Le 31 juillet 2020 | Mis à jour le 31 juillet 2020

Guy Savoy : « Les œuvres d’art procurent de telles sensations que vous ne pouvez que créer de belles choses à votre tour. »

par Diane Zorzi

Chef triplement étoilé, à la tête du meilleur restaurant du monde, Guy Savoy est aussi un grand collectionneur d’art. Depuis les années 1980, il se passionne pour la création contemporaine et l’expose dans ses restaurants, conviant ses hôtes à une expérience culinaire autant qu’artistique. Entretien avec le pape de la gastronomie française.

 

Son mille-feuille à la vanille se pare d’une délicate couleur ambrée, ses huîtres scintillent en nage glacée, sur leur lit d’algues verdoyantes… Guy Savoy façonne ses mets comme le peintre compose chacune de ses toiles. Installé au 11 quai de Conti, à la Monnaie de Paris, son restaurant éponyme, sacré pour la quatrième année consécutive « Meilleur Restaurant du Monde », convie à une expérience culinaire autant qu’artistique. Habillé de toiles, fresques ou sculptures signées Fabrice Hyber, Subodh Gupta ou Adel Abdessemed, cet écrin, donnant sur les rives de la Seine, offre un terrain de jeu idéal pour le chef triplement étoilé. Des œuvres d’art qui investissent les cuisines, autant que le bureau et l’appartement de ce pape de la gastronomie française et collectionneur invétéré d’art contemporain.

 

De quand datent vos premières acquisitions artistiques ?

J’ai commencé par acheter des lithographies dès que j’ai ouvert, dans les années 1980, mon premier restaurant rue Duret, dans le 16e arrondissement parisien. J’ai d’abord fait l’acquisition de deux lithographies de Bram van Velde, puis d’une autre signée Pierre Alechinsky et titrée L’eau à la lucarne. Au fil des années, je me suis particulièrement intéressé à l’art contemporain, ainsi qu’aux arts africains et asiatiques.

 

Comment sélectionnez-vous les pièces de votre collection ?

Je fonctionne à chaque fois au coup de cœur. Je ne me considère pas comme un collectionneur car ce terme traduit une démarche besogneuse, une recherche constante. Or je ne cherche pas, je trouve. Il y a vingt-cinq ans par exemple je suis tombé en arrêt devant une petite statue asiatique, une Fat Lady de l’époque Tang, exposée dans une galerie parisienne. Je ne connaissais absolument pas ce type de sculpture et son prix ne correspondait pas à mes moyens. Je suis revenu la voir plusieurs fois et le directeur de la galerie, touché par mon discours, m’a proposé un échéancier sur plusieurs mois pour que je puisse l’acquérir. J’ai également acquis une toile de Fabrice Hyber pour l’un de mes restaurants tout à fait par hasard. J’étais parti pour acheter une côte de bœuf et au détour d’une rue je suis tombé sur la toile, l’ai tout de suite achetée, et en sortant de la galerie la boucherie était fermée !

 

« Et tu, Duchamp » de Subodh Gupta et « Dessine-moi un artichaut » de Fabrice Hyber © Laurence Mouton

 

« Effervescence » de Fabrice Hyber © Marc Domage

 

Vous exposez dans votre restaurant principalement des œuvres d’artistes contemporains. Quels liens entretenez-vous avec eux ?

Je suis devenu très ami avec Fabrice Hyber qui a donné à mes derniers restaurants « Supu Ramen », installés sur le quai des Grands Augustins et rue du Faubourg Poissonnière, une véritable identité artistique, en choisissant le vert fluo comme fil conducteur. Il a fait de ces lieux de véritables œuvres d’art, en réalisant des fresques qui recouvrent aussi bien les murs, que les sols ou les plafonds. J’entretiens également des relations privilégiées avec Adel Abdessemed, Tatiana Trouvé ou encore Fabienne Verdier, avec qui est née une grande complicité. Et puis, il y a quatre ans, j’ai rencontré Pierre Soulages, qui m’a accueilli chez lui à Sète. Je me souviens encore de cet apéritif mémorable durant lequel je n’ai pas osé dire un mot pendant une dizaine de minutes, tant il m’impressionnait par son immense talent.

 

Comment vous est venue l’idée d’exposer des œuvres d’art contemporaines sur les murs de vos restaurants ?

C’est un véritable point d’ancrage pour moi. Lorsque je vois toutes les œuvres que j’aime accrochées au mur, je me sens tout de suite à mon aise, j’ai l’impression de jouer sur mon terrain et peux aller avec confiance à la rencontre de mes convives. C’est ainsi que je conçois l’art. Les œuvres doivent faire partie de mon environnement. Elles sont autant de repères qui permettent de se sentir véritablement chez soi. Cela est vrai aussi bien pour mes restaurants, que pour mon bureau ou mon appartement. A partir du moment où un tableau a été placé à un point précis, il est gravé dans mon espace.

 

 

Guy Savoy devant « Autoportrait à la cigarette » de Pierre et Gilles © RGS

« Lorsque je vois toutes les œuvres que j’aime accrochées au mur, je me sens tout de suite à mon aise, j’ai l’impression de jouer sur mon terrain et peux aller avec confiance à la rencontre de mes convives. C’est ainsi que je conçois l’art. Les œuvres doivent faire partie de mon environnement. »

 

Choisissez-vous les œuvres en fonction du lieu où elles seront exposées ?

Lorsque j’achète une œuvre, je n’ai pas nécessairement en tête l’espace où elle sera exposée. Mais par exemple lorsque François Pinault me prête des pièces de sa collection, nous choisissons ensemble celles qui correspondent le mieux à l’atmosphère du lieu.

 

Ces œuvres d’art sont-elles une source d’inspiration pour vos créations culinaires ?

Inconsciemment, certainement. Le fait même de travailler dans un beau lieu vous place forcément dans les meilleures conditions. Les œuvres procurent un bien-être et de telles sensations que vous ne pouvez que créer de belles choses à votre tour. D’ailleurs, après avoir visité mon restaurant du quai de Conti quelques jours avant son ouverture, Fabienne Verdier m’avait envoyé un message formidable pour me dire que j’avais là un lieu qui me permettrait d’explorer des territoires que je n’imaginais pas encore. Elle avait entièrement raison. Le restaurant est niché dans un bâtiment de 1775 et offre une vue imprenable sur la Seine, le Louvre, le Pont des Arts et le Pont Neuf. Cet environnement est idéal pour créer. Si je m’installais au deuxième sous-sol d’un parking, les choses seraient bien différentes. On se nourrit toujours de l’espace qui nous entoure.

 

« Park #3 » d’Adel Abdessemed © Laurence Mouton

Néon © Laurence Mouton

Avez-vous déjà une idée de vos prochaines acquisitions ?

Il y a de nombreuses œuvres que j’aimerais avoir. Les toiles de Giorgio Morandi me plaisent énormément, même si elles sont hors de mes moyens. J’adorerais également avoir Le Chien d’Alberto Giacometti ou encore une œuvre de Jean Tinguely. Mais je sélectionne les œuvres aussi en fonction de mes moyens financiers.

 

En savoir plus | Découvrez le Restaurant Guy Savoy installé à la Monnaie de Paris

 

Image en Une : Guy Savoy à Las Vegas HD 2 © Brian Leatart

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