Le 3 février 2021 | Mis à jour le 3 février 2021

Expertise : un cabinet du XVIIe siècle

par Jacques Dubarry de Lassale

Si les premiers cabinets sont nés sous la Renaissance, la majorité d’entre eux fut fabriquée au XVIIe siècle. Ce meuble introduisit en France la technique de l’ébénisterie, consistant à coller un placage de bois précieux comme l’ébène, sur un bâti de bois commun tel que le sapin, le chêne ou l’aulne. Jacques Dubarry de Lassale décrypte la conception minutieuse de ce meuble à travers l’expertise d’un cabinet du XVIIe siècle n’ayant subi aucune transformation. 

 

Un cabinet se compose généralement de deux parties, la partie supérieure comprenant les tiroirs, la corniche et le théâtre, et une partie inférieure consistant en un piètement. Cette disposition n’évoluera pas tout au long du XVIIe siècle. Mais à l’origine, tous les cabinets ne possédaient pas obligatoirement un piètement. Certains, dits « cabinets à poser », étaient destinés à être disposés sur une table. Par ailleurs, certains piètements ont été transformés par la suite en consoles d’appui. Elles sont reconnaissables à leur nombre de pieds qui peut être de 6, 7, voire 10. Au milieu du XIXe siècle, lorsque le cabinet est revenu à la mode, de nombreux piètements ont été fabriqués pour remplacer ceux qui avaient disparu, qui avaient été transformés ou qui n’en avaient jamais possédé. Il est à préciser que les piètements étaient toujours assortis au cabinet par leurs matériaux et leur décor.

 

[Photo 1] Cabinet de grandes dimensions, possédant son piètement d’origine, n’ayant subi aucune modification ou enjolivement supplémentaire.

Un piètement d’origine et de rares figures phytomorphes

L’intérêt du cabinet que nous vous présentons (photo 1) réside dans son piètement d’origine, dont la structure nous permet de dater précisément le meuble. Ce cabinet ouvre par treize tiroirs en façade, dont deux doubles (photo 2), un dans la corniche (photo 3) et deux portes donnant accès au théâtre (photo 4). Le théâtre est toujours le lieu de curiosité du cabinet, dans lequel l’ébéniste a apporté le plus de soin et de décoration. La première chose à remarquer, parce qu’elles sont rares, sont les figures phytomorphes en marqueterie polychrome ornant l’intérieur des portes, ainsi que celles en bois découpé qui décorent le haut du théâtre. Le plancher est à décor de damiers et de cubes en trompe-l’œil (photo 5). Dans le fond, un personnage curieux, tenant une corne d’abondance duquel s’échappe un bouquet de fleurs, est encadré de deux glaces sur les côtés se faisant face (photo 4). De part et d’autre des colonnes jumelles en bois doré (photo 4) coulissent et dégagent quatre tiroirs secrets superposés (photo 6). Le piètement, également en sapin plaqué d’olivier, est à huit colonnes.

 

[Photo 2] Le cabinet s’ouvre par treize tiroirs en façade dont deux doubles. [Photo 3] Un large tiroir en partie supérieure, est incorporé dans la corniche. [Photo 4] Deux portes donnent accès au théâtre.

Chaque colonne, à torsade à double enroulement, dont l’une est laquée noire et l’autre dorée, est surmontée de chapiteaux corinthiens en bois doré (photo 7) et ornée à la base d’enroulements de feuilles d’acanthe (photo 8).

[Photo 5] Le plancher du cabinet du théâtre est à décor de damiers et de cubes en trompe-l’œil. [Photo 6] Des colonnes jumelles en bois doré coulissent et dégagent quatre tiroirs secrets superposés. [Photo 7] Sur le piètement, chaque colonne est surmontée de chapiteaux corinthiens en bois doré. [Photo 8] La base de ces colonnes est également décorée d’enroulements de feuilles d’acanthe.

Le plateau d’entrejambe, décoré d’une frise de volutes en bois clair (photo 9), est tout à fait dans l’esprit des encadrements de miroirs languedociens. Les bouts de pieds, sculptés et dorés en forme de lions accroupis avec la bouche ouverte montrant les dents (photo 10), sont conformes aux modèles des fauteuils languedociens (photo 11). Enfin, dans les fonds des tiroirs, on trouve des traces de rabots à dents typiques du XVIIe siècle (photo 12). Seule la serrure de la porte découvrant le théâtre a été transformée au XXe siècle.

 

[Photo 9] Le plateau d’entrejambe du piètement est décoré d’une frise de volutes en bois clair. [Photo 10] Le piètement repose sur des lions accroupis avec la bouche ouverte. [Photo 11] Ces lions sont conformes à ceux que l’on retrouve sur les bouts d’accotoirs des fauteuils Louis XIII languedociens.

Des bois régionaux et des accessoires de style Renaissance

Le cabinet et son piètement sont en sapin plaqués de bois régionaux tels que l’olivier pour l’extérieur, le noyer pour l’intérieur, ainsi que quelques bois teintés. On ne trouve aucun bois exotique sur ce meuble. Les charnières des portes sont en laiton fondu (photo 13) et sont fixées par trois vis d’origine de fabrication manuelle (photo 14). Les entrées de serrure, en laiton doré, sont encore très empreintes du style Renaissance (photo 15).

[Photo 12] Dans les fonds des tiroirs, on trouve des traces de rabot à dents conformes à ceux du XVIIe siècle. [Photo 13] Les charnières de portes sont en laiton fondu. [Photo 14] Les charnières sont fixées par des vis de fabrication manuelle qui sont d’origine. [Photo 15] Les entrées de serrure, en laiton doré, sont encore très empreintes du style Renaissance.

Un cabinet du XVIIe siècle typique des meubles languedociens

La fabrication de ce cabinet est provinciale, très probablement languedocienne, compte tenu de ses placages en noyer et olivier, fréquents sur les meubles de cette région. Les frises de volutes en bois clair de la corniche et du plateau d’entrejambe sont aussi typiques des meubles languedociens. Par ailleurs, la grande similitude observée dans l’aspect des lions avec ceux que l’on retrouve sur les sièges du XVIIe de cette région, nous conforte dans cette attribution. Enfin, le piètement composé de colonnes doubles nous permet de situer ce meuble entre 1620 et 1630. Les archives familiales du propriétaire confirment que ce meuble se trouve dans la région toulousaine depuis le XVIIe siècle. En conclusion, nous nous trouvons en face d’un cabinet de grandes dimensions, possédant son piètement d’origine, n’ayant subi aucune modification ou enjolivement supplémentaire.

 

Photos © Jacques Dubarry de Lassale.

Photo en Une : Cabinet en marqueterie de bois clair, vers 1670. 59 x 86 x 34 cm. Adjugé à 4 500 euros par la maison de ventes Audap & Associés le 26 juin 2020 à Paris. 

 

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