Le 31 mars 2021 | Mis à jour le 31 mars 2021

Expertise : une pendule religieuse du XVIIe siècle

par Jacques Dubarry de Lassale

La valeur des pendules religieuses varie considérablement en fonction de la notoriété de l’horloger, de la qualité et de la richesse du décor, ainsi que de l’état de conservation et des restaurations subies. Jacques Dubarry de Lassale révèle ses techniques d’expertise à travers l’analyse d’une pendule religieuse de style Louis XIV signée Louis Baronneau.  

 

Les pendules dites « religieuses » datent pour la plupart du début du règne de Louis XIV. Leurs caisses sont très architecturées car elles imitent la façade d’un palais. On les appelle souvent, à tort, pendules Louis XIII. La pendule que nous allons examiner (photo 1) est signée Louis Baronneau à Paris, horloger du Roy et de la Reine en 1661. Elle est signée sur l’applique en bronze doré, située sous le cadran et sur la platine arrière du mouvement. Elle peut aisément être classée dans la seconde partie du style Louis XIV dit « Grand Style » (1656-1699) par la richesse et la qualité de son décor, ainsi que par sa structure. Elle est en effet surmontée d’un chapeau amovible au lieu du fronton fixe en demi-cercle caractéristique des pendules religieuses antérieures (photo 2).

 

[Photo 1] Pendule dite « religieuse » d’époque Louis XIV, signée Louis Baronneau à Paris. [Photo 2] Pendule religieuse, de la première période, antérieure à celle de Louis Baronneau, caractérisée par un fronton fixe en demi-cercle.

La structure 

La façade architecturée est encadrée par deux pilastres terminés par des chapiteaux corinthiens en bronze doré (photo 3). Le soubassement est décoré d’une somptueuse compatie et soutenu par quatre pieds en griffes de lion (photo 4). L’entourage de la porte est souligné par une rangée de perles avec en clef de voûte une tête de femme dans un cartouche, le tout en bronze doré. Le chapeau repose sur une rangée de colonnettes en bronze, surmontées de huit pots à feu dont les quatre du sommet ont été rapportés plus tardivement.

[Photo 3] Façade arrière de la caisse de Baronneau, avec le timbre. Remarquer les pitons destinés à l’accrochage mural. [Photo 4] A droite : pied en griffes de lion du XVIIe. Au centre : pot à feu XVIIe. A gauche : pot à feu XIXe, vis rapportée.

Le décor

L’ensemble de la décoration est en marqueterie à la manière de Boulle en trois parties, laiton et étain sur fond d’écaille rouge (caret). Le décor et la découpe sont d’une extrême finesse. Ils sont composés de rinceaux, feuillages et pampres. Tous les éléments de décor en laiton et en étain sont gravés. L’applique dorée au mercure à décor de volutes, de rinceaux, de guirlandes, de fleurs, de cornes d’abondance et d’une tête d’Ephèbe est d’une grande qualité (photo 5). Tous les autres bronzes de la pendule sont vernis or, pratique très courante à cette époque. Les aiguilles dites « persil », caractéristiques de ces pendules, sont finement découpées dans du laiton et gravées (photo 6).

[Photo 5] Applique gravée du nom de l’horloger : L. Baronneau à Paris. [Photo 6] Aiguilles dites «Persil».

Le mécanisme 

Le mouvement est fixe sur une plaque de métal de forme rectangulaire, bouchant la fenêtre de la façade et recouverte d’un velours noir. Sur cette plaque est fixé le cadran en étain, qui peut aussi être en laiton et sur lequel sont gravées les heures en chiffres romains. De gracieux fleurons séparent les heures. Les minutes sont gravées en chiffres arabes à la périphérie des heures. Les incisions de la gravure du cadran sont remplies de cire noire. Les trous de remontage, percés de façon dissymétrique sur le cadran, indiquent que le mouvement est bien ancien. On aperçoit sous le chiffre douze le petit trou pour la clé de réglage de l’avance et du retard. La cage (caisse) de la pendule est en chêne et en noyer, caractéristique de l’époque. Les charnières de la porte avant et de la porte arrière sont en laiton à une seule vis en fer (photo 7). Toutes les moulures des pilastres et de la corniche sont en ébène massif très finement travaillées. La suspension, pièce où s’accroche le balancier (photo 8), et donc également le balancier, ont été modifiés au XIXe siècle, pratique très courante car cela permettait de gagner en exactitude, l’ancienne suspension dite « au fil » étant soumise aux variations hygrométriques. Avec les quatre pots à feu du chapeau, ce sont les seuls éléments qui ne sont pas d’origine sur cette pendule. Une pendule en bon état et « dans son jus », c’est-à-dire qui n’a jamais été touchée, bénéficie d’une plus-value certaine.

 

[Photo 7] Charnière en laiton à une vis par volet. [Photo 8] A gauche : modèle de balancier du XVIIe ou XVIIIe siècle. A droite : modèle de balancier du XIXe.

[Photo 9] Platine arrière. Suspension à lamelle métallique XIXe. Nom gravé de l’horloger. [Photo 10] Importante clé de remontage du mouvement et petite clé de la porte de façade.

Une expertise en 6 étapes

Pour l’expertise d’une pendule similaire, il convient d’examiner les points suivants :

  1. S’assurer que le mouvement est bien celui d’origine : vérifier que la plaque de fer sur laquelle est fixé le mouvement n’a pas de trous inutiles. Le velours peut avoir été changé sans grand préjudice pour la valeur de l’objet. Il peut être noir ou grenat.
  2. Vérifier que le nom de l’horloger gravé sur la platine arrière soit bien le même que celui gravé sur l’applique avant.
  3. Les aiguilles doivent être du type « persil ».
  4. Les bronzes des pieds et des pots à feu sont fixés par des pas de vis qui ont été coulés avec la pièce et non rapportés. Ces vis sont donc également en bronze. Le pas de vis doit être grossier et légèrement conique.
  5. Si la suspension a été changée, le balancier aussi. Cette modification est redoutée des collectionneurs et influe sur la valeur de l’objet.
  6. Les pitons qui se trouvent à l’arrière et sur le haut de la caisse étaient destinés à suspendre la pendule au mur, ils doivent être en fer forgé.

 

 

Photos © Jacques Dubarry de Lassale.

Photo en Une :  Pendule religieuse à sonnerie au passage des heures et demi signée (cadran et mouvement) « Sarrabat à Paris », troisième quart du XVIIe siècle. H. totale 40.8 cm ; L. 28 cm ; P. 12.7 cm. Adjugé à 8 500 euros par la maison de ventes Chayette & Cheval le 25 juin 2018 à Paris. 

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