Le 26 mars à Enghien-les-Bains, Isabelle Goxe et Laurent Belaïsch dévoileront aux enchères un ensemble exceptionnel d’œuvres et archives de Roderic O’Conor, un peintre irlandais qui s’établit à Pont-Aven à la fin du XIXe siècle. Au catalogue figurent notamment de rares correspondances témoignant des liens d’amitié que l’artiste noua avec Paul Gauguin et Charles Filiger.
A la fin du XIXe siècle, une petite ville reculée de Bretagne fait de l’ombre à la capitale. Blottie au fond d’un vallon verdoyant, rythmée de rochers en granit chahutés par les flots, Pont-Aven attire les peintres du monde entier. A rebours de l’industrialisation, les artistes entendent réenchanter le monde et renouer avec un paradis perdu en cette contrée sauvage où persistent encore une catholicité rurale vigoureuse, la croyance en des phénomènes occultes, des traditions et rituels ancestraux. Si les peintres américains s’y établissent dès les années 1850, c’est à l’arrivée de Paul Gauguin en 1886 qu’afflue une poignée d’artistes avant-gardistes qui allait bientôt former l’Ecole de Pont-Aven et bouleverser le cours de l’histoire de l’art.
Aux Français Emile Bernard, Paul Sérusier, Maurice Denis, Charles Filiger ou Maxime Maufra succèdent des artistes étrangers à l’instar de Burrell, Donaldson, Meyer de Haan, Mortimer Menpès, Slewinski, Thorndike ou encore Roderic O’Conor. De ce peintre irlandais, proche de Paul Gauguin, une vente aux enchères prévue le 26 mars à Enghien-les-Bains dévoile un ensemble exceptionnel d’œuvres et archives. « J’ai retrouvé cet ensemble dans les combles d’une maison familiale angevine, détaille la commissaire-priseur Isabelle Goxe. L’aïeul, antiquaire brocanteur, avait acheté au lendemain de la mort de René Honta, l’épouse d’O’Conor, des photographies, archives, correspondances, dessins, esquisses et toiles qui demeuraient dans la maison du peintre ».
Roderic O’Conor, un peintre irlandais à Pont-Aven
Né dans une famille bourgeoise établie à Milton, en Irlande, Roderic O’Conor (1860-1940) se forme au sein d’écoles d’art londoniennes et à l’Académie Saint-Luc à Anvers, avant de faire de la France sa terre d’élection. En 1887, alors qu’il s’installe à Paris pour étudier dans l’atelier de Carolus-Duran, il séjourne une première fois à Pont-Aven, au sein de la pension de Marie-Jeanne Gloanec qui, proposant des tarifs attrayants, offre aux artistes toutes les commodités nécessaires à leur épanouissement artistique. « Il résidera par la suite de longues années à Pont-Aven, où il rencontre en 1892 Bernard, Sérusier, Seguin, Filiger, Chamaillard, avant de se lier d’amitié avec Gauguin revenu en 1894 de son premier voyage de Tahiti », explique l’experte Irénée Brun.
A la vente, une lettre inédite illustre les liens privilégiés que nouèrent Roderic O’Conor et Paul Gauguin. Dans cette missive rédigée en 1895, Gauguin confie à son ami son désir de rejoindre en solitaire les îles Marquises en dépit de la maladie et de ses difficultés financières. « Je suis maintenant assez malade. Et je ne pourrai me risquer à partir qu’en Mai. Cette fois, ce sera le bon coup. Puisque je ne dois plus partir que seul, je pars quand même pour les îles Marquises cela me fatigue de tenter les combinaisons je partirai avec ce que j’ai d’argent et advienne que pourra. Peut-être d’ici un an j’aurai trouvé le reste en mon absence. C’est vous dire que d’ici Mai je cherche à avoir le plus possible. »
La vente témoigne également des liens d’amitié que Roderic O’Conor noua avec le peintre anglais Joseph Milner-Kite, l’artiste américain Francis Brooks Chadwick, ainsi qu’avec les peintres français Ernest de Chamaillard, Arman Seguin et Charles Filiger. Quatorze lettres autographes rédigées entre 1896 et 1904 révèlent le regard que Charles Filiger porta sur ses confères de l’école de Pont-Aven, à l’instar d’Arman Seguin dont il interroge la production : « Je ne vois absolument rien de marquant dans ce que Seguin a produit, écrit-il, mais peut-être n’ais-je pas tout vu ? […] il y a un je ne sais quoi « qui manque » c’est toujours hâtif comme si le temps lui avait manqué ». Cette correspondance exceptionnelle révèle encore « l’homme, son travail, ses crises de mysticisme et ses tourments », détaille l’experte.
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Paul GAUGUIN, peintre français (1848-1903) Lettre autographe signée adressée au peintre Roderic O’Conor. 2 pp. in-8. [Probablement vers la fin février ou début mars 1895, voir lettre de Chaudet du 12 mars 1895]. Légère marque de pliage sur la première page, sans gêne au texte.Très belle et importante lettre qui semble inédite. Merci ! J’ai reçu l’argent que Seguin m’a apporté un soir avant de partir pour Pont-Aven. Je suis maintenant assez malade. [Gauguin avait attrapé la syphilis] Et je ne pourrai me risquer à partir qu’en Mai. Cette fois, ce sera le bon coup. Puisque je ne dois plus partir que seul, je pars quand même pour les îles Marquises cela me fatigue de tenter les combinaisons je partirai avec ce que j’ai d’argent et advienne que pourra. Peut-être d’ici un an j’aurai trouvé le reste en mon absence. C’est vous dire que d’ici Mai je cherche à avoir le plus possible. J’espère que mon Eve n’a pas perdu à être revue souvent et que vous n’en êtes pas dégouté… .[On sait qu’August Strinberg refusa de faire la préface du catalogue de l’exposition vente de Gauguin à l’hôtel Drouot, où figurait en particulier son Eve, ne la trouvant pas à son goût ce qui certainement perturba le peintre, pour avoir quelques doutes sur sa réalisation. Le suédois dans une longue lettre expliquera son refus. Je ne peux pas saisir votre art et je ne peux pas l’aimer…. J’ai tenté moi même de sérieux efforts pour vous classer… Je vis sur les murs de votre atelier ce tohu-bohu de tableaux ensoleillé qui m’ont poursuivi cette nuit dans mon sommeil…Monsieur, disais-je dans mon rêve, vous avez créé une nouvelle terre et un nouveau ciel, mais je ne me plais au milieu de votre création. Elle est trop ensoleillée pour moi, qui aime le clair obscur. Et dans votre paradis habite une Eve, qui n’est pas mon idéal… . En novembre 1894, Gauguin écrivait à Daniel de Monfreid, qu’il partirait aux iles, en compagnie de 2 compagnons, un français et un anglais. Cette éventualité ne semble plus être une évidence, puisque qu’il entreprit ce voyage seul, le révélant dans cette lettre. Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Charles FILIGER, peintre français (1863-1928) correspondance de 14 lettres autographes signées au peintre Roderic O’Conor. De 1896 à 1904. 