Disparue depuis plus d’un siècle et demi, une sculpture de Félicie de Fauveau a refait surface le 18 octobre lors d’une vente de la maison Artesia à Châtellerault, allant bien au-delà de son estimation et établissant un record mondial pour l’artiste.
La maison Artesia, située à Châtellerault dans la Vienne, a organisé le 18 octobre une vente dont l’un des lots phares était une statue de Félicie de Fauveau (1801-1886) représentant sainte Élisabeth de Hongrie (15 000 à 20 000 euros). L’œuvre a très largement dépassé les attentes : elle a finalement été adjugée 162 500 euros (avec frais), un record mondial pour l’artiste. Une performance d’autant plus retentissante que cette sculpture avait disparu des radars dans la seconde moitié du XIXe siècle, avant de « miraculeusement » réapparaître en 2026.
Félicie de Fauveau, sculptrice légitimiste en exil
Issue de la noblesse, Félicie de Fauveau naît à Livourne au tournant du XIXe siècle. Sa famille s’était installée dans cette ville italienne avant la Révolution. De retour en France sous la Restauration, Félicie rencontre celle qui restera toute sa vie son amie : la duchesse de Berry. Cette dernière est passée à la postérité pour avoir notamment pris, en vain, la tête des chouans en 1832. À la même époque, la jeune femme apprend la peinture dans l’atelier de Louis Hersent. Elle se forme ensuite à la sculpture en autodidacte avec son frère cadet, Hippolyte.

Fidèle au roi, elle soutient activement les légitimistes lors de la cinquième guerre de Vendée, ce qui lui vaut d’être emprisonnée pendant huit mois. À sa libération, elle s’exile à Florence. Elle y ouvre un atelier avec son frère et répond aux commandes d’une clientèle fortunée.
De la duchesse de Berry à Saint-Malo
Parmi ces clients figure Madame Trotter, une amie anglaise et protestante de l’artiste, qui lui commande une Sainte Élisabeth de Hongrie. Le travail débute en 1843 et s’étend sur deux années. Malheureusement, Madame Trotter meurt avant l’achèvement de l’œuvre. La duchesse de Berry saisit alors l’occasion d’acquérir la sculpture. Elle est en effet de passage dans la Cité du Lys, chez sa demi-sœur Marie-Antoinette de Bourbon-Siciles, épouse du grand-duc de Toscane. L’œuvre rejoint ainsi sa collection du palais Vendramin, à Venise.

Cette collection est dispersée lors d’une vente aux enchères à Paris en 1865, et la sculpture avec elle. Commence alors une longue éclipse. « On connaissait son existence, mais on ne savait pas où elle était », résume Florent Marles, commissaire-priseur de la maison Artesia. Et pour cause : « Après son acquisition en 1865 à Paris, la sculpture est restée dans la même famille tout en changeant de localisation, jusqu’à arriver sur la cheminée d’une demeure malouine. »

Une sainte triomphante de style troubadour
Cette Sainte Élisabeth de Hongrie s’inscrit dans le corpus des saintes triomphantes réalisé par l’artiste, aux côtés de Sainte Geneviève (1841), Sainte Dorothée ou Sainte Réparate (vers 1855). Elle représente la sainte, qui vécut au XIIIe siècle, quittant le château de son mari avec du pain destiné aux pauvres caché dans son manteau. Alors qu’elle risque d’être surprise et punie, un miracle se produit : la nourriture se transforme en pétales de roses. « Les drapés, quant à eux, prennent la forme d’une cuve, laissant penser que la sculpture a peut-être eu pour fonction première celle d’un bénitier, typologie de prédilection de l’artiste. »

L’œuvre constitue ainsi un parfait témoignage du style « troubadour », qui se caractérise notamment par une réappropriation idéalisée de l’imaginaire médiéval. Félicie de Fauveau en fut l’une des plus éminentes représentantes dans le domaine de la sculpture. Elle exerça d’ailleurs une influence sur des auteurs romantiques comme Alfred de Musset et Alexandre Dumas.
Un record mondial pour Félicie de Fauveau
Estimée entre 15 000 et 20 000 euros, Sainte Élisabeth de Hongrie a finalement été adjugée 162 500 euros (avec frais), soit huit fois son estimation basse. Un résultat qui a surpris jusqu’aux vendeurs : « Les héritiers n’imaginaient pas que cette sculpture pouvait valoir autant », confie Florent Marles. L’engouement s’était pourtant dessiné dès l’exposition de l’œuvre dans la capitale : « Lors de sa présentation à Paris, nous avions déjà beaucoup de marques d’intérêt de la part de conservateurs et de collectionneurs venus notamment de Suisse, des États-Unis, d’Angleterre et de Chine. » C’est finalement « un acquéreur international » qui l’a emporté, précise le commissaire-priseur.

Cette compétition s’explique aussi par la rareté de l’artiste en salle des ventes. « Les réalisations de Félicie de Fauveau sont très rares : seules quatre sont apparues sur le marché », souligne Florent Marles. Parmi elles, une Tête d’Holopherne en marbre, réalisée vers 1839-1842, avait été adjugée 63 000 euros (avec frais) chez Sotheby’s Paris en 2021. La Sainte Élisabeth de Hongrie atteint aujourd’hui plus de deux fois et demie ce montant.
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