Avec sa vente du 26 juin, la maison de vente Boisseau-Pomez à Troyes rend hommage au regard et à l’engagement d’un couple passionné d’Art africain, Sylvia et Henry Gygax.
Figures emblématiques du monde des collectionneurs d’art d’Afrique en Suisse et au-delà, Sylvia et Henry Gygax ont posé un regard libre et sensible sur leurs 450 objets dispersés par la maison Boisseau-Pomez à Troyes le 26 juin. L’expert de la vente Christian-Hervé Njiensi l’admet : « un des aspects les plus intéressants de la vente est bien de voir comment cette collection a été constituée. Les Gygax ont commencé par acheter aux Sablons à Bruxelles, ensuite ils ont adhéré à des associations de spécialistes, ont fait connaissance avec des experts dont Jacques Kerchache, sont allés sur place en Afrique de l’Ouest acheter des œuvres… ». Le couple vivait à Bruxelles dans une demeure pleine de charme, véritable cabinet de curiosités fruit de plusieurs décennies d’exploration, de rencontres, de lectures et de voyages au cœur des cultures africaines.
Un ensemble inédit d’objets Mambila
C’est au cours de ces voyages en Afrique de l’Ouest qu’ils ont rencontré les Mambila. Au catalogue, 35 objets viennent de ce groupe ethnique vivant le long de la frontière entre le Nigéria et le Cameroun « alors que dans les ventes d’art africain, on voit en général une ou deux pièces maximum, c’est un ensemble inédit », souligne l’expert. Il définit ainsi la statuaire Mambila : « Si l’on compare avec l’histoire de l’art européenne, leurs sculptures ne sont pas académiques, elles seraient plus proches de l’Art brut. De plus, il s’agit souvent d’objets thérapeutiques ». Pour exemple, une statue ancienne Tadep, liée à une association de guérison Suaga, en bois incrusté d’une profonde patine brun-foncé (1 500 à 2 500 euros).
Par Hôtel des Ventes de Troyes à Troyes le 26/06/2025 : Mambila, Vallée de la Donga, Nigéria/Cameroun.
Bois incrusté d’une profonde patine brun-foncé, pigments.
Remarquable et ancienne statue « Tadep » liée à une association de guérison « Suaga ».
Le personnage à la sculpture magistrale, est représenté debout sur de courtes jambes au contour en zig zag, le ventre gravide et la main gauche dans un geste caractéristique pose sa main sur le menton. Cette statue se distingue par les proportions de la tête au visage triangulaire adouci par le contour supérieur dessinant un cœur, les yeux en « grain de café », la bouche ouverte et la coiffure compacte composée de petites chevilles de bois.
Lorsqu’ils n’étaient pas utilisés, les « tadep » étaient stockés dans des greniers, avec d’autres accessoires
Haut : 31 cm.
Fentes. Voir le lot
Par Hôtel des Ventes de Troyes à Troyes le 26/06/2025 : Mambila, Vallée de la Donga, Nigéria/Cameroun.
Bois, pigments, poudre de camwood et kaolin,
Dans la culture Mambila, peuple d’agriculteurs et d’éleveurs, les masques sont utilisés pour de nombreux types de cérémonies.
Le masque corbeau « Suaga ou Suah dua » de la société « Kurum » est sculpté en forme de casque à deux cornes, un museau ouvert et des yeux proéminents. Ils sont portés avec des combinaisons en fibres de banane et en plumes et sortent deux fois par an lors des danses de plantation et de récolte ou lors des cérémonies pendant lesquelles les jeunes hommes deviennent membres de « Suah », la société secrète de fabrication des masques.
Haut : 50 cm.
Note : Littéralement « Suah dua » signifie « grand masque ». Les corbeaux sont répandus sur le plateau de Mambila.