31 p. _ in-8. Papier jauni et fragilisé avec sur certaines de ces lettres, des petits manques. Exceptionnelle correspondance qu’il conviendrait de citer dans son intégralité révélant l’homme, son travail, ses crises de mysticisme, ses tourments et son regard sur ses confrères, les peintres de l’école de Pont-Aven.Décembre 1896. Il a laissé passer du temps à lui écrire, mais depuis son dernier voyage à Paris, j’ai toujours eu mille tracas et je n’ai pu me tourner à la fois de tous côtés. Je viens à vous presque en dernier et ce n’est pas bien. Je l’avoue, mais les choses s’en vont ainsi par le monde : les amis viennent toujours en dernier . Il a eu des nouvelles par Jourdan, qui vous a visité à Rochefort. Et notre artiste de Malestroit que devient-il ? Je lui ai écrit dernièrement mais je pense qu’il n’a pas dû être des plus enchantés de ma lettre ? Que voulez-vous. Je n’espère plus rien après le peu que j’ai et si mes pinceaux ne me valaient quelque argent, je ne sais trop ce que je ferais ici. Depuis longtemps je suis à bout de courage et je ne me vois pas retournant dans le monde à aucun prix et à quoi sert de parler… . Hameau de Kersulé, près du Pouldu, mardi août 1898. Il le suppose toujours à Pont-Aven et lui avoue qu’il a gardé un simple mais profond souvenir depuis qu’il l’a vu. Je vis en dehors de tout : Je passe mes jours à travailler un peu- à être malade (c’est si bon de souffrir)…. et surtout de souffrir en secret et les longues années ne me sont pas plus que des minutes d’éternité.. Un mot si vous voulez bien vous déranger n’est-ce-pas ? Vous verrez ou reverrez le »Jugement Dernier » que je suis à achever enfin. Je tiens toujours à votre disposition le carton de Gauguin qui autrefois sut vous plaire. Envoyez-moi une petite étude de vous en paysage comme vous en faisiez il y a quelques années – avec du bleu, du blanc, du rouge, car cela n’est pas pour me déplaire… . Sans date, probablement vers octobre/novembre 1900. Lan March, Pouldu. Il souhaite savoir si Filiger est toujours à Pont-Aven et l’informe de son déménagement. J’habite maintenant tout au bord de la côte, dans une maison isolée. J’ai eu bien des ennuis moraux surtout depuis que je vous ai vu et vous serez peut-être étonné du changement qui s’est fait en moi . Il a eu des nouvelles assez tristes de Seguin, mais cela ne vous intéresse peut-être guère en ce moment – à cette heure ?… Miss Causland a quitté le Pouldu fin septembre et je ne sais ce qu’elle est devenue depuis lors… [Katherine Mac Causland, peintre, dite Miss Mac (1859-1928), vint en France avec de nombreux peintres irlandais, elle sera souvent à Pont-Aven et rencontrera le peintre américain, Guy Maynard (1856-1936) qui deviendra son compagnon]. Il interroge O’Conor. Vous êtes peut-être plus heureux que moi ?… Votre toujours franche façon d’agir à mon égard + malgré une certaine raideur d’outre Manche + voulue plutôt que sentie m’autorise à vous écrire, puisque je suis moi-même en cas de vous faire plaisir, si vos intentions sont demeurées les mêmes, qu’autrefois… .Lan March, Pouldu, Décembre 1900. Sa rupture avec son mécène, le peintre et collectionneur Antoine de La Rochefoucauld. Du nouveau est survenu dans mon existence annonce Filiger, en lui donnant des explications. J’étais très ennuyé quand je vous ai écrit la dernière fois et je n’avais pas bien la tête à moi. Vous avez dû le remarquer au décousu de ma lettre. Et voilà l’histoire : je m’étais mis en tête de vous envoyer »le portrait de jeune marin » qui sut vous plaire autrefois…Et comme première raison, à cette détermination je dois vous avouer que j’étais dans une véritable gêne dans le moment de ma lettre et puis aujourd’hui je suis devenu indifférent à l’égard de beaucoup de choses… Mais ce qui m’a fait changer d’avis c’est une circonstance imprévue, arrivée pendant que j’étais à espérer de vos nouvelles. Une rupture à l’amiable avec mon mécène, Mr de L. R. à vous cela ne peut rien faire n’est ce pas que je sois délicat ou non à l’endroit de mon ancien bienfaiteur, mais moi je crois devoir agir autrement et comme le portrait en question est connu de lui et que je n’ai rien de mieux à lui offrir pour l’instant, je vais toujours lui parler de la chose, et je verrai s’il accepte oui ou non. Quand je saurai sa réponse, je pourrai agir librement, et nous causerons alors, de mes petites affaires… Il lui recommande de taire ces explications, et surtout pas à notre ami Seguin, car je ne le crois pas très discret en amitié, non pas par méchanceté, mais par vanité ou par bêtise, qualités chères à ces bons Français !… Quant à moi, je n’ai jamais vu Seguin parlant de moi sérieusement ni me comprenant absolument bien qu’il se figure qu’il m’a trouvé et révélé au monde révélé. Révélé….peut-être mais je vous dirai, que je goûte fort peu pour ma part ces sortes de révélations, toujours indiscrètes, et faussement interprétées et qui nuisent plutôt qu’autre chose…et vous connaissez un peu, pour les avoir vus, la bande »des jeunes maîtres » qui sont comme une couronne de clarté au front vierge de ce vingtième siècle à son aurore ! J’ai nommé, Ibels, Seruzier, (sic) Denis, Bonnard et Pécuchet, [faisant une allusion à Bouvard et Pécuchet] et toute la cohorte sacrée du symbolisme naissant, tous amis de Seguin et si vous permettez j’ajouterai très humblement mon nom mais simplement pour vous faire plaisir… . Pouldu, mardi novembre 1903. Il a eu des nouvelles de Seguin qui veut revoir le Pouldu car il est malade. Là où il est, ou du moins il s’ennuie. En m’écrivant il me demande quel est le prix de la pension chez Portier ? Ne savait-il pas ? Depuis l’an passé déjà, je ne paie que 100 fr sans vin bien entendu. Comme seul luxe aujourd’hui est encore de fumer… . A cette éventualité il espère que sa venue ne sera pas un obstacle à sa tranquillité, l’ayant tout de même prévenu et lui ayant rappelé Quels gens étaient les Portier, gens sans pitié auprès desquels il ne trouverait grâce en rien… . Il interroge O’Conor pour savoir si c’est lui qui lui avait indiqué la présence de Filiger au Pouldu. Et votre grand ami Ladislas [pour le peintre polonais Wladyslaw Slevonski] a filé d’ici à l’anglaise . Il ne l’a pas revu, ni personne du Pouldu. Ce que ceux de Portier ont fait une tête en m’annonçant la chose. C’est quelque chose… J’aime à croire que vous avez été mieux traité pour votre part ? Vous ignorez que je devais habiter la villa pendant son absence. Il m’avait proposé l’affaire. Mais je n’ai pas songé un seul instant de couper dans ce dernier panneau….. Depuis que je vous ai vu, je n’ai cessé de travailler à l’achèvement de mon dernier Calvaire et j’y trouve plus d’un cheveu à mesure que j’avance. Je n’en finis pas. J’ai rafraîchi peut-être trop, la lave »et finirai par en faire une pierre » ou »un rubis », nous verrons bien… . Dimanche soir, 24 novembre 1903. Longue et très intéressante lettre révélant la triste situation du peintre Armand Seguin, qui devait disparaître fin décembre 1903. Il informe O’Conor qu’il a reçu de Seguin, une bien triste épître , et dernièrement en lui écrivant, j’ai dû lui faire peur en parlant du Pouldu. Pouvais-je lui dire du bien des braves gens où je suis moi-même comme échoué et comme je serai bien planté à cette heure si le pauvre garçon était ici malade avec tout le train des toujours pareils misères qui l’accompagnent partout. Je n’ose y penser. Mais comment n’arrive t-il pas finalement à mettre un terme à sa déplorable ornière ? Je ne me crois pas en droit de le reprendre pour la bonne raison que l’étendue de ma charité est des plus limitée, et qu’autrement ça n’avancerait de rien… C’est fatal de croire à son propre génie quand les nécessités de l’existence vous commandent de faire autre chose, d’être pratique une heure dans l’attente de meilleurs jours. Il me parle des Franciscains, de leur peinture, il me conte les dévotions en pratiques de ses amis Sérusier, Denis, de Verkade, pensant sans doute me toucher par tant de belles intentions et c’est justement le contraire que je pense. Je vois d’ici le mysticisme et l’envolée radieuse du grand hollandais devenu moine [Jan Verkade devenu moine, subira l’emprise du peintre mystique Filiger à tel point que la peinture de Verkade s’en ressentira et qu’on pourrait presque imaginer qu’il copia Filiger. C’est lui, qui écrira à Seguin pour le mettre en garde de sa fréquentation avec Filiger, qui était homosexuel] de même que je ne me rends pas bien compte de l’influence du divin dans les œuvres de Denis et surtout chez le rouge ?