Le 6 juillet 2022 | Mis à jour le 6 juillet 2022

Expertise : un cabinet à abattant du XVIIe siècle

par Jacques Dubarry de Lassale

Apparu pour la première fois au XVIe siècle dans un inventaire dressé pour François Ier, le terme de cabinet désigne un coffre à tiroirs et compartiments à usage domestique, politique ou religieux. Jacques Dubarry de Lassale décrypte les particularités de ce meuble à secrets, à travers l’expertise d’un cabinet à abattant datant du XVIIe siècle.

 

Le terme de « cabinet » apparaît pour la première fois dans un inventaire dressé pour François ler en 1528 afin de qualifier un coffre à tiroirs et compartiments, dont l’usage peut-être aussi bien domestique que politique ou religieux. Les dimensions des cabinets sont très variables, de 12 x 10 cm pour les plus petits modèles, à 180 x 117 cm par exemple. La structure, elle aussi, change en fonction des modèles qui peuvent être à portes, à abattant ou à tiroirs apparents, et être dotés ou non d’un couvercle. Certains cabinets arborent une décoration minimaliste et austère, à l’instar des modèles plaqués d’ébène avec quelques filets d’ivoire. D’autres se caractérisent par une riche ornementation avec incrustations de pierres dures, de paésines, d’écaille de tortue ou d’ivoire gravé, avec rehauts de bronzes dorés.

 

La structure de notre cabinet

Le cabinet que nous présentons [photos 1 et 2, ci-dessous] est un modèle à abattant et couvercle. Il ne possède aucune décoration intérieure. Seul l’extérieur est plaqué de bois de violette en frisage, décoré par une riche garniture de bronzes dorés [photo 1]. L’intérieur est composé d’un espace coffre dans la partie supérieure, de trois tiroirs en partie basse et de quelques caches secrètes.

 

 

Les secrets

Les différentes caches sont en façade, entre les deux petits tiroirs. Un compartiment amovible faisant cloison permet de dissimuler des objets précieux [photo 3]. Dans l’épaisseur de la façade du coffre intérieur, deux caches situées au-dessus de chacun des petits tiroirs dans l’épaisseur du plancher du coffre [photo 4] sont camouflées par des éléments amovibles en queue d’aronde plaqués de palissandre [photo 5]. A l’intérieur de la partie en coffre, du côté de la façade, une plaquette de palissandre coulisse vers le bas [photo 6] et dégage des petits coffrets dissimulés [photo 7]. Enfin, dans l’épaisseur du couvercle, on trouve deux logements qui ne sont pas secrets, fermés par un couvercle articulé verrouillé par un loquet [photos 8 et 9].

 

 

Un aménagement particulier

Ce coffre a la particularité de pouvoir être fixé au sol ou sur un support, ce qui lui confère une fonction particulière comme celle de servir de « coffre de changeur ». En effet, dans les deux côtés du cabinet, on peut accéder, après en avoir dégagé l’orifice [photo 10], à des tiges filetées à section carrée en partie haute et en forme de « queue de cochon » en partie inférieure [photo 11]. Cet aménagement permettait notamment de fixer le cabinet sur le parquet au moyen d’une manivelle afin d’éviter le vol. Ainsi, dans la journée ou la nuit à l’auberge, le propriétaire conservait seulement la clé [photo 12] de la serrure auberonière [photo 13]. Par ailleurs, le cabinet possédait à l’origine deux poignées latérales qui ont disparu [photo 14].

 

Les fermetures

La façade en abattant est maintenue fermée contre la partie coffre par une patte percée, située sur la façade intérieure de l’abattant et verrouillée par un loquet situé à l’intérieur du coffre [photo 15].

 

 

Les bois

La caisse est en chêne, d’une épaisseur de 22 mm sur 5 faces et 40 mm pour le couvercle. Le placage extérieur est en bois de violette, à l’exception de la face arrière, et palissandre de Rio pour tout l’intérieur et la face arrière.

 

Les montages et les traces d’outil

Le montage des tiroirs est très classique. Ces derniers sont assemblés à queue d’aronde [photo 16]. Les boutons de tirage sont en ivoire. Il en manque malheureusement trois. Aucune trace d’outil n’est apparente, mais à l’endroit d’un décollement de placage, on peut remarquer de très belles traces de rabot à dents, tout à fait identifiables comme datant du XVIIe siècle [photo 17]. Je connais quatre autres cabinets identiques, mais tous de dimensions inférieures et provenant du Sud-Ouest de la France.

 

 

 

Photo en Une : Cabinet en bois naturel à décor incrusté de filets, motifs stylisés marquetés ou en os sculptés. Ouvre un large abatant. Travail indo-portugais de la fin du XVIIe siècle. 43.5 x 66.2 x 35.5 cm. Adjugé 4 800 euros par Hubert Deloute le 5 avril 2021 à Amiens.

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