Le 3 mai 2022 | Mis à jour le 3 mai 2022

Le plus ancien piano à queue français dévoilé aux enchères à Vichy

par Diane Zorzi

Le 7 mai à Vichy, le commissaire-priseur Etienne Laurent lèvera le voile sur le piano à queue le plus ancien de l’histoire de la facture française. Ce pianoforte en forme de clavecin conçu par Jean-Kilien Mercken autour de 1768 est estimé à plus de 80 000 euros.

 

La vente d’un instrument inédit de Jean-Kilien Mercken (1743-1819) invite à réécrire les premières pages de l’histoire de la facture française de pianos. Ce modèle énigmatique ne serait autre que le plus ancien piano à queue français. Il aurait été façonné autour de 1768, soit deux ans avant le piano carré du Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris qui, jusqu’alors, faisait consensus auprès des historiens. « Ce piano est également le seul instrument connu de Mercken qui épouse cette forme de clavecin », annonce le commissaire-priseur Etienne Laurent qui orchestrera la vente le 7 mai prochain à Vichy.

 

Aux origines du pianoforte

C’est à Florence, à l’aube du XVIIIe siècle, que le pianoforte fait ses premières gammes, sous l’impulsion de Bartolomeo Cristofori (1655-1731), alors au service du prince Ferdinand de Médicis. « Cristofori invente un mécanisme, dont héritera le piano moderne, reposant sur des cordes frappées par des marteaux recouverts de peau reliés à la touche, et sur un système d’échappement permettant au marteau de retomber loin après avoir frappé les cordes », explique Etienne Laurent. Avec le pianoforte, les mélodies se parent de nouvelles couleurs à mesure que les musiciens évoluent graduellement de la nuance piano à forte. L’instrument, dont Pantaleon Hebenstreit (1668-1750) livre un exemplaire avec son tympanon géant, séduit les cours européennes par la variété des sons produits et les effets de résonnance résultant des cordes non étouffées. Mais la production demeure de nombreuses années durant l’apanage des facteurs allemands, tel Gottfried Silbermann (1683-1753), rompus aux claviers expressifs et aux timbres variés. « Les facteurs français furent moins polyvalents et innovants et restèrent très attachés à la production de clavecins et épinettes durant les trois premiers tiers du XVIIIe siècle », détaille le commissaire-priseur. « Ainsi, en France, lorsque l’on souhaitait se procurer un pianoforte, on faisait appel aux facteurs allemands et alsaciens pour les modèles en forme de clavecin et, à partir de 1765, aux Anglais pour ceux carrés. » Aussi, le plus vieux piano à queue conservé en France, au Musée de la musique, résulte d’une fabrication suisse, signée Johann Ludwig Hellen et datée de 1763, avant que Mercken ne livre notre pianoforte autour de 1768.

 

Jean-Kilien Mercken (1743-1819). Piano-forte en forme de clavecin, vers 1768, signé «Johannes Kilianus Mercken/Parisiis». Inscription plus petite, à l’encre, côté aiguës «restauré par Ch. Zipfel/Rue Saint-Dominique 14/Lyon./1885». Estimé entre 80 000 et 100 000 euros.

 

Une œuvre de jeunesse de Jean-Kilien Mercken

Mercken est considéré comme le premier facteur parisien à avoir copié les pianos carrés anglais. L’instrument avait à cette époque les faveurs de la bourgeoisie qui l’adoptait volontiers pour mieux affirmer son bon goût et sa haute position sociale. Aucun pianoforte en forme de clavecin n’avait jusqu’alors été attribué à Mercken, avant la découverte du modèle de la vente de Vichy. « Malgré sa signature, l’instrument n’a pas été daté mais plusieurs indices dans la facture laisse supposer que notre piano a été réalisé en tout début de carrière, lors de l’installation de Mercken à Paris. » Pour l’expert Christopher Clarke, sa conception de style germanique l’inscrit d’emblée à l’époque durant laquelle Mercken, arrivé à Paris en 1767, perpétue encore le savoir-faire de son pays d’origine duquel il se détachera progressivement pour mieux se conformer au goût parisien. « Ce piano est le théâtre d’expérimentations menées par notre facteur. Sur le plan musical, il offre notamment une étendue exceptionnelle pour l’époque, puisqu’il possède un sol aigu. Ces expérimentations laissent penser qu’il s’agit d’une œuvre de jeunesse, exécutée à un moment où Mercken cherchait les moyens de mettre en forme l’instrument idéal. » Un idéal, estimé entre 80 000 et 100 000 euros, que les plus fins mélomanes pourront effleurer, le temps d’une vente, le 7 mai prochain à Vichy.  

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