Littérature: Schädler, Karl-Ferdinand, Lexikon Afrikanische Kunst und Kultur, Munich, Berlin 1994, p. 269 Northern, Tamara, Expressions de l’art camerounais, The Franklin Collection, 1986, p. 61, ill. 54. Voir le lot
Par Hôtel des Ventes de Troyes à Troyes le 26/06/2025 : Masque corbeau « Suaga » de la société « Kurum », Mambila, Vallée de la Donga, Nigéria/Cameroun.
Bois, pigments naturels.
Dans la culture Mambila, peuple d’agriculteurs et d’éleveurs, les masques sont utilisés pour de nombreux types de cérémonies.
Haut : 46 cm. Voir le lot
Par Hôtel des Ventes de Troyes à Troyes le 26/06/2025 : Masque corbeau « Suaga » de la société « Kurum », Mambila, Vallée de la Donga, Nigéria/Cameroun.
Bois, pigments naturels.
Haut : 49 cm Voir le lot
Par Hôtel des Ventes de Troyes à Troyes le 26/06/2025 : Grande statue d’ancêtre, gardienne des maisons. Mumuye, Nigéria.
Bois dur, patine sombre.
Haut : 115 cm. Voir le lot
Par Hôtel des Ventes de Troyes à Troyes le 26/06/2025 : Mambila, village de Tangana, Nigéria/Cameroun.
Bois, pigments.
Cette statue à petite cavité dorsale était chargée d’assurer la protection du voyageur lors de la visite du tombeau des ancêtres.
Haut : 22 cm.
Figure reprise à la page 51 dans l’étude de la famille Gygax sur les Mambila. Voir le lot
Par Hôtel des Ventes de Troyes à Troyes le 26/06/2025 : Figure masculine d’ancêtre, Plateau Nord, Mambila, Nigéria/Cameroun.
La sculpture mambila, dans ses plus belles expressions, incarne l’intensité et une force maîtrisée. Les figures d’ancêtres, perçues comme des réceptacles des esprits ancestraux, jouaient un rôle central dans le bien-être des vivants. Leur bienveillance était sollicitée pour garantir la santé, la fertilité, de bonnes récoltes, la réussite à la chasse et à la pêche, ainsi que le succès dans les échanges — en somme, pour assurer la prospérité matérielle de la communauté.
Haut : 39 cm. Voir le lot
Par Hôtel des Ventes de Troyes à Troyes le 26/06/2025 : Figure masculine d’ancêtre, Plateau Nord, Mambila, Nigéria/Cameroun.
Cette statue illustre les traits récurrents des représentations mambila : un visage doux en forme de cœur, ainsi qu’une énergie contenue, presque vibrante, transmise par les bras et les jambes pliés dans un mouvement rythmique.
Les figures d’ancêtres, perçues comme des réceptacles des esprits ancestraux, jouaient un rôle central dans le bien-être des vivants. Leur bienveillance était sollicitée pour garantir la santé, la fertilité, de bonnes récoltes, la réussite à la chasse et à la pêche, ainsi que le succès dans les échanges — en somme, pour assurer la prospérité matérielle de la communauté.
Haut : 40 cm. Voir le lot
Par Hôtel des Ventes de Troyes à Troyes le 26/06/2025 : Mambila, Vallée de la Donga, Nigéria/Cameroun.
Bois,
Rare statue « Tadep » à rapprocher de celle de la collection du Docteur Dr. Walter Wallace, Princeton, N.J. (Arkhade QFF-191258).
Haut : 46 cm. Voir le lot
Par Hôtel des Ventes de Troyes à Troyes le 26/06/2025 : Mambila, Vallée de la Donga, Nigéria/Cameroun.
Statue « Tadep » en bois servant à des fins thérapeutiques et représentant un personnage masculin debout, Les bras ramenés sur le torse et les mains en forme de pinces de crabe. On peut noter le ventre et le bas du dos ornés de protubérances et les deux cornes qui dominent la statue.
Haut : 48 cm.
Provenance : Acquis à la galerie Alain Naoum, Bruxelles. Voir le lot
Par Hôtel des Ventes de Troyes à Troyes le 26/06/2025 : Mambila, Vallée de la Donga, Nigéria/Cameroun.
Bois, pigments naturels.