…La régénération est affaire de corps l’âme reste identique comme par le passé. C’est tout ce que je sais en fait de théosophie et je ne cherche pas plus loin. Et pourquoi n’est-il pas demeuré chez ces bons franciscains du moment que la vie heureuse s’offrait à lui ? […] Si mon existence n’a rien de bien gaie, c’est affaire à moi seul et je ne dois pas me plaindre, ni m’en prendre aux autres de cet isolement ou de cet oubli où je vis volontairement. Ma raison est bien simple, je n’aime pas le monde et je l’aime encore trop pour y renoncer entièrement, et puis j’aime mon art par-dessus tout sans que ça paraisse et j’espère !… . Il lui annonce qu’il est arrivé à bout de son bon dieu, mais suivant l’habitude et qui m’est chère, ça n’est jamais fini assez, ni parfait en somme, et j’y reviendrai chaque jour en attendant de mettre en train une nouvelle machine qui me donnera moins de mal et prendra moins de temps . Il a demandé à [Remy de] Gourmont de ne pas publier une lettre de lui parlant de Gauguin, et s’imagine qu’il doit être regardé comme un frère ennemi par [Charles] Morice et autres… . Pouldu, dimanche, janvier 1904. Il a appris également la mort de Seguin notre pauvre camarade et pour comble de misère il ne m’a pas été possible d’aller là-bas . Il espère qu’un jour prochain, il pourra causer d’un tas de choses qui me tiennent à cœur , au sujet du malheureux disparu. Et ici je suis toujours seul et comme abandonné du monde, et je finis moi-même par avoir assez d’une telle existence ! J’ai peu travaillé ces jours-ci ? J’avais beaucoup à écrire, mais dès demain je vais reprendre mes pinceaux… .Pouldu, jeudi soir [janvier 1904] A propos des derniers moments et la mort d’Armand Seguin survenue le 31 décembre 1903. Cette mort m’a autant bouleversé que vous croyez le bien et je m’imaginais surtout que personne n’avait été autour du malheureux avant sa fin… Suivant sa dernière lettre fin novembre il m’écrivait le contraire de ce que vous me dites des braves gens de l’hôtel du Midi (est ce là qu’il est mort ?) il me contait qu’ils l’avaient prié de déménager à cause de ses quintes de toux qui dérangeaient les voyageurs dans leur sommeil et qu’il habitait maintenant ou alors une chambre pauvre sombre et froide et qu’à peine installé on venait de lui signifier la même chose et pour les mêmes raisons et il ajoute »Que vais-je devenir, où aller ? Je ne tiens pas sur mes jambes » Et naturellement de tout cela, j’ai auguré la fin la plus lamentable. Mais heureusement il n’a pas été seul de la sorte et je ne songeais pas du tout à Chamaillard – mais Chamaillard est bien l’homme qu’il leur faut et eux-mêmes gens habiles en toutes choses, ne peuvent-ils pas machiner de la copie à leur guise : la vérité n’est pas ici chose de rigueur. Par exemple ils tomberont mal s’ils s’adressent à moi, mais ils ne le feront pas. [Maurice] Denis me connaît bien et le rouge aussi et ils savent bien qu’avec moi on ne s’arrange pas comme on veut… . Il s’interroge sur la production de Seguin. Je ne vois absolument rien de marquant dans ce que Seguin a produit, mais peut-être n’ais-je pas tout vu ? Vous connaissez ses illustrations. Je n’ai rien vu jamais de mentalité curieuse plus que forte, il se plaisait à écrire et aurait pu réussir comme critique d’art en mettant plus de suite dans ses idées en murissant d’avantage – certaines de ses eaux-fortes sont bien (montrez moi donc quelques unes des vôtres), mais en tout ce que j’ai vu de lui (je ne le vois pas peintre du tout) il y a un je ne sais quoi »qui manque » c’est toujours hâtif comme si le temps lui avait manqué …et ne porte t-on pas en soi dès la naissance, le caractère de sa fin ? et c’est cela qu’on sent chez lui et qu’il a rendu sans le savoir…Et autre part ses terribles négligences de dessin sous prétexte de déformation, de symbolisme, ce caractère inachevé partout, tout cela était de présage d’une vitalité incertaine. Tout cela semblait dire que ses jours étaient comptés et que jamais il ne récolterait de fruits murs ! N’avez-vous pas senti cela en lui ? C’est l’impression que me fit toujours le pauvre garçon quand je vous disais il ne fera rien. Je me demande en effet de quelle manière on va l’arranger ? Mais le fameux Ch. Morice en saura bien sortir quelque chose ….le pauvre a payé d’avance. Il l’interroge au sujet de la parution dans l’Ermitage, de la lettre publiée quelque peu indiscrète et naïve du fameux »capitaine » Daniel de Monfreid au sujet de Gauguin ? Je garde la chose à votre intention. .Samedi soir, janvier 1904. Il semble mécontent de la visite d’O’Conor. Vous êtes admirable vraiment : vous venez me voir au Pouldu vous voyez mes peintures sans rien dire et vous voilà parti de retour.… Vous pourriez bien penser connaissant ma situation d’aujourd’hui que ce n’était pas pour le roi de Prusse que j’œuvrais et cette opiniâtreté au travail que je montre, n’est pas non plus signe de désarmement… Vous êtres vraiment timide ou alors vous agissez en prince. Reviendrez-vous ici sous peu ? Nous pourrions causer mais ça ne changerait rien à notre petit marché : je n’ose pas vous dire de faire à votre guise, vous m’enrichiriez du coup et je préfère la pauvreté qui m’invite à la tâche de tous les jours à l’or méchant du monde. Je ne serais pas trop exigeant en ne vous volant que 300 pour le terrible bon Dieu qui m’a bien fait suer les sueurs de son agonie et 50 pour le mignon Jésus qui a eu le don de vous émouvoir car petites choses sont d’un prix inestimables ou le seront un jour mais ce jour là nous serons dans le royaume des taupes vous et moi. Il est préférable de s’entendre pendant que nous sommes en vie …Et c’est le pain béni pour moi de n’avoir pas affaires aux mercantis, vrais marchands du Temple… . Il termine en lui demandant de l’éclairer sur ce qui a été dit sur Seguin, Sortez moi donc ce qu’il a écrit dans l’Occident à propos de Gauguin. Je n’ai su qu’une partie . Pouldu, Janvier 1904. Il préférerait revoir O’Conor plutôt que recevoir de l’argent, la question du cadre m’occupe et vous me direz aussi votre goût puisque je ne compte pas tout seul. Je puis me tromper … . Dimanche soir, février 1904. Il tarde de le voir et regrette qu’O’Conor ne prenne pas la décision de venir lui-même le voir au Pouldu. Le Pouldu est tout bouleversé depuis plus d’un mois. On construit derrière l’hôtel et la petite place du devant sert à tout le gâchis ordinaire en ces sortes de travaux. Vous voyez ça d’ici, J’ai bien pris le parti de me faire servir dans la maison où j’habite mais de la sorte je n’arrive à ne plus sortir du tout, et une telle existence n’a plus de raison d’être et le travail devient une vraie corvée et l’ennui vous tourmente. . Il réfléchit comment s’échapper de cet endroit, objet de son tourment, afin d’améliorer son moral. Il envisage une nouvelle tournée en Bretagne se référant au passé lors de ses précédents déplacements dans plusieurs villes de Bretagne. C’est même après ce petit voyage que j’ai cru bien faire de m’installer à Malansac pour barbouiller des poteries, mais Malansac n’a vraiment rien d’intéressant en dehors de sa poterie et aujourd’hui, je fais autre chose. J’ai aussi visité St Gildas de Rhuys cette année même, mais c’est d’abord fort éloigné de Vannes et le logement est difficile à trouver depuis que les bonnes sœurs n’y tiennent plus pension, car autrement c’est une des contrées les plus saines de la Bretagne… . Il aime Sarzeau et sa région et aimerait y vivre, Sarzeau est un assez grand bourg ou même une petite ville, et je crois qu’on y pourrait vivre en paix et de façon même plus modeste qu’au Pouldu [….] il est un fait certain que mon existence à l’hôtel du Pouldu ressemble vaguement à un renoncement aux choses les plus ordinaires de la vie et sans en souffrir absolument… . Dimanche soir, mars 1905. Très importante lettre. O’Conor lui a rendu visite et Filiger se préoccupe de son retour à Pont-Aven. Je ne suis qu’à moitié tranquille depuis votre dernière visite. Je me demande comment vous avez regagné Pont-Aven emportant les précieux colis ?