fondu en deux coquilles et la trace de soudure des deux coquilles était perceptible.

Les roulettes. L’absence de roulettes n’est pas normale. Au XVIIIe siècle, les tables bouillotte possédaient des roulettes du modèle tonneau et leur fixation laissait apparaître, lorsqu’elles étaient supprimées, un trou important sous le pied. Le petit trou que l’on aperçoit sur la photo ci-dessus est la trace laissée par la contre-pointe du tour à bois.
Les boutons des tirettes et des tiroirs sont composés de deux éléments, une tige en fer et le bouton en laiton. Cette composition est typique d’une fabrication du XXe siècle. Au XVIIIe siècle, les deux éléments sont solidaires, soit fabriqués en deux métaux mais fondus ensembles, soit en bronze fondu d’une seule pièce.

La galerie. Sur cette copie, la galerie est constituée d’une bande de laiton emboutie et profilée pour la rendre plus rigide afin de compenser sa faible épaisseur. Par ailleurs, elle ne comporte qu’une seule soudure sur son pourtour. Au XVIIIe siècle, une galerie de ce type était constituée d’éléments de bronze fondu d’environ 25 à 30 cm de longueur soudés entre eux.



Les marbres sont la plupart du temps des blancs de Carrare. C’est le cas sur les deux modèles présentés.
Les traces d’outil. Le plateau de bois blanc supportant le marbre laisse apparaître des traces de sciage mécanique, scie mécanique à ruban sur les deux planches extérieures et scie circulaire sur la planche centrale. Les traces de repère pour le collage des planches ont été réalisées à la mine de plomb, alors que celle-ci n’était pas utilisée en ébénisterie au XVIIIe siècle. On utilisait à cette époque la pierre noire ou la sanguine. Les trois planches portent le n°3, signe qu’il s’agissait d’une fabrication de série.

Les tables bouillotte sont essentiellement utilisées à trois fins, elles servent à déjeuner, à écrire ou à jouer aux cartes. Elles doivent donc comporter obligatoirement un plateau de bois amovible appelé bouchon, qui s’encastre dans la galerie. Le bouchon est d’un côté foncé de cuir pour écrire, de l’autre côté un feutre est tendu pour jouer aux cartes, enfin le plateau de marbre est utilisé pour déjeuner. Sur la table bouillotte d’époque Louis XVI, on aperçoit son bouchon d’époque, ce qui est plutôt rare. La copie ne possède pas de bouchon, ce qui est une chose courante sur les productions tardives.
Image d’accueil : Table bouillotte et son bouchon, adjugée 1 300 euros (hors frais) par Sequana le 14 octobre 2017 à Rouen. Crédit photo © Sequana.
Autres images : Crédit photo © Jacques Dubarry de Lassale
Sélection de tables bouillotte d’époque Louis XVI