Rare trompe anthropomorphe à embouchure latérale arrondie.
Haut : 39 cm. Voir le lot
Par Hôtel des Ventes de Troyes à Troyes le 26/06/2025 : Mambila, Vallée de la Donga, Nigéria/Cameroun.
Moelle de palmier raphia, pigments naturels, plumes.
Figure « Kike » utilisée dans les rituels thérapeutiques et constituée de trois morceaux réunis par un lien d’écorce. Cette silhouette féminine s’inscrit dans une forme quadrangulaire,
les bras mobiles attachés par de petites chevilles de bois sont dirigés vers l’avant.
Haut : 30 cm.
Note : Figure reprise à la page 49 dans l’étude de la famille Gygax sur les Mambila Voir le lot
Par Hôtel des Ventes de Troyes à Troyes le 26/06/2025 : Mambila, Vallée de la Donga, Nigéria/Cameroun.
Moelle de palmier raphia, pigments naturels.
Figure « Kike » du village de Kara utilisée dans les rituels thérapeutiques. Le personnage est grand pour ce type d’objet, frontal, et très expressif.
Haut : 43 cm.
Note : Figure reprise à la page 50 dans l’étude de la famille Gygax sur les Mambila. Voir le lot
Par Hôtel des Ventes de Troyes à Troyes le 26/06/2025 : NIGERIA. Masque Anthropomorphe Ejagham, première moitié XXe siècle. Dim : 40 x 43 cm. Ce masque en bois recouvert de peau, représentant un cimier africain, est un exceptionnel exemplaire de la société guerrière Nkowe des Ejagham, un groupe ethnique du complexe culturel Ekoï. Le masque, caractérisé par deux visages adossés – l’un noirci, l’autre jauni – reflète un souci de fidélité naturaliste, avec des bouches ouvertes et des dents apparentes, ainsi que des tatouages marquant le visage. Ce type de masque est associé aux rituels de danse et à l’art des Ekoï, un peuple situé au sud-est du Nigeria, dans la région de la Cross River, et à l’ouest du Cameroun.
Provenance :
– Alain Dufour – Galerie Afrique, Saint-Maur/Ramatuelle, France
– Lucien Van de Velde, Anvers, Belgique, circa 1970
– Comte Baudouin de Grunne, Belgique, 1975
– Sotheby’s Londres « Primitive Art », Juillet 1975, Lot 175
– Prof. Pol-Pierre Gossiaux, Belgique
– Bernard Descamps, artiste-Sculpteur, Belgique
– Stephane & Etienne, Loiseau – Zajega, Belgique
Publication : Expo Cat, Ekoî, Paris Tribal, 10Eme édition, 2023, P.20-21.
Littérature : Ekoi, Karl-Ferdinand Schaedler, Panterra Verlag, Munich, 1984.
Experte : Aurore Krier-Mariani – Aka consulting – 06.17.18.11.36 – [email protected]
Complément d’étude sur les masques Ejagham :
Ces précisions viennent enrichir la compréhension de la tradition rituelle liée aux masques Ejagham. Elles développent certains points techniques et symboliques essentiels à l’interprétation de cette oeuvre rituelle.
Mise en lumière sur la minutie Ejagham : ce masque en bois recouvert de peau se révèle être une oeuvre d’une grande richesse, à la fois technique et symbolique. Il s’inscrit dans une tradition rituelle millénaire où le procédé de recouvrement – exclusif aux traditions Ejagham/Ekoi – symbolise une dualité essentielle.
Les visuels montrent que la représentation à double visage – l’un sombre, l’autre clair – n’est pas fortuite. Ce jeu de contrastes souligne la volonté de rendre une fidélité naturaliste en capturant des traits distinctifs et expressifs. Ces détails iconographiques participent à l’identité même du masque, attestant de son rôle dans les rituels liés à la société guerrière Nkowe.