… . Il a entreprit de réaliser une petite œuvre, dans le genre »du Cheval de l’Apocalypse » si vous avez souvenir. Remplacez le Cheval par deux Chiens de taille respectable et la Jérusalem céleste par le Jardin de Platon ou vulgairement un lamentable coin du Pouldu et vous aurez une idée de la grandeur de l’œuvre nouvelle dans ses dimensions de »petit chef d’œuvre », et cela ne vient pas du hasard. La Mort y joue aussi un rôle et y figure comme de juste. Une telle chose nait de l’aboutissement logique de toutes choses et c’est symboliquement la commémoration d’une vie, la mienne et la représentation synthétique d’une époque déterminée suivant les lois immuables du destin. . Il a changé d’idée concernant sa nouvelle résidence et en considérant que le pays de Vannes est bien écarté, surtout du coté de Sarzeau , il pense qu’en s’éloignant simplement dans la région, soit Noëlan, cela produirait le même effet qu’en allant au loin et sans but sérieux… . Il pense terminer la petite œuvre commémorative des jours anciens et peut-être sera-t-elle la dernière que le Pouldu m’aura inspirée pour servir de Mémoire »aux Grands Jours de Bretagne ». J’ai les idées horriblement noires en travaillant et comme je vous l’ai dit il ya »quelque chose d’en allé » en moi. Et pourtant le triste pays demeure toujours le même tel autrefois… Et ce n’est pas la perte de quelque bonheur qui assombrit mes jours mais c’est bien le »Passé mort » et inoubliable qui m’apparaît et me crie l’inutilité et la vanité de tout recommencement ! Et c’est l’éternelle affirmation (ÔCarlyle !) ou toute contradiction se dissipe et qui conduit à la paix dernière. . En lui rédigeant cette lettre il reçoit une lettre »de ce bon Schuffeneker » comme l’appelait Gauguin, en des jours de reconnaissance sincère. Oui j’ai reçu une lettre de ce pauvre Schuff aujourd’hui malheureux et ces choses là sont pénible pour qui sait ce que le pauvre diable a fait de tout temps pour l’homme et l’artiste [au sujet de Gauguin] dont il a recueilli un si mauvais héritage…Mais faut-il jamais d’attendre à mieux quand la sottise et l’aveuglement vont jusqu’au sacrifice . Il lui fera parvenir cette lettre. Quoi répondre à cela ? Gauguin ne m’a jamais fait de grandes confidences à ce sujet. Il savait mon indifférence sur la question du sexe et le peu que j’ai su je l’ai appris par d’autres. Malgré cela je n’ai pu m’empêcher de traiter de tout cette vache de Bernard [Emile Bernard]. Ce fauteur sans honte de maintes disputes survenues entre nous au cours de ces dernières années et je crois ne m’être jamais trompé au sujet du personnage en ne répondant aucune fois, même à ses lettres les plus charmantes où pourtant le serpent me couvrait de fleurs… . Il lui demande de lui procurer chez le marchand de couleurs de Pont-Aven, du papier végétal ou papier à décalquer en lui recommandant de ne pas craindre de froisser la feuille en la repliant suivant le format d’une enveloppe ordinaire .Le Pouldu jeudi, 10 mars 1904. Il le remercie pour le papier demandé qu’il a bien reçu. Ici le temps est loin d’être aussi beau qu’à Pont-Aven, et c’est bien du froid que je souffre encore, et l’existence que je mène depuis plusieurs mois est contraire à tout hygiène, et comme vous le savez je me casse la tête depuis un bon moment pour savoir où j’irai dans la suite. Je regrette presque de vous avoir reparlé du cliché, mais je pensais que la chose vous serait facile à Pont-Aven où il y a toujours des amateurs. Je ne vois pas la nécessité de posséder le cliché une simple épreuve ou 2 sur papier salé, pour avoir un souvenir de la petite œuvre, si elle est destinée à passer la Manche quelques jours à venir… . Il espère que l’arrivée de Slevonski ne retardera pas sa venue au Pouldu.Kersellec Le Pouldu, Lundi soir, avril 1904. Il annonce à O’Conor qu’il s’est installé à Kersellec depuis une semaine, et je suis ici chez moi. J’ose donc espérer que vous ne tarderez pas à me faire visite sans vous gêner ou sans craindre de me gêner. J’ai pris cette détermination d’un jour à l’autre, j’avais tant peur de mal tomber ailleurs et pour une autre raison, j’ai cru bien faire de lâcher hôtel Portier qui m’était devenu trop cher sous tous les rapports… .On joint 2 lettres autographes signées de Françoise Lecadre, concernant Filiger. Elle et sa sœur tenait l’auberge à Rochefort-en-Terre, où de nombreux artistes y logeaient, et de manière à pouvoir s’acquitter de leur séjour, certains réalisaient des travaux de décoration dans ces lieux. Le peintre américain Alfred Klots, y séjourna dès 1903. 4 janvier 1902 et 3 janvier 1903. La première lettre, très intéressante, fait référence au séjour de Filiger dans l’auberge. Vous allez être bien étonné d’apprendre que le petit Filiger est à la maison depuis plus de trois mois, vous croyez peut-être qu’il a renoncé à boire. Ah mais non, c’est une habitude qui lui est trop chère pour qu’il y renonce jamais. Les premiers temps nous avions la naïveté de croire qu’il était corrigé, pas du tout, il se grise presque tous les jours et ce n’est jamais sa faute, c’est toujours la faute des croquants à qui il a payé à boire…. Dernièrement il était tellement ivre qu’en sortant de la prison il roulait sur la place comme un hérisson, il est rentré à la maison avec le nez tout écorché il voulait encore boire ma mère lui a refusé, il était furieux. Depuis dimanche il est sur le même bord il connaît tous les débits de Rochefort et des environs… Maman dit que s’il continue elle va le renvoyer au Pouldu. . Elle lui rappelle la triste nouvelle de la mort du peintre Grolleron (Paul Louis Narcisse, né en 1848, mort en octobre 1901, à Paris), qui était venu passer ses dernières vacances dans l’auberge, au milieu de nous allant tous les jours à la pêche et paraissant assez bien portant lorsque trois semaines après son départ, il a succombé à une obstruction intestinale . Elle poursuit en lui apprenant la venue de nouveaux pensionnaires, des norvégiens et parisiens . Dans la seconde lettre, elle apprend à O’Conor, la mort de sa mère et d’une des ses sœurs qui était pour elle, un ange de dénouement je l’aimais plus que moi-même aussi je souffre terriblement de cette cruelle séparation… . On joint également plusieurs lettres rédigées par Henri de Parcevaux, du musée de Vannes, relatives à un prêt d’œuvres de Roderic O’Conor et de Charles Filiger, œuvres appartenant à Mr Delestre, antiquaire, pour une exposition prévue à Vannes, de juin à septembre 1966 et pour un projet d’édition chez l’éditeur suisse, Pierre Cailler. Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Ernest de CHAMAILLARD, peintre de l’École de Pont-Aven (1862-1931) Ne pouvant vivre de son art, il fera office d’avocat, en particulier pour Gauguin, dans une affaire qui l’opposait à Marie Henry, aubergiste du Pouldu, qui ne voulait pas lui rendre ses tableaux. Ensemble, 3 lettres dont deux autographes signées à Roderic O’Conor. Une lettre non signée semble incomplète. 