Jérémy Richard, généalogiste et collectionneur d’objets historiques

19/03/2020

Directeur du bureau cannois de l’étude de généalogie Andriveau, Jérémy Richard se passionne depuis dix ans pour les ventes aux enchères. Historien de formation, il sillonne les salles des ventes et épluche les catalogues à la recherche de manuscrits, lettres autographes, livres anciens, photographies dédicacées ou objets de curiosité dont il pourra prolonger l’histoire. Il nous raconte sa passion pour la collection…

 

D’où vous vient le goût de la collection ?

Je suis historien de formation et il y a une petite dizaine d’années, j’ai obtenu un poste à Paris de généalogiste à l’étude Andriveau. Par l’intermédiaire de mes dossiers, j’ai commencé à fréquenter les salles des ventes et je me suis pris d’une véritable passion pour les enchères. 

 

En quoi consiste le travail de généalogiste ?

Nous intervenons lors de successions pour lesquelles il manque des héritiers. Nous faisons des recherches pour retrouver les légataires, et parfois, faisons appel aux commissaires-priseurs pour effectuer l’inventaire des biens mobiliers. Aussi je suis en contact régulier avec les maisons de ventes telles que Cannes Enchères, depuis que je suis installé dans le sud, ou encore l’étude de Matthias Jakobowicz, avec qui j’ai travaillé à plusieurs reprises lorsque j’étais encore à Paris. Je me souviens d’ailleurs d’un inventaire exceptionnel pour lequel nous l’avions sollicité. Nous nous étions rendus dans un appartement en Seine-et-Marne et nous y avions découvert pour plus de 100 000 euros d’œuvres d’art ! Il y avait notamment une très belle toile de jeunesse du peintre abstrait Auguste Herbin (1882-1960) qui représentait une maison du sud de la France et qui a été adjugée à plus de 40 000 euros.

 

« Ce qui m’importe c’est surtout l’intérêt historique ou artistique des objets. En les intégrant à ma collection, je veux prolonger leur histoire, faire en sorte qu’ils vivent avec moi une nouvelle histoire. »

 

Que collectionnez-vous ?

Je collectionne principalement des manuscrits, des lettres autographes, des photographies annotées et des livres anciens. J’ai acquis par exemple une vieille bible de 1724, un Bulletin des lois de 1814, ou encore une lettre autographe de Jean Cocteau de 1941. Cette lettre n’avait pas d’intérêt artistique ou philosophique particulier, mais je la trouvais particulièrement drôle car Cocteau y donnait son accord pour des travaux de plomberie, alors que nous étions au beau milieu de la guerre ! J’ai également acquis une photographie de Cocteau et Jean Marais à Marnes la Coquette, annotée par Jean Marais, ainsi qu’une photographie dédicacée de Johnny Halliday à ses débuts. Et je m’intéresse aussi à divers petits objets qui suscitent la curiosité ou qui ont un rapport avec l’ésotérisme. La semaine dernière, lors d’une vente organisée par Cannes Enchères, j’ai ainsi acheté un magnifique verre en cristal franc-maçon de 1830, ainsi qu’un tablier de maître en peau, soie et laiton de 1850, provenant d’une loge suédoise et dont le décor « exotique » m’a particulièrement plu. Ce qui m’importe c’est surtout l’intérêt historique ou artistique des objets. En les intégrant à ma collection, je veux prolonger leur histoire, faire en sorte qu’ils vivent avec moi une nouvelle histoire.

 

 

Vous semblez entretenir un lien très intime avec chaque pièce de collection. Vous arrive-t-il toutefois de vous séparer de certaines d’entre elles ?

Non, je ne revends jamais car il ne s’agit pas d’achats compulsifs. J’évite d’acheter tout ce que je vois. Je ne veux pas m’éparpiller. Il faut que l’objet me parle et qu’il puisse trouver sa place dans mon appartement. Je ne veux pas que mes achats restent dans un tiroir. Il est important pour moi de les mettre en valeur, de les exposer. Je demande toujours l’avis de mon épouse qui est historienne et qui apprécie aussi beaucoup les enchères. Je lui ai d’ailleurs trouvé récemment une très belle paire de boucles d’oreilles en diamants estampillées du XIXe siècle… 

 

Quelle a été votre acquisition la plus folle ?

Cette passion de la collection donne parfois lieu à des scènes pittoresques. Récemment, par exemple, j’ai enchéri en direct sur le live d’Interencheres alors que j’étais en train de m’acheter une paire de chaussures ! Mais mon acquisition la plus folle reste une petite statuette de Napoléon Ier, d’une douzaine de centimètres, qui était mon premier achat d’objet historique et que j’ai probablement acquise deux à trois fois le prix qu’elle valait réellement ! J’aimais la façon dont elle avait été exécutée, montrant un Napoléon pensif, grave et solitaire. De plus, la présence d’un boulet de canon aux pieds de l’Empereur, évoquant les guerres napoléoniennes, semblait indiquer que cette statuette avait été fondue à partir des restes d’un boulet. En définitive, j’aimais son histoire, je la voulais absolument et j’étais face à un collectionneur qui n’en démordait pas non plus. Les enchères sont donc montées très rapidement et je l’ai finalement eue autour de 500 euros. 

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