Le 2 août 2021 | Mis à jour le 31 août 2021

Jean Dufy, de Paris à Stockholm

par Diane Zorzi

Alors que le Musée de Montmartre expose dans la capitale « Le Paris de Raoul Dufy », une vue du bois de Boulogne signée de son frère cadet, Jean, sera présentée aux enchères par Jean-Pierre Besch le 15 août à Cannes, aux côtés d’une scène de la vie portuaire suédoise. Estimées à plus de 50 000 euros, ces deux toiles exécutées autour de 1950 témoignent de la virtuosité avec laquelle le peintre fauve parvient à donner vie à ses compositions.

 

Moins connu que son frère Raoul Dufy, de onze ans son aîné, Jean (1888-1964) façonne, sa vie durant, un même univers enchanteur, à travers des toiles aux couleurs éclatantes. Sur les pas des impressionnistes, le peintre installe son chevalet sur le port du Havre, sa ville natale, célébrant au gré d’une touche enlevée les réjouissances des loisirs balnéaires. Bouleversé par sa découverte en 1906 du tableau La Fenêtre ouverte à Collioure d’Henri Matisse, à l’occasion de l’exposition du Cercle de l’art moderne, Jean Dufy adopte une palette franche et pure, propre à retranscrire les émotions ressenties devant le motif. En 1912, à l’issue de son service militaire, le peintre s’installe à Paris où il côtoie Derain, Braque, Picasso et Apollinaire. Si Jean Dufy s’éloigne un temps de la capitale artistique pour rejoindre le Havre, le Limousin et la Touraine, Paris demeure son terrain de jeu de prédilection, jusqu’à ses dernières années, ponctuées de voyages en Europe, de l’Espagne à la Suède.

 

Jean Dufy (1888-1964), Calèches et cavaliers au bois de Boulogne, circa 1950. Huile sur toile signée en bas à droite, 46,5 x 65,5. Estimation : 50 000 – 70 000 euros.

 

Une vue du bois de Boulogne et du port de Stockholm

A Paris, le peintre dépeint les rues animées, les monuments emblématiques telle la tour Eiffel, les bords de Seine et les parcs environnants. Autour de 1950, il livre une vue du bois de Boulogne dominée par un bleu flamboyant qui du ciel s’épanouit au fil de la composition, colorant les promeneurs et bâtiments alentours. A l’instar de son frère, Raoul Dufy, Jean dissocie le dessin de la couleur, au profit d’une stylisation décorative où s’épanouissent courbes et arabesques. La couleur n’est plus circonscrite à un motif minutieusement délimité, elle se libère et joue avec sa tonalité voisine pour révéler tout son éclat et donner vie à la composition. Ses talents de coloriste, Jean Dufy les exerce encore lors de ses voyages en Europe et en Afrique du Nord. Autour de 1953, le peintre séjourne à Stockholm. Sur le modèle des vues panoramiques que son frère réalise depuis la Butte Montmartre ou des collines environnantes de Saint-Cloud et Meudon, Jean Dufy transcrit, au gré de plans verticaux successifs, le fourmillement de la vie portuaire, rythmée par la déambulation des yachts, cargos ou voiliers.

 

Jean Dufy (1888-1964), Stockholm, le port, circa 1953-1954. Huile sur toile signée en bas à gauche, 50 x 61. Estimation : 50 000 – 70 000 euros.

 

Deux toiles estimées de 50 000 à 70 000 euros

De son vivant, Jean Dufy bénéficie du soutien de la critique et des institutions. Ses œuvres intègrent des musées prestigieux, à l’instar du Centre Pompidou ou du MoMa à New York et sont dévoilées au public à l’occasion d’expositions successives à la galerie Berthe Weil, au Salon d’automne ou à l’Exposition universelle de 1937, pour laquelle il réalise avec son frère une fresque monumentale de 600m² célébrant la Fée électricité et destinée à orner l’intérieur du pavillon conçu par Mallet-Stevens. Mais Jean Dufy est longtemps resté dans l’ombre de son frère qui ne fit aucune mention de cette collaboration fructueuse. Ce n’est qu’à l’aube des années 2000 que le public redécouvre véritablement l’œuvre virtuose du maître fauve, sous l’impulsion de l’expert et galeriste Jacques Bailly qui lui consacre un catalogue raisonné dans lequel les deux œuvres cannoises sont d’ores et déjà répertoriées. Sur le marché, les œuvres de Jean Dufy demeurent plus accessibles que celles de son aîné. Le premier a obtenu un record d’enchères à 482 946 euros en 2005 à Londres, tandis que le second jouit d’une cote particulièrement soutenue, avec un record enregistré à près de 6 millions d’euros en 2007 à Londres pour La foire aux oignons de 1907. Le 15 août, les enchérisseurs devront compter quant à eux sur une estimation comprise entre 50 000 et 70 000 euros pour acquérir l’un de ces deux témoignages emblématiques des dernières années de Jean Dufy.

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