7 pp. in-8. Faiblesses aux plis et imperfections. [1903].Il lui signale qu’il a écrit à Frantz Jourdain pour lui demander des renseignements sérieux sur les tendances du salon d’Automne, dont il est président , salon qui avait été récemment créé, en octobre 1903. Il lui rédige en copie quelques extraits, précisant en particulier, que si Jourdain a accepté cette corvée de mettre sur pieds le salon d’automne, c’est pour placer en vedette, l’art , l’art qu’il préfère. L’esprit général de notre salon n’est ni rétrograde ni académique. Rappelez-bien à Mr O’Conor que je ne suis ni Bouguereau, ni Carolus Duran, et que la façon violente et précise dont je me suis toujours exprimé me laisse aucun doute sur mes tendances artistiques. Il encourage O ‘Conor à montrer ses tableaux, et en vient à parler de Seguin. L’affreux Seguin vous parlant de moi, je ne veux pas vous parler de lui pour ne pas faire ma mauvaise langue. Je ne pourrais en effet que vous en dire, car cet affreux sceptique s’amuse à l’heure actuelle à pondre d’immondes chromos pour les bourgeois de Châteaulin qui les paient en raison de l’imbécillité de ses produits. Ceci est absolument faux, vous entendez bien que s’il en était ainsi, je serai couvert d’or. Cela est absolument vrai mais absolument confidentiel. Ce qui ne l’empêche pas de faire des dessins pour son livre, qui me semblent de mieux en mieux.- Et voilà que malgré moi je me trouve amené à vous parler de lui ! Inutile de vous dire que malgré la prostitution de son art il est toujours dans une lamentable purée – dont il ne sortira certainement pas avant sa mort. Pas même après, hélas ! Car nous serons obligés de le faire enfouir dans la fosse commune destinée aux trimardeurs …. Dans la dernière lettre, en décembre 1903, il le remercie pour la publication reçue hier, Je n’ai encore eu le temps que de parcourir le volume hier soir à la lumière, mais les gravures m’ont paru excellentes . Il en vient à parler de la mort de Seguin survenue récemment, et pour lequel son intention était d’aller assister à l’enterrement. Les conditions météorologiques, neige et verglas ne lui ont pas permis de s’y rendre, mais heureusement tous les gens un peu convenables, et qu’on pourrait appeler de la Société de Châteauneuf [du Faou] ont suivi le convoi . Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Maurice DENIS, peintre français (1870-1943) Lettre autographe signée à Roderic O’Conor. S.d. Adresse et marque postale. Saint-Germain, date illisible. 1 p. in-12.Il fait suite à la lettre reçue d’O’Conor, et reste énigmatique à propos d’un tableau de Gauguin. Vous me demandez l’adresse de Filiger. Je sais qu’il a passé l’hiver dernier au Pouldu, et qu’il y revient tous les hivers. M. Portier le directeur de l’hôtel (vous connaissez l’hôtel Portier ?) vous renseignerait plus complètement. Je vous conseille de vous adresser à lui. Je regrette infiniment pour le tableau de Gauguin mais je ne m’en étonne pas et vous envoie … . Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : CHADWICK (Francis Brooks) peintre américain, actif en France (1850-1943). Il épousa en 1887, la peintre et graveuse suédoise Emma Löwstädt (1855-1932) Les Chadwick s’installèrent à Grez-sur-Loing, une colonie d’artistes composée principalement de peintres scandinaves et américains où ils vécurent une grande partie leurs vies. Lettre autographe signée en anglais à Roderic O’Conor. Grez, 29 mai. 4 pp.in-8.Il lui expose les quelques difficultés rencontrées à propos de son chevalet. En effet, l’atelier étant fermé et la propriétaire refusant de lui permettre l’accès, il ne peut le confier au menuisier pour d’éventuelles réparations. Chadwick demande à O’Conor d’intervenir et d’écrire directement à cette propriétaire de façon à pourvoir faire avancer cette affaire. Il poursuit en lui indiquant à quel point les Salons sont ridicules et qu’une seule œuvre mérite une attention particulière le Balzac par Rodin, qu’il qualifie de merveilleuse pour un homme de cet âge . Il termine en lui indiquant qu’il n’a jamais connu à Grez, un printemps aussi lugubre. Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Joseph MILNER-KITE, peintre anglais qui se lia d’amitié très tôt, avec le peintre Rodéric O’Conor, dès son arrivée à Paris en 1882 (1862-1945) Ensemble de 9 lettres autographes signées. 4 sont adressées à Roderic O’Conor et 5 à son épouse. Pau, Millau, Rochefort-en-Terre, Lamalou-les-Bains, et Le Cheylard (en Ardèche), de 1926 à 1944. 26 pp. de formats divers. Les lettres adressées à O’Conor sont en anglais, une lettre semble incomplète et n’est pas signée, celles à son épouse sont en français. A Roderic O’Conor, En Novembre 1926, il s’adresse à son ami depuis l’hôtel, Lecadre où il réside, le décrivant comme étant un hôtel des plus confortables qu’il connaisse. Les aménagements sont très beaux, le confort y est optimal et les repas succulents. Pourquoi quitter ce paradis et rentrer à Paris pour avaler de la poussière de charbon . Il lui décrit son quotidien, précisant que les livres envoyés par sa famille lui permettent de se sentir moins seul. Il lui indique avoir fait la rencontre d’une charmante Comtesse, une jeune veuve qui vient d’hériter d’un château et pense que cela pourra lui être utile, aux affaires. D’ailleurs, il a été invité au château qui se situe à 5 kms et espère qu’un jour il aura le courage de s’y rendre. Il est content d’apprendre que leur ami commun Ortiz [le peintre Manuel Ortiz de Zárate ] va mieux et lui précise que les seuls mots latins dans lesquels il croit sont in vino veritas , ajoutant qu’il aimerait peindre de belles choses comme un cheval et un mulet à la place de Rolls-Royce avec la quiétude montagnarde, au lieu de la route nationale . Il lui réclame du papier à cigarette de la marque Gommé qu’il ne trouve pas à Rochefort, et les seuls qui sont à la vente, ne contiennent pas de gomme, et il n’arrive pas à peindre avec une cigarette roulée avec du papier qui se décolle tout le temps. Il termine sa lettre en lui demandant s’il a lu Change partners d’Horace Vachell, (l’écrivain anglais Horace Annesley Vachell, ouvrage de 1922), car les scènes de ce roman d’aventure se déroulent à Rochefort et il a trouvé le livre original et très amusant. Il a essayé de lire l’ouvrage de Robert Hichens The garden of Allah qu’il n’a pas pu terminer. Sur une carte postale représentant une vue générale de Rochefort en Terre (date illisible). Il n’est pas satisfait des services de Bron, le brave homme d’O’Conor. Il ne lui a envoyé que 2 tubes de peinture Chrome et de la marque Lefranc au lieu d’Edwards , malgré les demandes précises d’O’Conor. Il n’a reçu qu’une seule fois des tubes de couleur, et a totalement omis d’envoyer du blanc. Il exprime son inquiétude quant à cet homme peu fiable et demande à son ami de le revoir pour arranger ce problème. Suivront deux lettres autographes signées adressées à O’Conor depuis son Hôtel Le Cheylard , en Ardèche, datées du 19 Décembre [1939] et Février [1940]. Il se trouve toujours à la montagne et lui assure que son hôtel est très confortable, les repas sont bons et la clientèle agréable. Il décrit son environnement comme étant très calme et reposant, ajoutant qu’il est difficile de croire qu’il y a une guerre en France quelque part . Le seul point négatif est la mauvaise météo. Après lui avoir détaillé son quotidien dans l’hôtel, il lui indique qu’il a réalisé quelques jolies peintures sur les rives d’un ruisseau, en y restant du matin au soir . Il souhaite cependant trouver un hôtel plus chaud et plus chic pour passer l’hiver, s’habiller comme un gentleman, avoir une grande bibliothèque à disposition et des discussions plus intellectuelles. Il ajoute qu’il envisage de rentrer à Paris en Septembre. Il indique qu’il n’a aucune nouvelle de Laura depuis qu’il est parti de Paris et lui demande comment vont ses affaires, si elle a enfin pu tout régler. La succession de Monsieur Field a créé de nombreux litiges dans la famille et Laura n’a pas été épargnée. Mais d’après Hollander, l’affaire serait réglée sans trop de scandale ni polémique, dans les premiers jours de Janvier. Dans une précédente lettre, il lui demandait