Le 20 octobre 2020 | Mis à jour le 5 novembre 2020

Expertise : un miroir de style Louis XVI

par Jacques Dubarry de Lassale

Les miroirs de style Louis XVI à fronton ont connu un tel succès aux XIXe et XXe siècles, que de nombreuses copies ont été fabriquées au fil des années, certaines arrivant encore aujourd’hui sur notre territoire, exportées depuis l’Extrême Orient. Jacques Dubarry de Lassale nous dévoile ses techniques d’expertise avec l’examen d’une glace à fronton de fabrication récente.

 

Nous avons choisi, pour illustrer les particularités de ce type d’objet, un miroir de style Louis XVI à fronton, probablement de fabrication italienne des années 1950, décoré d’un médaillon ovale, d’un nœud de ruban et de branchages.

 

Le style et la forme des miroirs de style Louis XVI 

Sur le plan du style, il n’y a rien à dire, cette glace est une réplique à l’identique d’un modèle répertorié d’époque Louis XVI. Une exception cependant, celle du petit médaillon situé dans le fronton, qui a été garni d’un miroir (photo 2), alors qu’un médaillon ovale de ce type comportait toujours au XVIIIe siècle une gravure aquarellée représentant une scène de toilette. Si certains miroirs d’époque ont pu être modifiés, les copies comportent toujours un miroir à cet endroit.

Sur le modèle que nous vous présentons, la sculpture est empâtée (photo 5). Ceci est dû à l’absence de reparure. La reparure est une opération qui consiste à resculpter l’apprêt mis sur le bois avant la dorure et qui permet de restituer de la nervosité à la sculpture. La sculpture des perles est très révélatrice d’une exécution contemporaine par sa régularité (photo 3). Par ailleurs, la coupe d’onglet des quatre angles partage exactement une perle en deux, ce qui ne se faisait pas au XVIIIe siècle (photos 4 et 5). Dans les cadres d’époque XVIIIe (photo 6), toutes les perles sont de taille et de forme différentes, ici ce n’est pas le cas.

 

 

La dorure et l’usure de sa patine 

Une première question peut se poser : la dorure est-elle faite à la feuille d’or ou à la feuille de cuivre ? En vieillissant, la feuille de cuivre s’oxyde et ce miroir est encore trop récent pour que nous puissions nous prononcer. L’assiette est bien rouge, comme sur les bois dorés du XVIIIe siècle. Il est à noter que les assiettes du XIXe siècle sont souvent de couleur orange.

L’usure de la dorure a été mal simulée, car elle ne correspond pas aux usures habituelles. Elle est trop régulière et mal localisée. La baguette perlée qui forme le bas de l’encadrement a une usure identique à celle du haut, ce qui est anormal, car l’humidité résultant du nettoyage du miroir s’accumule toujours par gravité vers le bas, à tel point que, sur les modèles du XVIIIe siècle, l’on peut souvent apercevoir non seulement l’assiette rouge, mais également le blanc de l’apprêt. La patine de la dorure est également artificielle, l’artisan a rajouté de la crasse artificielle, que l’on trouve dans le commerce sous le nom de « terre pourrie », astucieusement passée au pinceau sur les parties laquées en vert (photo 4), ou dans les creux de la sculpture (photo 5).

 

 

Le bois, sa patine et son vieillissement 

Les bois sont en sapin pour le bâti et les planches du dos (photos 7, 8 et 9), et en poirier pour les parties sculptées, c’est-à-dire la façade. La patine du bois au dos du miroir n’est pas naturelle, elle a été obtenue artificiellement par de la teinture (bitume de Judée). Il ne s’agit pas là d’une oxydation due au temps et à la lumière qui donne cette belle couleur, dite « robe de lièvre », comme on peut le voir sur un miroir d’époque Louis XIV (photo 10). Par ailleurs, des imitations de trous de vers ont été pratiquées au revers avec une pointe carrée (photos 7 et 8). Maladresse impardonnable de la part d’un faussaire ou espèce d’insecte non encore identifiée ! Quelques morceaux de vieux bois ont été utilisés pour le bâti, mais très peu.

Aucune trace de sciage n’est visible sur le bâti, seules figurent des traces de rabot rond (photo 8). Néanmoins, des traces de sciage à la scie à ruban sont visibles sur une planche du dos (photo 9). Le bâti, c’est-à-dire le cadre en sapin assemblé à tenons et mortaises, est chevillé (photo 7). La façade, qui comprend tout le décor en poirier sculpté et doré, est fixée au bâti par collage. Le parquetage arrière de protection du tain du miroir est cloué sur le bâti (photo 9).

Les planches du dos étaient généralement de faible épaisseur et relativement larges. La déformation ou le retrait entre deux planches étaient donc importants, ce qui créait des espaces où l’air et l’humidité pouvaient circuler. Il s’ensuivait une oxydation de l’étain contenu dans l’amalgame étain-mercure. Ceci provoquait immanquablement des taches sur la glace. On constate fréquemment ces altérations sur les bordures car elles coïncident avec les joints des planches arrière. Par ailleurs, il n’est pas rare que certaines planches du dos aient été changées à l’occasion du remplacement du miroir, par exemple. C’est pourquoi, il n’y a pas lieu de tenir compte de l’authenticité du dos pour se prononcer sur l’authenticité de la glace, il constitue seulement un indice à associer à d’autres.

 

 

 

Photos © Jacques Dubarry de Lassale.

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