Le 11 mai 2018 | Mis à jour le 3 juillet 2018

Un panorama de la Grande Guerre signé Paul-Michel Dupuy en vente à Chaumont

par Diane Zorzi

Alors que le Quai Branly présente l’une de ses toiles dans le cadre de l’exposition « Peintures des Lointains », le peintre français Paul-Michel Dupuy (1869-1949) sera à l’honneur aux enchères samedi 19 mai 2018. Une suite de quatre huiles sur carton, datée de 1914 et représentant La bataille de Mondement, sera mise en vente par Maître Arnaud Duvillier à Chaumont et sur le Live d’Interencheres. Estimée entre 5 000 et 6 000 euros, elle témoigne avec une grande humanité de la violence des affrontements d’un des événements majeurs de la Grande Guerre.

 

 

Des enfants jouant sur la plage de Biarritz,  d’élégantes femmes à l’ombrelle sillonnant les allées des Tuileries, des voiliers voguant sur la Seine… Le nom de Paul-Michel Dupuy (1869-1949) évoque les paysages paisibles et les scènes animées qui réjouissent chaque jour les visiteurs des plus grands institutions, du musée d’Orsay à la Pinacothèque de São Paulo. Pourtant, ce peintre français du début du XXe siècle s’illustra avec autant de brio dans un tout autre genre : la peinture militaire. C’est ainsi qu’en novembre 1915, le Ministère de la Guerre lui délivre un sauf-conduit de six jours pour rejoindre la petite commune de la Marne, Mondement-Montgivroux. « Là, il est chargé d’étudier les lieux et de recueillir les éléments qui lui permettront d’effectuer des relevés et de réaliser une représentation détaillée de la bataille de Mondement », explique Maître Arnaud Duvillier qui présentera aux enchères samedi 19 mai une suite de quatre huiles sur carton formant une vue panoramique de ce combat historique.

 

Un témoignage de la première bataille de la Marne

Le 5 septembre 1914, alors que les armées allemandes ne cessent de prendre de l’avance, le Général Joffre initie la « première bataille de la Marne ». Pour barrer la route aux troupes ennemies qui aspirent à rejoindre Paris, il mène ses soldats à Mondement et engage une bataille sanguinolente qui prendra fin le 12 septembre à 19h. « La victoire fait suite à l’assaut donné par la Division du Maroc alors composée de tirailleurs algériens et tunisiens, de zouaves et de légionnaires, et menée par le colonel Lestoquoi, explique Bernadette Lauroua, spécialiste du peintre. C’est cette contre-offensive opiniâtre et victorieuse qu’illustre Paul-Michel Dupuy dans cette suite de quatre panneaux. Il y dépeint avec beaucoup de vérité, une guerre à l’ancienne, telle qu’elle se pratiquait au XIXe siècle. Ce sont de féroces corps à corps, des charges furieuses de baïonnettes pointées en avant, des cadavres qui jonchent le sol, des blessés qui agonisent, d’autres qu’on achève à l’arme blanche, des chevaux massacrés gisant près de charrettes démantelées, de grands panaches de fumée s’élevant du village incendié et du château en ruine… La documentation est précise. Les pièces d’artillerie sont peintes avec exactitude, de même que les uniformes. Les visages sont expressifs. D’un coup de pinceau, le peintre traduit la douleur, la haine, l’épouvante qui tordent les traits. »

 

 

Une œuvre empreinte d’humanité

Ce spectacle de mort des plus détaillé est empreint d’humanité, évoquant les scènes de genre pleines de vie dont le peintre est familier. « Sur la gauche du tableau, un prêtre, sans doute le curé du village, ferme les yeux d’un soldat étendu sur une civière, sous le regard compatissant de son capitaine et de deux camarades qui s’apprêtent à le recouvrir d’un drap », poursuit Bernadette Lauroua. Au-delà du simple témoignage historique, Paul-Michel Dupuy donne ainsi à la scène une dimension épique, célébrant l’héroïsme des soldats dont il souligne la bravoure avec laquelle ils repoussent finalement les Allemands. « Ce haut-fait est un des épisodes les plus célébrés du début de la Grande Guerre. Il a été abondamment illustré par les peintres de l’époque tels que Lucien Jonas ou Louis Trinquier, mais jamais une œuvre n’avait atteint ce dramatisme, cette dimension à la fois épique et humaine. »

 

Une suite exceptionnelle estimée à plus de 5 000 euros

« Paul-Michel Dupuy était un artiste très connu au début du XXe siècle en France et ailleurs », remarque Maître Arnaud Duvillier. Au cours de sa carrière, il reçut de nombreuses commandes telles qu’une toile figurant la Soumission au Maroc qu’il réalisa à la demande du Musée des Colonies en 1931 et qui est actuellement présentée au Quai Branly dans le cadre de l’exposition « Peintures des Lointains ». Tombé dans l’oubli après sa mort en 1949, il sort finalement de l’ombre lors d’une vente d’atelier organisée en 1989 à Reims. « C’est là que notre ensemble fut acheté par les actuels propriétaires », note le commissaire-priseur. Depuis, les collectionneurs n’hésitent pas à pousser les enchères au-delà des estimations, à l’image d’une scène de plage adjugée 80 000 euros en 2007 à Paris. « Cette suite de quatre huiles tout à fait exceptionnelle, estimée entre 5 000 et 6 000 euros, pourrait quant à elle intéresser les collectionneurs aussi bien français qu’étrangers, et même les musées qui sont nombreux dans le monde à exposer ses œuvres. »

 

 

Retrouvez les informations de la vente du 19 mai à Chaumont et sur le Live d’Interencheres

 

 

 

 

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