comment était l’hôtel Savournin à Cagnes, et s’il avait changé. Il se rappelle l’époque où il y avait séjourné avec Root. C’était l’année où Renoir a construit sa villa là-bas . Indécis, il s’interroge pour sa prochaine destination, soit Malaga, comme lui propose leur ami Pita, soit Cagnes, Pau, ou le Portugal avec des amis américains. Il n’a pas vu un anglais ni un américain depuis qu’il a quitté Paris. Même pas parlé un mot d’anglais . Malgré le bel environnement, les couleurs des paysages ne l’inspirent pas, ce qui ne l’encourage pas à peindre. Il lui rappelle que Chadwick fêtera ses 90 ans à Montmorency. Enfin, pour terminer, il pense qu’il y a en ce moment, énormément de peintres à Cagnes. À Renée O’Conor. Toutes ces lettres sont postérieures au décès de Rodéric O’Conor.Pau, hôtel de France, début avril 1940. Il vient de recevoir la lettre lui apprenant la mort d’O’Conor (18 mars 1940). Il est si difficile de vous dire quelque chose. Que peut-on dire, surtout moi qui sais si bien la grande affection que vous avez toujours eu pour votre mari. . Il lui rappelle les débuts de leur amitié à Paris en 1882, ou même un peu avant et nous nous sommes vu continuellement depuis lors à Grez, [Grez-sur-Loing] à Pont-Aven à Paris. Je l’ai toujours considéré comme mon meilleur ami. J’aimais l’homme et son talent… . Il poursuit en lui exprimant sa grande tristesse évoquant les derniers moments où il lui semblait qu’il était encore en bonne santé. Quand je suis venu vous voir à Paris, avant mon départ, je le trouvais si bien et dans sa dernière lettre il me disait être si heureux d’avoir retrouvé tous ses livres autour de lui à Nueil, il était content. . 14 mai 1940. Il est encore à l’hôtel de France, à Pau et interroge si elle est toujours à Paris, subissant les bombardements. Il lui explique que son frère, ainsi que la gouvernante et la cuisinière sont restés à Londres et que lui, réside dans cet hôtel, fort agréable . Lamalou-les-Bains, 27 septembre 1941. Il aimerait avoir de ses nouvelles et lui indique son activité. Il parait que le Salon à Paris était plus que médiocre. A peine une seule bonne toile mais les peintres sont pour la plus part je crois dans les campagnes. Moi-même je n’ai pas de couleurs ni toiles. J’ai avec moi seulement ma boite à aquarelles et quelques feuilles de papier et presque plus de couleurs. Je ne travaille plus depuis longtemps. Je passe ma vie à la pêche… . 24 décembre 1941. Il est toujours dans un hôtel à Lamalou-les-Bains et lui précise qu’il se retrouve seul, n’ayant plus d’amis. Il lui demande si elle continue à peindre car lui est en manque de tubes d’aquarelle, et aimerait bien savoir où s’en procurer. Moi je n’ai pas de couleurs je serai heureux si j’avais seulement quelques tubes d’aquarelle. Est-ce que vous pouvez vous procurer des couleurs à l’huile à Paris ? J’ai été obligé de cesser complètement, ni couleurs, ni toile ! . Il lui rappelle son amitié pour O’Conor, Je n’ai maintenant plus d’amis ou si peu ce si bon ami O’Conor était mon dernier vrai ami et je l’aimais beaucoup… . Il ignore où se trouve actuellement Chadwick, lui ayant écrit à Grez, sans retour. lui encore est un très viel ami mais depuis son mariage, on ne le voit plus… . Millau, Grand Hôtel du Commerce, 20 décembre 1944. Il lui exprime sa grande joie d’avoir reçu une lettre d’elle et lui répond concernant sa demande, au sujet son frère, pour lequel, il a pu avoir de ses nouvelles, grâce à notre Foreign Office qui nous a promis de nous échanger ses lettres par la »Valise Diplomatique » . Il lui rappelle son âge, mes 82 ans bien passés et qu’il se porte bien. Il a appris la mort de Chadwick [le peintre américain Francis Brooks Chadwick] et l’informe qu’il a bénéficié d’une protection pour son atelier et ses biens, après avoir demandé par l’intermédiaire de l’ambassadeur de Berne, la protection du Gouvernement Suisse. Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Georges Alfred CHAUDET, peintre, photographe et marchand d’art français (1870-1899) Ensemble de 7 lettres autographes signées à Roderic O’Conor. Paris, du 12 mars 1895 au 26 janvier 1898. 24 p. in-8. Superbe correspondance, où il est souvent question de Gauguin. On joint une carte de Léon Chaudet, frère de Georges, datée du 17 novembre 1899, indiquant la mort de son frère et la mise à disposition d’œuvres de son frère O’Conor, qui sont maintenant détenues chez lui.12 mars 1895. Je ne saurais vous exprimer la grande joie que j’ai eue à la réception de votre charmante lettre et de vos belles eaux-fortes , révèle Chaudet, Et je ne puis vous dire qu’une chose à ce sujet, c’est que vous vous m’avez fait jouir délicieusement… . Il lui apprend que Seguin est reparti il y a une dizaine de jours pour Pont-Aven, où il est arrivé au plus fort de l’influenza, qui fait parait-il de nombreuses victimes. […] Vous devez savoir que ce pauvre Gauguin est malade. C’est à croire qu’il a le maléfice. Votre commission lui a été faite par Seguin… . 8 et 10 septembre 1897. Il lui apprend que l’encadreur est venu chercher les tableaux. Il y en avait un que Seguin avait pris chez Alice et vendu à Le Barc [Louis Léon Le Barc de Boutteville] cent sous…Quant au Gauguin, je suis heureux d’apprendre que vous le trouvez à votre goût… . Il le remercie pour l’empressement qu’il a eu à lui rendre le service demandé, à savoir un prêt de cent francs. Pour ce qui est des lithos de Gauguin, je ne sais pourquoi Seguin vous les a demandées. D’abord ce ne sont pas des choses aussi rares. Seguin m’avait dit qu’un marchand lui avait demandé des épreuves sur papier jaune coloriées. J’en avais une, achetée il y a quelques années et ne pouvant aider ce pauvre Seguin qui attends toujours les 1200 frs en question. Je lui ai donné espérant qu’il trouverait quelques sous avec et le pauvre vieux a battu le pavé de Paris sans en pouvoir tirer cent sous… . Il a vu Vollard et lui apprend qu’il a fait des aménagements de son magasin et lui signale que la galerie de Le Barc a été repris par un nommé Dosbourg , ancien encadreur. Son intention est de continuer, ce que faisait Le Barc. Pour vous donner une idée de la stupidité de ce personnage. Voici la gaffe qu’il vient de faire et qui a eu son issue aujourd’hui. Cet animal s’était monté une collection de tableaux payés en dorure à des artistes tels Maufra, Loiseau, Moret, Guilloux etc. N’a-t-il pas eu l’idée de vendre cette collection à l’hôtel Drouot – Chevalier commissaire priseur et Georges Petit expert vous voyez ça d’ici n’est-ce-pas…. 13, 19, 20 et 26 janvier 1898. Il lui apprend que ses tableaux sont encadrés et qu’il a collé les étiquettes comme convenu. Ils font fort bon effet , et se prépare à les expédier pour l’exposition de la Libre Esthétique, à Bruxelles. Le Gauguin est arrivé en très bon état ainsi que vos toiles . O’Conor compte 5 tableaux et Chaudet a trouvé des cadres d’occasion et lui indique les prix pour chacun et ajoute qu’il a reçu une lettre de Gauguin, qui selon l’habitude pleure misère. Je finis par croire que la vie de Tahiti est beaucoup plus couteuse qu’à Paris… . Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Wladyslaw SLEVONSKI, peintre polonais, associé au mouvement de la jeune Pologne et à l’École de Pont-Aven (1856-1918) Ensemble, 5 lettres autographes signées à Roderic O’Conor. Paris, 1803/1804, Belle-Île-en-mer, 3 août 1804 et Munich, 8 janvier 1808.30 décembre 1903. Il pensait que les époux O’Conor se trouvaient en Angleterre et qu’ils avaient oublié la France et Montparnasse . Il aimerait les revoir à Paris, et lui apprend qu’il a écrit un article sur Gauguin . 