Le 3 avril 2020 | Mis à jour le 3 avril 2020

Estimation : une huile sur panneau du XIXe siècle

par Diane Zorzi

Vous souhaitez connaître la valeur d’une œuvre d’art ? Les commissaires-priseurs d’Interencheres délivrent chaque jour des estimations gratuites en ligne. Aujourd’hui, Philippe Kaczorowski examine une huile sur panneau signée d’un petit maître du XIXe siècle, Adolphe Bourgoin.

 

Les estimations conduisent souvent les commissaires-priseurs à revêtir la panoplie du parfait enquêteur. En témoigne l’expertise, à laquelle s’est adonné Philippe Kaczorowski, d’une petite huile sur panneau (16×23 cm) provenant d’une collection des Pays de la Loire et arborant en signature le nom d’« A. Bourgoin ». « Ce tableau, dont une photo m’a été envoyée lors d’une demande d’estimation gratuite effectuée sur interencheres.com, m’a donné du fil à retordre ! Il a fallu faire de nombreuses recherches pour réunir la maigre documentation qui demeure sur son auteur. »

 

 

Un groupe de femmes dans un parc

Le sujet est des plus charmants. Trois femmes, dont l’une porte un enfant, discutent sur le perron d’une riche demeure. A leurs côtés, une jeune fille, vêtue d’une élégante robe rose, se tient à l’écart de la conversation, tandis que sous les frondaisons un homme surgit. Muni comme elle d’un livre, il tente d’attirer son attention. Par quelques vers ou proses poétiques ? L’imagination seule achèvera de reconstituer cette scène évoquant peut-être quelque amour galant et secret.

 

 

Des mentions au dos retracent la vie du tableau

« Le dos du panneau est très intéressant car il présente diverses mentions relatant la vie du tableau », explique Philippe Kaczorowski. « Il semble tout d’abord que ce panneau soit un réemploi. En effet, une entaille marquée, en bas à droite, fait penser à une trace de charnière, comme si le panneau avait eu une autre fonction (le morceau de bois d’une porte ?), ou qu’il avait été dissocié d’un second panneau. Ce phénomène de réemploi n’est pas exceptionnel, certains artistes pratiquaient cela en période de “vaches maigres”. »

Le commissaire-priseur découvre également plusieurs mentions témoignant de propriétaires successifs. « Ce tableau est passé à deux reprises par des professionnels : d’une part la Galerie Vandevoorde à Paris dont il porte l’étiquette, d’autre part par une vente aux enchères dont il porte à la craie le numéro de dossier et le nom de l’acquéreur. Ce mode de marquage était une pratique courante dans les salles de ventes jusque dans les années 80. D’autres mentions apparaissent également sur le cadre, probablement, comme on les trouve souvent, celles du nom du modèle de cadre, de ses dimensions et du nom du propriétaire ayant effectué la commande. »

 

 

Adolphe Bourgoin, « élève de Paul Delaroche et Léon Cogniet »

Toujours au dos du panneau, une mention manuscrite, apposée en noir, apporte quant à elle un premier élément sur son auteur : « Adolphe Bourgoin élève de Delaroche et Cogniet ». « Elle a pu être notée par l’un des propriétaires successifs », détaille le commissaire-priseur nantais, dont le premier réflexe est alors de se saisir du Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs – le Bénézit, la bible des historiens et acteurs du marché de l’art.

A la lettre « B », il découvre un certain Aimé-Gabriel-Adolphe Bourgoin (1824-1902) : « Peintre, né à Paris le 11 mars 1824. Elève de Bouchot et de Léon Cogniet ; il débuta au Salon de 1845. On cite de lui : Jésus succombant sous le poids de la croix ; Premiers regrets d’une jeune fille ; Le Message ; L’épousée ; La Danse (musée d’Amsterdam). »

« Le Bénézit l’identifie bien comme l’élève de Léon Cogniet, poursuit Philippe Kaczorowski. Mais aucune référence à Paul Delaroche. » Après maintes recherches, le commissaire-priseur trouve finalement la mention du second maître. « Dans le catalogue du Salon de Bordeaux de 1859, Adolphe Bourgoin est bien mentionné comme l’élève de Cogniet et Delaroche. C’est cette mention, plus prestigieuse, qu’a préféré retenir le propriétaire. » Dans cette scène de genre, le commissaire-priseur reconnaît toutefois l’influence des deux peintres illustres. « On retrouve cette inspiration classique teintée de romantisme et il en est de même dans ses paysages animés de troupeaux ou ses quelques scènes mythologiques. »

 

 

Une œuvre estimée entre 200 et 300 euros

Si des œuvres d’Adolphe Bourgoin apparaissent à l’inventaire de quelques musées français, sa production reste aujourd’hui méconnue. « Elle est caractéristique de ces petits maîtres qui au milieu du XIXe siècle produisent une peinture “bourgeoise”, admettant quelques touches de romantisme sur des thèmes et une technique néoclassiques. Car avec Bourgoin, nous ne sommes pas dans le courant néo-classique tel qu’il dérive vers le mouvement “pompier”, mais restons tout aussi loin des prémices de l’Impressionnisme. Ces œuvres de petits maîtres du XIXe siècle ne sont pas très recherchées, bien que d’un caractère aimable. Nous pouvons ainsi estimer notre panneau entre 200 et 300 euros. »

 

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Adolphe Bourgoin aux enchères : sélection d’adjudications

 

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