Le 20 décembre 2023 | Mis à jour le 14 mars 2024

La cote des céramiques de Picasso pour Madoura

par Clémentine Pomeau-Peyre

Le 30 décembre, l’étude Besch Cannes Auction propose dans sa vente Art Passion six céramiques de Picasso pour Madoura, estimées entre 2 500 et 60 000 euros. Retour sur ce marché actif, dont les prix ne cessent de grimper depuis 20 ans.

 

Tout est né de la rencontre de deux fortes personnalités, Pablo Picasso et Suzanne Ramié. Nous sommes en 1947, le peintre est au sommet de son art lorsqu’il rencontre à Vallauris le couple Ramié, Suzanne et Georges. « Suzanne Ramié non plus n’était pas de Vallauris, elle s’y installe dans les années 1930 et commence une activité de céramiste en inventant des formes très contemporaines, à l’image de ce que fait Georges Jouve à la même époque. Et lorsque Picasso s’installe dans son atelier il commence par s’inspirer de ses créations », détaille le commissaire-priseur Jean-Pierre Besch. La visite du peintre espagnol est prévue pour quelques mois, il va rester plus d’un an, et sa collaboration avec Suzanne Ramié durera 24 ans, donnant naissance à environ 4 500 céramiques, dont environ 600 vont être éditées. 

« Leur accord de départ était simple, poursuit le commissaire-priseur, elle lui prêtait son atelier et son personnel de tourneurs ou décorateurs, lui travaillait sur des prototypes qui étaient ensuite édités ». Les séries de « céramiques de Picasso atelier Madoura », ont compté entre 100 et 500 exemplaires maximum. De petites séries donc, qui ont permis au marché de se développer sereinement. Il n’y a pas eu de nouveaux tirages, et à la mort de Suzanne Ramié, les moules sont restés aux mains de son fils Alain, Pablo Picasso ayant précisé dans son testament qu’il offrait les droits d’auteur à la famille Ramié. 

 

Des céramiques estimées de 2 500 à 60 000 euros

« Le fils de Suzanne, Alain Ramié, est un photographe de formation, et il s’est chargé d’établir le catalogue raisonné de l’ensemble des céramiques de Picasso, avec toutes leurs caractéristiques, et le nombre d’exemplaires édités, se félicite le commissaire-priseur de Cannes, le seul hic est que ce catalogue est difficile à trouver même en anglais, il se vend 1 500 à 2 000 euros lorsqu’il passe aux enchères… J’ai la chance d’en avoir un qui m’a été offert par Alain Ramié ». 

C’est avec ce précieux document que Jean-Pierre Besch travaille, depuis plus de 20 ans, sur les céramiques de Picasso présentées dans ses ventes. Sur l’évolution des cotes, il souligne que les coupelles ou petits cendriers qui se vendaient 150 à 200 euros dans les années 2 000 atteignent désormais 800 à 1 000 euros. Ensuite, tout dépend de la taille, du nombre d’exemplaires, de la difficulté de réalisation, du dessin… Dans les six céramiques figurant au catalogue du 30 décembre, trois pichets sont estimés entre 2 000 à 3 000 euros et 25 000 à 30 000 euros. Le premier est de petite taille (13 cm), édité à 500 exemplaires, et bicolore. Le second (5 000 à 6 000 euros) figure un hibou en bleu et blanc (hauteur 24,5 cm, tirage de 500 exemplaires). Et le dernier mesure 30,5 cm, le dessin est plus sophistiqué (il représente une femme, avec trois couleurs) et le tirage est de 100 exemplaires seulement. Plus accessibles, il faut également citer la plaque murale représentant quatre danseurs (450 exemplaires, 2 500 à 3 000 euros), une assiette ronde illustrée d’une scène de tauromachie, autre thème de prédilection de l’artiste (100 exemplaires, 5 000 à 6 000 euros). 

Le lot affichant l’estimation la plus élevée dans cette catégorie de la vente est encore un pichet mais de plus grande taille (37,5 cm), avec un beau décor de tête. « Femme du Barbu », est estimé 50 000 à 60 000 euros, « il y a une vingtaine d’années, il se vendait autour de 20 000 euros aux enchères à New York », souligne le commissaire-priseur.

 

 

Un marché actif qui progresse depuis 20 ans

Des séries bien identifiées et limitées, le nom de Picasso, la qualité des céramiques : tels seraient donc les secrets de ce marché toujours actif et en progrès. « C’est aussi la période, avance Jean-Pierre Besch, elle correspond à la dernière phase de la vie de Picasso, et cette rencontre de l’immense artiste avec la communauté de Vallauris, c’est une très belle histoire ». Ces pièces sont aujourd’hui recherchées en France qu’à l’international (surtout en Amérique du Nord), particulièrement par les amateurs d’art moderne et de sculptures. C’est une manière de s’offrir, à un prix encore accessible, l’œuvre d’un géant du XXe siècle : « Il y a une céramique de Picasso dans chaque grande collection, je connais un collectionneur qui a installé des niches pour les accueillir dans sa salle à manger », évoque le commissaire-priseur. La légende dit qu’après son arrivée à Vallauris, Picasso aurait confié à André Malraux : « J’ai fait des assiettes, on peut manger dedans ». Il n’est pas certain que les amateurs s’y risquent… 

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