27 mars [1903] l’état de son cheval ne lui a pas permis de venir à Pont-Aven. Avez-vous travaillé beaucoup Est-ce que Chamaillard est à Pont-Aven ?… . 5 février 1904. Il a vu hier un des organisateurs des Indépendants, (Mr de la Quintinie) qui m’a dit que la société serait fort aise que vous soyez du nombre des exposants et promet que vous serez bien exposé dans un groupe d’une quinzaine de personnes (parmi lesquelles je serai)… L’exposition aura lieu le 21 de ce mois et les tableaux doivent être sur place au plus tard jeudi, le 11 février avant midi. Qu’allez-vous faire ? . Il envoie six toiles, et je voudrais que cette corvée d’exposition passe au plus vite, car j’ai envie de travailler et cela empêche beaucoup. J’espère que vous enverrez quelque chose aussi… . Il est à Belle-Île, le 3 août 1804, et s’inquiète de ne pas recevoir de nouvelles d’O’Conor, et lui indique son séjour dans l’île, où il n’a pas encore vu la mer, mais un lac bleu avec des rochers surchauffés à vous faire sortir les yeux de la tête. Un soleil aveuglant pas la moindre petite ombre ! Je suis écœuré j’ai gâté beaucoup de toiles, mais je n’ai rien pu faire de bon. . De Munich, il râle après O’Conor de ne pas avoir de nouvelles. Nous ne savons même plus, si vous habitez toujours Paris et dedans Paris la rue du Cherche-Midi. Nous avons souvent pensé à vous, lié au souvenir de la vie paisible que nous avons menée à Paris et en Bretagne surtout en comparaison des événements endiablés par lesquels nous avons passé dans notre charmant pays. . Il lui révèle l’inspiration causée par les paysages de neige. Le meilleur moment était encore celui de l’hiver passé les quelques mois, que nous avons passé ensevelis dans les montagnes sous les neiges de quelques mètres de hauteur ne voyant pas une âme qui vive ! Mais quels effets de neige fabuleux c’était à en devenir fou ! Impossible presque de profiter de cette beauté pour peindre à cause du froid. J’ai tenté quand même à plusieurs reprises, je ne suis pas trop mécontent du résultat, mais chaque toile m’a couté un bon rhum (sic) de cerveau… . Il compte rester quelques temps à Munich. L’atmosphère est peu agréable ici. On ne voit que des croûtes et de la bière – les croûtes sont horribles mais la bière est bonne. Le niveau artistique est tellement bas ici, qu’on a même pas envie d’exposer… . Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : [Roderic O’CONOR] Ensemble de plusieurs lettres adressées à lui, certaines sont en anglais. On recense, 3 lettres ou cartes autographes signées de l’épouse du peintre Ortiz de Zárate, une lettre et une carte autographe signée du peintre Gustave Loiseau, une lettre autographe signée de Marie Lacroix, un des modèles d’O’Conor, un reçu signé F. Vollard , pour le compte d’Ambroise Vollard, daté du 4 décembre 1905, Reçu de Monsieur O’Conor la somme de cinquante francs pour une lithographie de Cézanne, les »Baigneurs » , trois très longues lettres autographes signées du peintre Guy Maynard, 6 lettres adressées à O’Conor, rédigée par le disciple d’Auguste Vandekerkhove, connu pour ses travaux ésotériques sous le pseudonyme de S.U. Zanne, fondateur du mouvement Cosmosophie (1868-1923), où il y est essentiellement question de cours de Cosmosophie pendant l’année 1902, expédiés régulièrement à O’Conor, permettant de supposer qu’O’Conor comme Filiger, avait une attirance pour l’occultisme. Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Charles MORICE, lettre autographe signée à Roderic O’Conor et page imprimée d’un poème avec dessin également imprimé, d’après Puvis de Chavannes L’espérance . Déchirure sans atteinte au texte. Paris, 25 février. 1 p. in-8 oblong.Il informe O’Conor qu’il est obligé de reporter la réunion prévue, une indisposition assez sérieuse de ma belle mère nous inquiète , en est la cause. Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Ernest de CHAMAILLARD, peintre de l’École de Pont-Aven (1862-1931) Ne pouvant vivre de son art, il fera office d’avocat, en particulier pour Gauguin, dans une affaire qui l’opposait à Marie Henry, aubergiste du Pouldu, qui ne voulait pas lui rendre ses tableaux. Ensemble, 3 lettres dont deux autographes signées à Roderic O’Conor. Une lettre non signée semble incomplète. 7 pp. in-8. Faiblesses aux plis et imperfections. [1903].Il lui signale qu’il a écrit à Frantz Jourdain pour lui demander des renseignements sérieux sur les tendances du salon d’Automne, dont il est président , salon qui avait été récemment créé, en octobre 1903. Il lui rédige en copie quelques extraits, précisant en particulier, que si Jourdain a accepté cette corvée de mettre sur pieds le salon d’automne, c’est pour placer en vedette, l’art , l’art qu’il préfère. L’esprit général de notre salon n’est ni rétrograde ni académique. Rappelez-bien à Mr O’Conor que je ne suis ni Bouguereau, ni Carolus Duran, et que la façon violente et précise dont je me suis toujours exprimé me laisse aucun doute sur mes tendances artistiques. Il encourage O ‘Conor à montrer ses tableaux, et en vient à parler de Seguin. L’affreux Seguin vous parlant de moi, je ne veux pas vous parler de lui pour ne pas faire ma mauvaise langue. Je ne pourrais en effet que vous en dire, car cet affreux sceptique s’amuse à l’heure actuelle à pondre d’immondes chromos pour les bourgeois de Châteaulin qui les paient en raison de l’imbécillité de ses produits. Ceci est absolument faux, vous entendez bien que s’il en était ainsi, je serai couvert d’or. Cela est absolument vrai mais absolument confidentiel. Ce qui ne l’empêche pas de faire des dessins pour son livre, qui me semblent de mieux en mieux.- Et voilà que malgré moi je me trouve amené à vous parler de lui ! Inutile de vous dire que malgré la prostitution de son art il est toujours dans une lamentable purée – dont il ne sortira certainement pas avant sa mort. Pas même après, hélas ! Car nous serons obligés de le faire enfouir dans la fosse commune destinée aux trimardeurs …. Dans la dernière lettre, en décembre 1903, il le remercie pour la publication reçue hier, Je n’ai encore eu le temps que de parcourir le volume hier soir à la lumière, mais les gravures m’ont paru excellentes . Il en vient à parler de la mort de Seguin survenue récemment, et pour lequel son intention était d’aller assister à l’enterrement. Les conditions météorologiques, neige et verglas ne lui ont pas permis de s’y rendre, mais heureusement tous les gens un peu convenables, et qu’on pourrait appeler de la Société de Châteauneuf [du Faou] ont suivi le convoi . Voir le lot
Au contact des peintres de l’école de Pont-Aven, Roderic O’Conor abandonne le style impressionniste qui caractérisait ses premières œuvres et emprunte la voie du synthétisme, un mouvement inédit né de la rencontre de Paul Gauguin, alors âgé d’une quarantaine d’années, et d’Emile Bernard, un jeune artiste fougueux. Lasses de la touche virgule impressionniste et des petits points néo-impressionnistes qui, selon eux, dépouillent la couleur, ces artistes abandonnent la perspective, le modelé, les ombres, les dégradés et synthétisent leurs sensations lumineuses en des tons posés en aplats colorés qu’un trait de contour appuyé délimite. Les œuvres de Roderic O’Conor se distinguent quant à elles par l’emploi de larges hachures colorées. Une technique singulière qu’il abandonnera à son retour en 1905 à Paris où, isolé dans son atelier, il renoue avec un style plus académique, ainsi qu’en témoigne la nature morte Soucis de 1927 présentée à la vente.
Roderic O’CONOR (1860-1940), Soucis, 1927. Huile sur panneau signé et daté en haut à gauche, porte au dos au crayon ‘ROConor n°6, soucis’ et à la craie bleu O’2729. 46 x 37,8 cm. Estimée entre 20 000 et 30 000 euros.
