Le 5 novembre 2020 | Mis à jour le 5 novembre 2020

Expertise : un fauteuil Empire à têtes de dauphin

par Jacques Dubarry de Lassale

Le fauteuil Empire à têtes de dauphin a vu le jour à la fin du Premier Empire et n’a cessé depuis d’être imité, au fil des siècles. Jacques Dubarry de Lassale nous dévoile ici ses techniques d’expertise pour distinguer un fauteuil d’époque d’une fabrication plus récente.

 

Le style Empire, caractérisé par le goût du monumental, est né de la volonté de Napoléon Ier de marquer de son empreinte personnelle l’art de son règne, l’empereur jugeant que « ce qui est grand est toujours beau ». Le fauteuil à accotoirs à têtes de dauphin date pour sa part de la fin de l’Empire, Guillaume Janneau précisant, dans son ouvrage Les Sièges, que « s’il emprunte le décor lotiforme de sa butée de raccordement et celui de son accotoir terminé en crâne de dauphin à un système ornemental égyptien, son architecture générale annonce une conception nouvelle du style ». En effet, ce modèle s’est surtout vulgarisé sous la Restauration, rencontrant un franc succès jusqu’au XXe siècle, où il est imité à de nombreuses reprises (photo 2).

 

[Photo 1] Fauteuil d’époque Empire en acajou avec accoudoirs à têtes de dauphin. [Photo 2] Fauteuil de style Empire de fabrication du XXe siècle en bossé d’Afrique (faux acajou).

La qualité de l’acajou

Sous le Premier Empire, l’acajou était un matériau rare. En effet, la France était tributaire de l’Angleterre pour ses achats et celle-ci contrôlait quasiment tout le marché de l’acajou. Par la suite, Napoléon Ier imposa à l’Angleterre le Blocus Continental (1806 à 1810) pour fermer son commerce à tous les ports du continent et ruiner ainsi sa marine. Les besoins d’acajou au XVIIIe siècle, puis sous le Directoire et le Consulat, avaient été si importants, qu’il a fallu, pour satisfaire la demande du début du XIXe siècle, exploiter des acajous qui poussaient davantage en altitude. Ces acajous, dont la croissance était moins rapide, donnaient des bois plus denses, plus foncés et plus lourds. C’est pourquoi le mobilier en acajou produit à cette époque se différencie des fabrications antérieures par la qualité de son bois.

 

Les principes de construction

Les quatre pieds, les accotoirs et la baguette moulurée du haut du dossier (photo 4) sont en acajou de Cuba massif. La ceinture et le dossier sont en hêtre plaqué d’acajou (photo 7). Sur les sièges en acajou, lorsque les ceintures n’étaient pas sculptées, elles étaient généralement en hêtre plaqué d’acajou. Il est certain que le souci d’économiser l’acajou était vif à cette époque. En principe, les assemblages des sièges en acajou ne sont pas chevillés, ils sont collés (photo 3). Je dis en principe, car j’ai trouvé, en restaurant des sièges, des assemblages chevillés, mais je n’ai pu déterminer si ce chevillage n’était pas postérieur à la fabrication du siège dans le but de le consolider.

En outre, une particularité apparaît à la fin du style Empire : la présence de deux baguettes verticales rapportées à l’arrière du dossier sur lesquelles sont fixées les garnitures du dossier (photo 4). Sur une fabrication du XXe siècle, cette particularité n’existe pas (photo 5). Le souci d’économiser le bois se remarque également sur la manière de réaliser la butée (photo 6). Pour éviter de perdre de l’acajou lors de la découpe du pied, on n’a pas réalisé les formes latérales en courbe de la butée dans la même pièce de bois, mais on a rapporté les pièces nécessaires par collage. L’acajou massif n’est pas piqué par les insectes xylophages, par contre le placage d’acajou collé sur une âme en hêtre laisse apparaître des trous (photo 3).

 

 

Comparaison d’un siège d’époque Empire avec une fabrication récente

Concernant la qualité du bois, le siège authentique est en acajou de Cuba, la copie est en bossé d’Afrique, la différence est évidente (photos 1 et 2). Concernant le type de construction, sur la copie, la ceinture est en bois massif et on ne détecte aucune trace de placage. Par ailleurs, les baguettes latérales à l’arrière du dossier sont inexistantes (photo 5). Concernant la sculpture, la tête de dauphin vue de face et de profil pêche par une facture mièvre (photos comparatives 8, 9, 10). Si un siège d’époque a sa garniture d’origine, les sangles, encore du modèle du XVIIIe siècle, seront clouées sur le haut de la ceinture et la garniture sera en pelote de crin. La garniture à ressorts ne se généralisera que sous Louis-Philippe. Enfin, sur un siège d’époque, les clous de tapissier seront encore du modèle de ceux du XVIIIe siècle, tout au moins pour les travaux réalisés en province (photo 11).

 

 

 

Photos © Jacques Dubarry de Lassale.

Photo en une : Quatre fauteuils en acajou à accotoirs à têtes de dauphin. Style Empire. Adjugés à 1400 euros (hors frais) le 22 octobre 2006 par Sadde à Dijon.

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