Profitons de la vente d’un Bouquet champêtre aux pivoines par Jacqueline Marval (1866-1932) chez Philocale le 10 janvier près d’Orléans pour retracer le parcours d’une peintre avant-gardiste qui a su exister dans un monde artistique très masculin.
« D’origine très modeste, Jacqueline Marval a su se construire une carrière aux côtés des grands artistes de son époque, c’est étonnant qu’elle ne soit pas plus connue aujourd’hui », admire le commissaire-priseur Mathieu Semont qui présentera, à l’occasion de sa vente annuelle Le Beau du monde, un Bouquet champêtre aux pivoines de cette peintre avant-gardiste qui s’illustra au début du XXe siècle.
Une artiste repérée par Ambroise Vollard
Née dans une famille d’instituteurs, Jacqueline Marval (1866-1932) commence par mener une vie rangée, et se marie. Mais la perte de son premier enfant la pousse à tout chambouler : elle part s’installer à Paris vers 1895-1896, travaille d’abord comme couturière, puis comme peintre. Son compagnon, le peintre Jules Flandrin lui fait rencontrer Albert Marquet, Kees van Dongen ou Henri Matisse. En 1901, elle participe au Salon des Indépendants et le célèbre marchand Ambroise Vollard lui achète dix toiles. L’année suivante, elle expose chez Berthe Weill avec Henri Matisse et Jules Flandrin. Et en 1903, son chef d’œuvre, Les Odalisques (désormais au musée de Grenoble) est sélectionné pour le Salon des Indépendants. Le sujet est audacieux puisqu’il s’agit d’une scène de bordel dans laquelle figurent cinq femmes, qui sont toutes des autoportraits de l’artiste. Le galeriste Eugène Druet lui consacrera une cinquantaine d’expositions, collectives et individuelles, et elle sera invitée par de grandes institutions européennes et américaines… Jacqueline Marval participe en 1913 au décor du théâtre des Champs-en réalisant huit panneaux pour le Foyer, autour du thème de l’histoire de Daphnis et Chloé. Eprise de Biarritz dans les années 1920, elle en rapporte des toiles de plages, de baigneuses et de jardins. Mais c’est à Paris qu’elle décède, en 1932.

Une cote liée au sujet
« Notre tableau serait estimé davantage s’il représentait une scène de composition ou un portrait », explique Matthieu Semont. Avec une fourchette comprise entre 3 500 et 4 500 euros, il est proche des derniers résultats obtenus aux enchères : 5 200 euros pour un Paysage au parc en 2024 chez De Baecque, ou 3 100 euros pour une composition de tulipes en juin 2024 chez Surmely et Lannon. Les prix les plus importants sont effectivement atteints pour des portraits, avec un pic à 30 000 euros pour un portrait présumé de Simone Menier en juin 2025 chez Sadde. « Mais cette adjudication reste assez exceptionnelle, et ses portraits ou compositions se vendent en général entre 10 000 et 15 000 euros, les bouquets entre 3 000 et 5 000 euros », énumère le commissaire-priseur. Son huile sur panneau porte une étiquette de la galerie Hebert à Grenoble, qui a exposé l’artiste notamment en 1966, à l’occasion du centenaire de sa naissance, « cela lui donne une bonne traçabilité, l’acheteur devait être le grand-parent de mon vendeur ».