Des correspondances aux fusains
S’il peignait pour son plaisir, une fortune personnelle le plaçant à l’abri du besoin, Roderic O’Conor a participé de son vivant à maintes expositions, à Paris, – du Salon officiel au Salon des Indépendants – mais aussi à Bruxelles, Londres ou New York. Il bénéficiera d’une exposition personnelle en 1937 à la galerie Bonaparte à Paris, avant que son travail en Bretagne ne soit mis en lumière à l’occasion de la vente de son atelier parisien en 1956. Ses œuvres sont depuis conservées majoritairement au sein de collections privées. En 2021, le musée d’Orsay se félicitait ainsi d’accueillir pour la première fois en ses murs une œuvre d’O’Conor, « un artiste très rare en collections publiques à travers le monde ». Gageons que la vente de ce fonds exceptionnel attirera les enchérisseurs autant que les institutions. Outre les correspondances qui livrent de précieux témoignages quant à l’émulation artistique qui se joua à Pont-Aven à l’aube de la modernité, le fonds regorge de dessins au fusain, l’une des techniques de prédilection du peintre irlandais qui a laissé notamment de nombreuses études de paysans croqués sur le vif lors de promenades dans la campagne bretonne. De sa vie intime, qu’il partageait avec son épouse, peintre et ancien modèle, Renée Horta, dont plusieurs œuvres figurent au catalogue, la vente dévoile enfin des archives émouvantes, à l’instar d’un passeport, d’une carte d’identité attestant de leur changement de domicile en 1935 ou encore d’un ensemble de documents relatifs à l’enterrement du maître irlandais.
Enchérir | Suivez la vente du fonds Roderic O’Conorle 26 mars en live sur interencheres.com ou sur auction.fr
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940) Portrait de femme à la coiffe. Fusain. Petites déchirures sur les bords et pliures, papier insolé. 31 x 20 cm. Nous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’après photograpie Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940) Portrait de jeune bretonne vue de dos. Fusain. Papier insolé. 25,3 x 18 cmNous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’après photographie. Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940) Bretonne de profil. Fusain. Au dos porte une étiquette d’une exposition Roderic O’CONOR à la Barbican Art Gallery, London, n° 119. Papier insolé, taches. 25 x 19,5 cm à vue. Nous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’après photographie. Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940) Etude de rochers. Fusain. Papier insolé, déchirure. 21,7 x 27,5 cm Nous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’après photographie. Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940) Femme de profil. Encre et lavis. Au dos porte une étiquette d’une exposition Roderic O’CONOR à la Barbican Art Gallery, London, n° 121. 18,5 x 16 cm à vue. Nous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’après photographie. Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940) Tête de jeune femme au fichu. Fusain. Papier insolé, taches24,5 x 20,5 cm Nous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’après photographie. Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Entourage de Roderic O’CONOR (1860-1940) Nu assis à la chaise fusain signé et daté 04 en haut à gauche 34,5 x 26 cm Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940) Nu debout de face, penché en avant. Fusain et estompe. Papier insolé, pliures, taches. 33,9 x 24,5 cm Nous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’après photographie. Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940). Femme assise la tête appuyée sur la main droite. Encre noire. Papier insolé, pliures, déchirure. 33,5 x 22 cmNous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’après photographie. Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940) Nu assis sur une chaise. Fusain signé en bas à droite. 27 x 21 cm Taches, papier déchiré en bas à gauche. Nous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’après photographie Voir le lot
Par Isabelle GOXE-Laurent BELAÏSCH-Hôtel des ventes d’Enghien à Enghien-les-Bains
le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940) Nu à quatre pattes. Sanguine. Déchirure en haut à gauche.28,5 x 26,5 cm Nous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’après photographie. Voir le lot
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le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940). Nu de face au drapé. Fusain et estompe. Papier insolé, pliures, taches 34 x 26,3 cm Nous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’après photographie. Voir le lot
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le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940) Etude de femme assise lisant. Fusain et estompe. Déchirures sur les bords, frottages, papier insolé 36 x 26,5 cm Nous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’après photographie Voir le lot
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le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940) Femme lisant. Fusain et estompe. Pliures 33,3 x 25,7 cmNous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’après photographi Voir le lot
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le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940) Portrait de jeune femme au chapeau. Sanguine. Papier insolé, tache, pliures. 34 x 26 cm. Nous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’après photographie. Voir le lot
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le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940) Nu de dos. Fusain et estompe. Déchirures sur les bords, papier insolé 36 x 26,5 cmNous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’après photographie. Voir le lot
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le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940) Tête de jeune femme. Fusain. Taches. 27,5 x 21,5 cmNous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’après photographie. Voir le lot
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le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940) Tête de jeune femme de profil. Fusain et estompe. Papier insolé, taches 18 x 24 cm Nous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’après photographie. Voir le lot
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le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940) Nu allongé, les bras derrière la tête. Fusain. Papier insolé, pliures, taches, déchirures. 26,2 x 33,7 cm Nous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’après photographie. Voir le lot
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le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940) Nu, les deux mains et un genou posés. Sanguine. Papier insolé, pliures, déchirures, manques au papier. 26,8 x 29,7 cm Nous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’aprèsphotographie Voir le lot
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le 26/03/2023 : Entourage de Roderic O’CONOR (1860-1940) Nature morte aux pommes et compotier vert. Huile sur toile portant un monogramme apocryphe et une date 92. 54 x 65 cm Voir le lot
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le 26/03/2023 : Roderic O’CONOR (1860-1940) Nu à la toilette. Aquarelle. Papier insolé. 17 x 21,5 cm Nous remercions Monsieur Dominic Milmo-Penny de nous avoir confirmé l’authenticité de cette œuvre d’après photographie. Voir le lot
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le 26/03/2023 : Entourage de Roderic O’CONOR (1860-1940) Nature morte aux fruits et légumes. Aquarelle. Manque au papier sur la bordure gauche, pliures, papier gondolé. 26 x 34,7 cm Voir le lot
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le 26/03/2023 : Renée HONTA (1894-1955) Paysage, 92 Aquarelle gouachée portant une signature apocryphe O’Conor et une date en bas à gauche. Déchirure dans l’angle supérieur droit, papier replié sur le carton de support, pliure. 32 x 24 cm Voir le lot
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le 26/03/2023 : Renée HONTA (1894-1955) Homme et ses chiens sur un chemin.Aquarelle gouachée sur papier replié sur carton, portant une signature apocryphe O’Conor. Pliures. 26 x 22 cm Voir le lot
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le 26/03/2023 : Renée HONTA (1894-1955) Les toits Aquarelle gouachée sur papier doublé sur carton, portant une signature apocryphe R.O.Conor en haut à gauche. Papier insolé, découpe inégale du papier en bas à droite, petite déchirure, taches. 19 x 27 cm Voir le lot
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le 26/03/2023 : Renée HONTA (1894-1955) Voiliers et rochers. Aquarelle sur papier doublé sur carton portant une signature apocryphe R O. Conor en haut à gauche. Pliures, déchirures 22,5 x 28 cm à vue Voir le lot
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le 26/03/2023 : Entourage de Roderic O’CONOR (1860-1940) Etude de nu de dos. Pastel sur carton porte un monogramme apocryphe en bas à gauche et une date 92. Au dos : étude de nu. Taches, accidents, trous sur les bords, trace d’humidité, frottages, carton gondolé. 64,5 x53,5 cm Voir le lot
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le 26/03/2023 : Entourage de Roderic O’CONOR (1860-1940) Nature morte aux fruits dans un compotier. Aquarelle gouachée portant une signature apocryphe en haut à gauche. Pliures, papier plié dans la partie inférieure et sur le côté gauche. 25,5 x 33,4 cm replié : 23,5 x 30,5 cm Voir le lot
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le 26/03/2023 : Entourage de Roderic O’CONOR (1860-1940) Femme debout en cape et au chapeau. Aquarelle sur trait de crayon. Manques au papier dans la partie gauche, pliures, papier insolé31,2 x 21 cm Voir le lot
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le 26/03/2023 : Entourage de Roderic O’CONOR (1860-1940) Cage et oiseau mort. Aquarelle. Pliures et petites déchirures sur les bords. Taches d’humidité au dos. 26 x 35 cm Voir le lot