Les deux visages, l’un noirci et l’autre jauni, témoignent d’une approche naturaliste poussée dans la représentation des forces opposées de la vie et de la mort, aspects centraux dans les rites de la société guerrière Nkpwe. L’usage de marques rituelles – comme les tatouages et les bouches ouvertes exhibant des dents – vient renforcer le caractère sacré du masque, qui ne se contente pas d’être une oeuvre d’art, mais devient un instrument de médiation entre le monde matériel et le monde des esprits.
Ces précieuses informations rejoignent les constats déjà établis par Karl-Ferdinand Schaedler dans l’ouvrage Ekoi, Panterra (1984), et confirment la singularité de cette technique, tout en illustrant l’importance du contexte culturel et rituélique des Ejagham. Ainsi, tant sur le plan technique que symbolique, ce masque représente une contribution unique à l’histoire de l’art.
⚠️ Ce catalogue est une vitrine des lots que nous présentons dans la vente Ivoire Live Tour du 21 mai.
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Par Hôtel des Ventes de Troyes à Troyes le 26/06/2025 : Baoulé, Cote d’Ivoire.
Bois à patine sacrificielle, métal.
Importante statue de singe « Gbekre » représenté debout sur un socle, les jambes fléchies et les deux mains en avant tenant le bol destiné à recevoir les offrandes. Ce type de sculpture était destiné à se ménager les grâces du cynocéphale dévastateur des cultures en pays Baoulé.
Haut : 65 cm. Voir le lot
Par Hôtel des Ventes de Troyes à Troyes le 26/06/2025 : Bamana, Mali.
Bois, argile, matières organiques, traces sacrificielles.
Puissant et fascinant « Boli » lié à la société d’initiation masculine du Kono.
Conservé dans un sanctuaire à l’abri du regard des non-initiés, il est l’objet le plus sacré des Bamana par sa capacité à capter, accumuler et contrôler une énergie vitale, le nyama, sorte de force naturelle et spirituelle.
Haut : 50 cm. Long : 65 cm.
Note 1 : Une carte de Johann LEVY accompagnant l’ouvrage « Boli » et adressée au couple Gygax indique : « En vous souhaitant bonne réception de ce dossier indicatif et en espérant que cette extraordinaire sculpture vous donne envie de l’entourer de compagnons aussi digne que lui et de vous… ».
Note 2. Une radiographie de l’œuvre a été effectuée. Voir le lot
Par Hôtel des Ventes de Troyes à Troyes le 26/06/2025 : Ibibio, Nigéria.
Bois, patine épaisse noire et brillante.
Remarquable masque « Mmfon ekpo » à l’image d’un visage féminin serein aux lignes douces et aux traits réguliers. La qualité et le soin apporté à la haute coiffure sophistiquée indique l’importance de la femme ici incarnée en esprit bienveillant.
Haut : 45 cm. Voir le lot
Figures d’ancêtres et masques corbeaux
Cette ethnie rendait également hommage à ses ancêtres, comme le montre cette série de figures d’ancêtres en bois (entre 400 et 600 euros pièce), qui portent toutes les traits caractéristiques des représentations Mambila : « un visage doux en forme de cœur, et une énergie dans la posture. Ces figures jouaient un rôle central dans le bien-être des vivants, et leur bienveillance était sollicitée pour la santé, la fertilité, les bonnes récoltes, la réussite à la chasse… », ajoute Christian-Hervé Njiensi. Notons également les très beaux masques Suaga de la société Kurum, inspirés des corbeaux, et qui étaient utilisés dans de nombreuses cérémonies (entre 800 et 1 200 euros).
Dans un esprit de partage de leurs connaissances, les Gyrax ont fréquemment prêté des pièces de leur collection aux grands musées internationaux, et ils travaillaient sur un ouvrage de référence sur les Mambila qui n’a malheureusement pas encore été édité. « Nous aurions pu prendre uniquement les grosses pièces pour cette vente, mais nous avons choisi de rester dans la même dynamique que les collectionneurs, en proposant des œuvres financièrement très accessibles, se félicite l’expert, l’idée d’une telle dispersion est aussi de transmettre le flambeau de la collection ».